SUITE DE LA SYNTHESE DU RAPPORT DU B.I.T. DU 15/03/2007

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

Par Emmanuel Nkunzumwami
Auteur de « La Nouvelle Dynamique Politique en France »,
Editions L’Harmattan, Paris, Décembre 2007.


Il apparaît nettement dans cette étude que seulement 11% des employeurs ont traité les candidats de façon égalitaires, alors que 70% ont rejeté les candidats minoritaires (d’origines maghrébine et noire africaine). Sur l’ensemble des tests valides utilisables, les différences de traitement se manifestent massivement dès le contact initial des candidats avec les employeurs. Dans les tests ayant débuté par un appel téléphonique des candidats, une grosse moitié de la discrimination totale s’est manifestée dès la prise de contact. Mais les étapes suivantes connaissent encore des niveaux de discrimination non négligeables, avec près du quart de la discrimination totale enregistré à l’issue des mises en attente et un cinquième à l’issue des entretiens. Les résultats des tests selon les différentes étapes auprès des 1100 employeurs sont résumés ci-dessous :

Processus de recrutement

Dépôt physique de CV

 

 

 

 

 

Ensemble

 

 

 

 

 

Nombre d’employeurs

 

 

50

 

 

 

 

 

1100

 

 

 

 

 

CONTACT INITIAL

 

 

100%

 

 

 

 

 

100%

 

 

 

 

 

En faveur du majoritaire (a)

 

 

32%

 

 

 

 

 

46,1%

 

 

 

 

 

En faveur du minoritaire (b)

6%

 

 

 

 

 

13%

 

 

 

 

 

Mise en attente des deux

 

54%

 

 

 

 

 

21,6%

 

 

 

 

 

Entrevue proposée aux deux

8%

 

 

 

 

 

19,3%

 

 

 

 

 

Discrimination nette (a-b)

 

 

 

 

26%

 

 

 

 

 

33,1%

 

 

 

 

 

 

EN CAS DE MISE EN ATTENTE DES DEUX

 

 

 

 

 

 

 

54%

 

 

 

 

 

 

 

21,6%

 

 

 

 

 

 

En faveur du majoritaire (a)

 

 

 

 

 

34%

 

 

 

 

 

15,2%

 

 

 

 

 

En faveur du minoritaire (b)

 

 

 

 

 

14%

 

 

 

 

 

4,6%

 

 

 

 

 

Entrevue proposée aux deux

 

 

 

 

 

6%

 

 

 

 

 

1,8%

 

 

 

 

 

Discrimination nette (a-b)

 

 

 

 

 

20%

 

 

 

 

 

10,6%

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EN CAS D’ENTREVUE PROPOSEE AUX DEUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

14%

 

 

 

21,1%

En faveur du majoritaire (a)

 

 

 

 

 

2%

 

 

 

 

 

8,7%

 

 

 

 

 

En faveur du minoritaire (b)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1,4%

 

 

 

 

 

Essai ou embauche des deux

 

 

 

 

 

8%

3,5%

Refus de deux candidats

 

 

 

 

 

4%

7,5%

Discrimination nette (a-b)

 

 

 

 

 

2,0%

7,3%

 

 

 

 

Discrimination nette cumulée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

48%

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

51%

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il apparaît dans ces résultats des instructions éloquentes ci-dessous :

1.     La discrimination à l’encontre des candidats d’origine maghrébine et noire africaine est plus forte lorsque la réponse à une offre d’emploi démarre par l’envoi d’un CV à l’employeur. En effet, près de 70% des employeurs ne sélectionnent que des CV de noms à consonance « française ancienne ». C’est sûrement cette information qui a motivé la mobilisation des pouvoirs publics sur l’utilisation du CV anonyme pour éviter la discrimination sur le nom et l’adresse du candidat ou de la candidate. Néanmoins, le contact par téléphone et le dépôt physique de la candidature sur le lieu de recrutement ne recueillent pas une meilleure position.

2.     Dans le cas où le premier contact du candidat est réalisé par téléphone, ce qui est le cas le plus fréquent, 24,1% ont été mis en attente pour les deux candidats sans discrimination. Cependant, seuls 5% de ces 24,1% ont pu obtenir une proposition d’entrevue pour les maghrébins et les noirs africains alors que les candidats majoritaires (blancs) ont reçu cette proposition à 17,1%. La discrimination se poursuit donc tout le long du processus de recrutement, quel que soit le mode utilisé pour contacter les employeurs en France.

3.     Que ce soit parmi les 23,4% qui ont reçu une proposition d’entretien au premier contact téléphonique, auquel on rajoute les 2% qui ont eu cette proposition après l’appel téléphonique suivi d’une mise en attente, soit 25,4% au total, 3,8% seulement débouchent sur une embauche ou un essai  pour les deux candidats sans discrimination. Ce taux monte à 8% dans le cas d’un dépôt physique de CV au lieu de recrutement. Mieux vaut donc se présenter directement à l’employeur avec son CV dans son cartable que de l’envoyer par la poste ou par mail.

4.     La discrimination raciale à l’emploi reste encore très élevée en France avec un taux insupportable de 48% à 54% selon que le CV est déposé directement entre les mains de l’employeur ou qu’il est envoyé par courrier ou par mail. Les réponses standards sont également recensées dans cette étude : « envoyez un CV » alors que le taux de rejet est le plus élevé, « rappelez », « on vous rappellera » alors que l’employeur sait pertinemment qu’il n’appellera jamais.

 

Enfin, les écarts de traitement les plus importants ont été relevés à l’encontre à l’encontre des hommes et des femmes d’origine « noire africaine », avec des employeurs qui ont choisi dans 4 cas sur 5 (soit 80% des cas) le (la) candidat(e) majoritaire (d’origine française hexagonale ancienne). Lorsque les candidats minoritaires étaient d’origine « maghrébine », les employeurs ont favorisé 3 fois sur 4 le candidat majoritaire au sein des paires masculines (soit 75% des cas) et 2 fois sur 3 (soit 67% des cas) la candidate majoritaire au sein des paires féminines. Il apparaît un traitement différencié selon la couleur et l’origine ancienne des candidats : A formation, compétences et expérience professionnelle comparables, l’employeur français (d’origine hexagonale ancienne) rejette le candidat d’origine « noire africaine » dans 80% des cas au profit d’un candidat d’origine française hexagonale ancienne ; rejette un candidat de nom à consonance « d’origine maghrébine » dans 75% des cas et une candidate de nom à consonance « d’origine maghrébine » dans 67% des cas.

Ce résultat est encore inquiétant pour notre pays qui éprouve des difficultés à entrer dans la Mondialisation, qui ne réussit toujours pas à trouver la voie de l’intégration républicaine des jeunes de parents issus de l’immigration, et où se cumulent les problèmes économiques et sociaux, de chômage, de formation et de logement, fragilisant davantage les jeunes issus de l’immigration. Pourtant les enjeux mondiaux liés à la globalisation de l’Economie viennent nous rappeler que les pays d’origine de ces immigrés sont également attentifs aux évolutions en France, pour se tourner vers d’autres partenariats économiques et culturels, notamment l’Amérique du Nord devenue plus accueillante et donnant plus de chance aux minorités ethniques et l’Asie (Chine et Inde) qui nous donnent un autre tempo du développement économique mondial. Au moment où la France rencontre de grandes difficultés économiques, sociaux et de son commerce extérieur déficitaire de 30 milliards d’Euros alors que notre principal partenaire, l’Allemagne, a réalisé 168 milliards d’Euros d’excédents du son commerce extérieur en 2006, nous avons le devoir de repenser autrement et rapidement aux grandes solutions contre les discriminations qui affaiblissent la crédibilité de la France dans le Monde, pourrissent les relations sociales et détruisent la cohésion nationale de la République. Il serait inutile de rappeler que la France est peuplée de 63 millions d'habitants, de toutes origines et dont une grande majorité des immigrés souhaitent s'inscrire dans le destin partagé de notre pays. Ce chiffre est à rapprocher de près de 6 milliards d'êtres humains sur cette terre que nous partageons... La mondialisation, c'est aussi la mise en relation de ces 6 milliards d'êtres humains, dans une compétition économique sans précédent dans l'hitoire de l'Humanité. "L'intégration réussie" est une formidable chance pour la France et pour son avenir dans le Monde. L'échec privera la France de ses atouts de connaissance du Monde par ceux qui en viennent, dont une partie préférera toujours les pays où ils seront assurés de se réaliser. Bâtissons ce pays ensemble et donnons de la chance à chacun pour l'intérêt de la France et pour le meilleur avenir de nos enfants.

Publié dans emmankunz

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Nath. 20/06/2007 21:59

Blog parfait ! Rien à dire... faisons un test pour la discrimination hors couleur de peau... entre 38 et 46 ans AUCUNE CHANCE DE RETROUVER UN EMPLOI et quel que soit le nombre de candidatures déposées ou adressées ! NON NON NON, nous sommes dans le cadre du : trop vieux enfin pas assez jeune, un enfant BOUHHHH ils en voudront bien un second voire +, trop diplômé enfin pour les postes sur lesquels vous vous retournez, 3 langues vivantes maîtrisées BOUHHH bien trop il n'en faut point et on ne les rémunère plus etc etc etc alors la minorité visible qui n'a pas de Chance est devenue une pluri-minorité invisible/sousjacente qui comprend tous individus ne sortant pas d'école hyper diplômés de bonne famille avec voiture grande classe et surtout mini expérience 5 ans ! CELA VOUS SEMBLE ETRANGE ??? CELA VOUS PARAIT INVRAISEMBLABLE ??? EH OUI C EST LA FRANCE D AUJOURD'HUI !

Emmanuel Nkunzumwami 21/06/2007 14:11

Bonjour.
Merci pour tes appréciations et tes compliments sur ce blog me vont droit au coeur. merci également de me faire part de tes observations sur la société d'aujourd'hui... Je partage tes inquiétudes sur les comportements des employeurs, toujours prêts à trouver des handicaps chez un (ou une) candidat(e) plutôt que de valoriser les acquis, les compétences et le potentiel. Nombre d'entreprises voudraient bien encaisser des subventions et des allègements de charges sans les emplois qui vont avec...  Nous avons besoin d'une grande loi de modernisation sociale et économique. En effet, qu'est-ce que cette société où 46% sont inactifs (âgés de plus de 55 ans !), dans laquelle moins de 30 ans, le candidat est rejeté car il n'est pas encore expérimenté, et à 40 ans on n'en veut plus car il est déjà trop vieux... et l'on voudrait que nous côtisions plus longtemps... La génération 30-50 ans d'aujourd'hui n'aura pas cotisé 40 annuités à l'âge de 60 ans... Donc, il faut permettre de travailler au-delà de 60 ans voire au-delà de 65 ans ! mais encore faut-il qu'll y ait du travail... Parmi les gens qui entrent à la retraite aujourd'hui entre 58 et 60 ans, seulement 4% sont encore en activité ! C'est proprement scandaleux... Il faut changer les mentalités des employeurs et les relations avec le travail. Vous comprenez les raisons de mon engagement actif auprès de Nicolas Sarkozy pour imprimer de profonds changements, et agir comme d'autres grandes nations développées. Il nous appartient à tous d'agir pour les changements nécessaires et des adaptations de la France au monde moderne.
Quant à la discrimination, les minorités visibles sont les plus exposées mais je n'ignore pas que dans des zones fragiles et à très forts taux de chômage, la misère et la désespérance n'ont pas de couleur de peau... même si certaines couleurs et origines y sont plus éprouvées que d'autres.
Bonne fin de semaine et à bientôt.
Cordialement,
Emmanuel