La dynamique de l’extrême droite dans les départements français pour les élections municipales de mars 2014 (1)

Publié le par Nouvelle Dynamique

EXTREME DROITE

Les dernières élections présidentielle et législatives de 2012 ont montré une nouvelle sociologie électorale en France. L’extrême droite, représentée par les partis « Front national » et « Debout la République » a conquis les électorats d’un grand nombre de départements en France métropolitaine.

Nous présentons dans les tableaux qui suivent, dans ce premier article, les départements et les régions où le Front national seul a atteint et dépassé la moyenne nationale de son score du 1er tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012. Il y a eu, certes, l’effet « Marine Le Pen », nouvelle présidente du Front national et candidate à cette élection présidentielle, mais également une « normalisation » du discours public et des positions du Front national dans le paysage politique par les électeurs et une marque de refuge de ces électeurs, contre le mal-être, l’incertitude sur l’avenir, la crise économique et sociale, les délocalisations des emplois vers les pays à bas coûts, un vote protestataire contre les alliances des partis de gouvernement UMP-Nouveau centre et PS-Parti  radical de gauche - Europe Ecologie-Les Verts, vers les votes des extrêmes (extrême droite pour le Front national et extrême gauche pour le Front de gauche).

Aussi, les résultats ci-dessous indiquent les départements dont les votes pour Marine Le Pen (Front national) ont égalé ou dépassé sa moyenne nationale, c’est-à-dire près de 20% et au-delà. Dans de nombreux cas, le Front national devient la première ou la deuxième force politique électorale dans la moyenne du département, avant l’alliance du Parti socialiste avec le Parti radical de gauche (PS-PRG) ou celle de l'Union pour un mouvement populaire avec le Nouveau centre (UMP-NC).

 

   

1er Tour du 22 avril 2012

Régions

Dépt

Total Gauche

FN

FdG

PS-PRG

MoDem

UMP-NC

 LORRAINE

Meurthe et Moselle (54)

44,0

21,2

12,1

27,9

8,7

24,2

Meuse (55)

36,4

25,9

8,9

23,4

9,2

26,6

Moselle (57)

38,2

24,7

9,5

24,5

9,3

25,9

Vosges (88)

38,7

24,2

9,7

24,7

9,4

25,3

               

ALSACE

Bas-Rhin (67)

31,5

21,2

7,2

19,6

11,9

33,6

Haut-Rhin (68)

31,2

23,4

7,4

18,9

11,4

31,9

               

LANGUEDOC-ROUSSILLON

Aude (11)

47,3

23,2

13,2

30,4

6,0

21,6

Gard (30)

41,3

25,5

13,3

24,1

6,9

24,9

Hérault (34)

44,1

22,3

13,3

26,7

6,9

25,3

Pyréenées orientales (66)

42,8

24,2

12,8

26,0

6,3

25,3

               

PICARDIE

Aisne (02)

40,8

26,3

10,2

27,1

6,7

24,2

Oise (60)

38,8

25,1

10,1

24,9

7,6

26,6

Somme (80)

43,0

23,8

11,0

28,4

7,3

23,9

               

NORD-PAS-DE-CALAIS

Nord (59)

44,4

21,9

12,6

28,0

7,5

24,7

Pas-de-Calais (62)

44,5

25,5

11,5

29,4

6,4

21,9

               

PROVENCE-ALPES COTE D'AZUR

Alpes Hte Provence (04)

44,6

20,7

15,2

24,4

7,4

25,5

Alpes maritimes (06)

31,0

23,5

8,5

19,2

6,7

37,2

Bouches du Rhône (13)

41,4

23,4

13,4

24,5

6,4

27,5

Var (83)

32,0

24,8

9,1

19,7

6,7

34,8

Vaucluse (84)

37,3

27,0

11,2

22,3

6,7

27,5

               

AQUITAINE

Lot et Garonne (47)

42,6

21,4

11,7

26,9

8,9

25,3

               

AUVERGNE

Haute Loire (43)

41,9

20,4

11,2

26,4

11,2

24,4

               

BASSE-NORMANDIE

Orne (61)

37,4

20,0

8,9

24,3

10,6

29,6

               

BOURGOGNE

Saône et Loire (71)

43,1

20,0

10,6

28,7

8,8

26,0

Yonne (89)

38,0

23,7

10,1

24,0

8,5

27,6

 

De même, l’on constate que la position anti-Sarkozy de François Bayrou qui s'est déclaré pour François Hollande et certains nouveaux adhérents du MoDem issus des divers mouvements de gauche ont contribué à environ 55% des voix du MoDem apportés à la victoire de François Hollande. Le reste de l’écart entre le total de la gauche au 1er tour et le score de François Hollande au 2ème tour est dû à l’apport des voix des électeurs de l’extrême droite, et notamment du Front national. Cet apport en pourcentage des voix du FN est indiqué dans la dernière colonne du tableau ci-dessous (Part FN pour la victoire de François Hollande). Il s'agit d'indiquer dans cette étude que les électeurs de l'extrême droite arbitrent désormais de fait les résultats des scrutins nationaux, et peuvent influer sur les politiques locales ou territoriales dès les élections municipales de mars 2014 et les élections territoriales de mars 2015. 

 

   

1er Tour

2nd Tour

55 % du MoDem ont voté pour Hollande

Régions

Dépt

Total Gauche

Hollande

Sarkozy

Observations et arbitrage du FN

Part FN pour F.H. (points)

 LORRAINE

Meurthe et Moselle (54)

44,0

53,1

46,9

PS-PRG >UMP-NC > FN

       4  

Meuse (55)

36,4

46,2

53,8

FN > PS-PRG

       5  

Moselle (57)

38,2

46,5

53,5

FN > PS-PRG

       3  

Vosges (88)

38,7

49,1

50,9

UMP-NC > PS-PRG = FN

       5  

             

ALSACE

Bas-Rhin (67)

31,5

36,6

63,4

FN > PS-PRG

       0  

Haut-Rhin (68)

31,2

36,7

63,3

FN > PS-PRG

       0  

             

LANGUEDOC-ROUSSILLON

Aude (11)

47,3

56,3

43,8

FN > UMP-NC

       6  

Gard (30)

41,3

48,8

51,2

FN > UMP-NC > PS-PRG

       4  

Hérault (34)

44,1

51,3

48,7

PS-PRG >UMP-NC > FN

       3  

Pyréenées orientales (66)

42,8

50,6

49,4

PS-PRG >UMP-NC > FN

       4  

             

PICARDIE

Aisne (02)

40,8

52,4

47,6

FN > UMP-NC

       8  

Oise (60)

38,8

47,3

52,7

FN > PS-PRG

       4  

Somme (80)

43,0

54,4

45,6

FN = UMP-NC

       7  

             

NORD-PAS-DE-CALAIS

Nord (59)

44,4

52,9

47,1

PS-PRG >UMP-NC > FN

       4  

Pas-de-Calais (62)

44,5

56,2

43,8

FN > UMP-NC

       8  

             

PROVENCE-ALPES COTE D'AZUR

Alpes Hte Provence (04)

44,6

51,1

48,9

UMP-NC > PS-PRG > FN

       2  

Alpes maritimes (06)

31,0

35,7

64,3

FN > PS-PRG

       1  

Bouches du Rhône (13)

41,4

47,2

52,8

UMP-NC > PS-PRG > FN

       2  

Var (83)

32,0

37,4

62,6

FN > PS-PRG

       2  

Vaucluse (84)

37,3

43,6

56,4

FN > PS-PRG

       3  

             

AQUITAINE

Lot et Garonne (47)

42,6

51,4

48,7

PS-PRG >UMP-NC > FN

       4  

             

AUVERGNE

Haute Loire (43)

41,9

51,4

48,6

PS-PRG >UMP-NC > FN

       3  

             

BASSE-NORMANDIE

Orne (61)

37,4

47,1

52,9

UMP-NC > PS-PRG > FN

       4  

             

BOURGOGNE

Saône et Loire (71)

43,1

51,9

48,1

PS-PRG >UMP-NC > FN

       4  

Yonne (89)

38,0

46,9

53,1

UMP-NC > PS-PRG > FN

       4  

 

Conclusion :

On constate que dans de nombreuses régions et dans de nombreux départements en France métropolitaine, l’extrême droite marque une ascension qui risque de faire basculer les collectivités correspondantes dans les mains de l’extrême droite, ou se retrouver avec des composantes significativement importantes dans les mairies en 2014 et dans les collectivités territoriales en 2015. L’extrême droite séduit les électeurs de gauche et de droite comme « citadelle » de refuge contre la crise économique et sociale en France et en Europe.

 

La suite des résultats et des analyse est produite dans l'article :"La dynamique de l'extrême droite dans les départements français pour les élections municipales de mars 2014 (2)" sur ce même site.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de « La montée de l’extrême droite en France », Editions L’Harmattan, 2012.

 

Analyste politique sur Radio Africa n°1

Publié dans emmankunz

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BOB 06/09/2013 17:56


Bon on est tous d'accord : vive le FN, vive la résistance  et vive la république ...

Yves Leclercq 16/07/2013 12:12


Cher Emmanuel,


Vous avez raison, mais je crois que les responsables politiques usent beaucoup de salive à expliquer ces choses. Mais "il n'y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, de pire aveugle
que celui qui ne veut point voir." Et ça, ce ne sont pas les politiques qui l'ont découvert!

FINKE FICTIME LOUIS 15/07/2013 22:13


Bonjour Emmanuel


J'ai lu avec intérêt ton article. Les statistiques me font prendre conscience de l'ampleur de la montée de l'extrême droite. Malheureusement, les tensions au sein des partis de droite et la
crise économique et sociale accentuée dont les mesures prises par le governement en place ne permettent pas de la juguler, ne pourront qu'accentuer la montée de l'extrême droite. Je suis d'accord
pour une mobilisation de tous les partis dits républicains pour lui barrer la voie non seulement en établissant un front républicain mais encore en recherchant, au-delà de l'esprit partisan, les
convergences sur les préoccupations majeures des Français. Quoique la vision politique ne soit pas la même d'un parti à l'autre, cette situation d'une extrême gravité ne peut être endiguée qu'en
dépassant les particularismes et en polissant les discours.


Je t'encourage à nous proposer un socle sur lequel nous pourrions bâtir une stratégie conquérante.


Bien amosalement. Louis

Nouvelle Dynamique 18/07/2013 12:51



Merci Cher Louis.


Effectivement, comme tu le fais remarquer avec justesse, la montée aussi rapide de l'extrême droite est facililtée par la dureté de la crise économique et sociale qui s'est installée
durablement en France. Elle n'apporte pas des réposne à cette crise, mais des arguments qui accroissent la peur et la haine contre la cohésion sociale et fragilise l'unité de la
nation. De nombreux électeurs ne rejoignent pas l'extrême droite par adhésion à son idéologie suicidaire pour le pays, mais par protestation contre les partis de gouvernement de gauche comme de
droite dont il pensent qu'il ne les écoutent plus dans leur désarroi généralisé. Les réformes sociétales portée par la gauche au pouvoir (dont le mariage pour tous...), contestées par de
nombreuses organisations, pourraient accélérer ce mouvement de protestations dès 2014. Une droite républicaine rassemblée et conquérante pourrait récupérer une grande partie de ces électeurs...
Et tu as raison : dans certaines communes, il faudra faire jouer pleinement le front républicain contre l'extrême droite.



Yves Leclercq 10/07/2013 09:33


Cher Emmanuel,


L'électeur français ne participe que très peu à la vie politique. Il "délègue", et, par contre, ne se prive pas de son droit d'inventaire. C'est parce que l'expression de son opinion n'a pas un
amplitude infinie, qu'il reste dans une mouvance. Que ce soit à gauche ou à droite, l'excès de mécontentement profite à l'extrême droite (bien plus qu'à l'extrême gauche, dont la clientèle est
stable). Je doute que les efforts des élus "républicains" parviennent à infléchir les résultats électoraux, sur le point particulier des votes-sanction, politiques et nationaux.

Nouvelle Dynamique 16/07/2013 11:32



Cher Yves, je partage ce constat sur la participation des électeurs à la vie politique. Plus que l'adhésion réféchie des Français, et même de Européens globalement, aux politiques de l'extrême
droite, c'est le rejet des politiques des partis de gouvernement. Ceux-ci sont confrontés aux "réalismes" et aux "contraintes" de la gestion des affaires publiques et doivent effectuer des
choix... Les attentes des citoyens "fragilisés", "inquiets", parfois même "déspérés" sont souvent déçues... Mais le rôle des Politiques n'est-il pas d'expliquer, expliquer et encore expliquer
pour prévenir les dérives de nos sociétés occidentales déboussolées ! En espérant que les Français n'accéléreront pas la "pagaille" dans les conseils municipaux en mars 2014 !



Yves Leclercq 04/07/2013 10:22


Cher Emmanuel, 


Vous employez le mot "refuge" pour désigner ce que l'électeur FN cherche au bout de son vote. Déformation professionnelle oblige, j'emploie le mot "symptôme" pour donner un sens au même vote.


Reste l'effet sur la composition de la cohorte des élus. Il faut s'attendre à un nombre accru d'élus FN aux prochaines municipales. Mais pas à un ras-de-marée, je pense. Une inconnue est ce que
ces élus feront dans le cadre de leur mandat. Élus pour signifier un refus, une protestation, ils ne seront sans doute pas préparés aux responsabilités qui leur seront tombées dessus. Quid,
aussi, de la coopération des autres élus, "a priori" hostiles? Je pense que dans un grand nombre de situations, ils auront du mal à faire valoir leurs idées. Il n'y a pas d'autre danger à
craindre de quelques succès du FN que cette difficulté de gérer les collectivités locales où ils disposeront d'une minorité de blocage.. 


 

Nouvelle Dynamique 04/07/2013 18:14



Merci cher Yves. En effet, les élections municipales de mars 2014 offrent une "occasion" de mesurer le pouvoir de nuisance éventuel des élus de l'extrême droite dans nos collectivités locales.
Certes dans de nombreuses municplaités, ces élus seront minoritaires, mais d'un nombre suffisamment significatif pour influer sur les décisions des conseils municipaux...


Pourront-ils faire valoir leurs projets politiques dans les conseils municipaux ? Comme vous le faites observer, cela dépendra de leur importance numérique dans les conseils. Ils pourront
néanmoins perturber les décisions des conseils, notamment dans des actions économiques et sociales des grandes municipalités.


Je crois que le rôle des partis de gouvernement, de droite et de gauche, sera de sse rapprocher davantage des citoyens pour désamorcer la colère et les frustrations qui nourrissent les
votes de l'extrême droite.


Bien amicalement à vous.