La Conquête de l'extrême droite.Editions L'Harmattan, Paris.
21 janv. 2015Emmanuel Nkunzumwami shared La Conquête de l'extrême droite.Editions L'Harmattan, Paris.'s status update.
/https%3A%2F%2Ffbcdn-profile-a.akamaihd.net%2Fhprofile-ak-xpf1%2Fv%2Ft1.0-1%2Fc0.0.50.50%2Fp50x50%2F10394617_1526483180972622_6474224782448407609_n.jpg%3Foh%3D995ee002006121c86f3e54b9d562374e%26oe%3D5565DDC1%26__gda__%3D1428395568_0a3dbccfb952427ff79de488503669dc)
La Conquête de l'extrême droite.Editions L'Harmattan, Paris.
Manuel Valls évoque « un apartheid territorial, social, ethnique » en France.
Les mots sont durs, mais ils expriment la réalité quotidienne d'une partie des Français issus des milieux populaires ou de l'immigration.
Si ces mots avaient été prononcés par un "ministre noir" ou un "ministre arabe", quel n'aurait été le déferlement d'injures et d'anathèmes contre lui. Déjà que les injures de "guenon" lancées fréquemment contre Christiane Taubira indiquent la profondeur de la perte de repères et du racisme en France.
Manuel Valls est Premier ministre, issu de l'immigration "européenne" et donc peu concerné personnellement par le racisme ou la discrimination ethnique. Il peut donc s'exprimer sur ces "maux profonds" de la société française sans tabou, car il ne règle pas les comptes avec elle.
Mais combien de Français issus de l'immigration ont-ils accédé à des fonctions ou à des responsabilités correspondant à leurs potentiel, à leur savoir ou leur compétence ? Combien sont-ils reconnus à leur juste valeur ? Combien sont-ils condamnés, y compris par les tribunaux, par le fait même de porter des noms "présumés étrangers" ou pour leur couleur de peau, ou pour leurs origines sociales, ou pour leurs "origines ethniques" présumées ? Combien de Français issus de l'immigration exercent réellement des responsabilités au sein des entreprises, là où se créent les richesses et les innovations pour la nation ? Sont-ils tous incompétents après de longues et souvent brillantes études en France ? Non, bien sûr. L'information officielle passe bien : convocation au recrutement, entretien... et puis, rien ! Vous ne correspondez pas au poste... Même si le contenu de ce poste a été rédigé et organisé dans un environnement proche des compétences mêmes du candidat dans les entreprises. Il y a donc des noms qui ne passent pas. Il y a des couleurs de peau qui ne passent pas. Il y a des origines géographiques qui ne passent pas. C'est cela le dispositif des discriminations socioethniques en France. Un cadre français d'origine "immigré" peut parfaitement former un "français" dit de "souche" (pour autant que l'on puisse définir ce terme !) pour une montée en compétence de ce dernier, et se retrouver un situation de subalterne vis-à-vis de son apprenti. Cela est même très fréquent, surtout dans les entreprises...
Le mal français (pour reprendre le titre d'un ouvrage d'Alain Perrefitte) est donc profond. La nation française est fracturée. Tous nos enfants français devraient se sentir libres et égaux en droit, car ce sont les enfants de la République. Mais hélas, la société et les dirigeants décident mal et les fractures s'élargissent. Personne ne naît terroriste, il le devient. Pourquoi ? Les raisons sont multiples, et loin de ce message de "soutenir" une quelconque dérive vers la barbarie et la sauvagerie. Mais, refuser de comprendre, au prétexte que le terrorisme ne se justifie jamais, c'est préparer le terrain pour les attentats futurs. Les frères Kouachi et Amédy Coulibaly sont nés en France et ils ont grandi en France ! pourquoi ont-ils dérapé jusqu'à commettre l'irréparable ? A nous tous, société humaine de nous interroger... Pourquoi la France, démocratique, sociale et laïque, une nation ouverte au monde par la culture et l'histoire, un pays diversifié tel qu'il a été forgé par l'histoire, un espace ouvert sur l'Europe, l'Afrique et l'Amérique... Comment un si beau pays a-t-il pu "oublier" sur sa route des millions de "Français" déclassés, abandonnés à eux-mêmes, cassé son éducation autrefois lumière des nations, et fracturé sa société par les discriminations et le racisme. Oui, des millions de "Français" ne sentent nulle part, sauf dans des ghettos en ville ou en zones périurbaines. Alors, orphelins sociaux, ils se communautarisent pour partager les souffrances. Jeunes éduqués avec Bac+10 se mélangent avec les délinquants pour crier les discriminations à l'emploi, au logement et à la reconnaissance sociale. Oui, Manuel Valls a raison, tout à fait raison, malheureusement et parfaitement raison : il y a un apartheid social, ethnique et territorial en France. Si cette juste observation était prononcée par un "Noir" ou un "Arabe", l'on aurait dit qu'il règle ses comptes avec la nation française. Mais elle est assénée par le Premier ministre, issu lui-même également de l'immigration, et elle sonne juste. Aux chefs d'entreprises, aux opérateurs sociaux, aux élus, aux responsables politiques, aux responsables des administrations publiques, aux opérateurs économiques... de se réveiller et d'ouvrir les yeux sur ces millions de Français oubliés, méprisés, abandonnés, écartés des emplois, des promotions professionnelles, des logements... et de se rappeler qu'ils sont aussi nos enfants, les enfants de la République ! ET qu'ils soient traités équitablement, avec respect et dignité. A défaut, le malaise qui ne concernait qu'une faible population risque de s'amplifier. Et l'on pourra même nous rétorquer que les monarchies de l'Europe du nord et les ensembles multiculturels de l'Amérique du nord, fonctionnent beaucoup mieux que notre modeste République. Et lorsque la nation sera défaite, que testera-t-il de la République en France ? Dirigeants de tous les milieux économiques, administratifs et sociaux, répondez vite !
Emmanuel NKUNZUMWAMI
http://www.lemonde.fr/politique/article/2015/01/20/pour-manuel-valls-il-existe-un-apartheid-territorial-social-ethnique-en-france_4559714_823448.html#yWjSEvO1prXjqQZ2.99