Par Emmanuel Nkunzumwami
Auteur de « La Nouvelle Dynamique Politique en France »,
Editions L’Harmattan, Paris, Décembre 2007.


Le préambule de la Constitution Française de 1946 stipule en son article 5 : « 

 

 

Sur les frontons des édifices publics, nous lisons joyeusement : « Liberté, Egalité, Fraternité ». On aurait pu y ajouter : « Laïcité » et « Solidarité »  puisque l’article premier de la Constitution déclare que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité […] sans distinction  de’origine, de race ou de religion ».

 

Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances » et en son article 10 « La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement ». Le combat contre le racisme et les discriminations s’inscrvent dans les devoirs de la Nation et donc de ses dirigeants.

 

 Rien n’est plus clair. Et pour respecter le préambule de la « Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale » des Nations-Unies, adoptée et ouverte à la signature et à la ratification par l'Assemblée générale dans sa résolution 2106 A(XX) du 21 décembre 1965 et entrée en vigueur le 4 janvier 1969 ; la France ne reconnaît pas les distinctions de races sur ton territoire.

 En conséquence, lorsque les anglosaxons désignent un « immigrant » par son pays d’origine, les immigrés qui arrivent en France sont africains noirs, maghrébins, asiatiques, latino-américains… aussi longtemps qu’ils n’ont pas franchi les frontières du territoire français. Mais dès qu’ils arrivent sur le territoire, ils deviennent simplement « immigrés ». Certains ont une durée de séjour courte et ne demandent que des autorisations de travail pour regagner plus tard leurs pays d’origine et migrer vers d’autres cieux plus cléments ; d’autres s’établissent et fondent leurs familles en France en poursuivant le parcours d’ « INTEGRATION REPUBLICAINE » qui peut déboucher, mais pas forcément, à la naturalisation dans la nationalité française. C’est ce parcours qui aujourd’hui connaît une grosse panne.
Depuis juin 2005, avec la création du ministère délégué à l’égalité des chances, est née la nouvelle donne : « la diversité ». Et lorsque Ségolène Royale déclare qu’en France, il n’y a pas de « noirs, d’arabes, d’asiatiques… mais tous sont des enfants de la République », elle fait de la pure démagogie. Le racisme existe en France, il ne faut pas le nier. Les victimes du racisme se plaignent tous les jours, il ne faut pas le nier, non plus. Reconnaître un problème, c’est déjà se poser la question sur sa résolution et les moyens de s’y attaquer.
Dire ensuite, comme quelques détracteurs –peu nombreux heureusement- que le sondage effectué par une fédération d’associations des Noirs en France, le CRAN, est contraire à l’identification des citoyens selon leur couleur de peau selon l’idée que la France ne reconnaît pas les distinctions de races, de sexe ou de religion, est une grosse tromperie. Après tout, lorsque la loi instituant l’égalité « homme-femme » a été établie, il fallait bien des informations sur les femmes : salaires, embauches, activités politiques… constituant des foyers de discrimination sur les femmes. Lorsque la France a mis en place une loi de protection des handicapés avec une quota de 6% dans les emplois, il fallait bien un sondage et une étude pour évaluer l’étendue des dégâts… Les handicapés et les femmes en France sont bien des citoyens de la République. Et pourquoi les « noirs » ne pourraient pas bénéficier de ces sondages et de ces études pour « exister » politiquement et sociologiquement ? Ce n’est pas une « race » mais une catégorie sociale « visible » et « identifiable » de personnes physiquement repérables. Les politiques répondent alors, à court d’arguments, que la diversité instaurée, les testings, le CV anonyme… et l’éducation à la tolérance… suffisent à combattre les discriminations. Mais non, bien sûr. Le CV anonyme peut aider à décrocher un entretien. Mais la personne qui se présente devant la DRH a une couleur qui peut ne pas convenir. A-t-on compté combien d’entretiens n’aboutissent à rien lorsque le candidat est noir ou arabe, alors qu’un jeune (ou moins jeune) blanc –à compétences comparables et à formation équivalente- a été embauché immédiatement ! A-t-on compté combien de noirs et d’arabes sont refusés à la location d’un appartement, avec des raisons totalement « bidons » pour l’attribuer à un « blanc » sans qu’il présente des exigences demandées aux noirs et arabes. Un documentaire sur Canal Plus « Dans la peau d’un noir » a révélé ce type de comportements dans notre chère République de la Liberté, Egalité, Fraternité. Mais où la solidarité est totalement en panne.
 Et alors, on jure que tout passera par la reconnaissance de la diversité. De nombreuses entreprises s’y sont engagées et même ont signé « la Charte de la Diversité » gérée par le Ministre de l’égalité des chances. Mais, comment est-elle gérée dans les entreprises ? Qui l’a évaluée pour nous donner un suivi concret de cette diversité dans des entreprises. La réalité est qu’elle se pratique dans le hall d’entrée de l’entreprise. Mais certains DRH restent de vrais gardiens d’ascenceurs et interdisent aux noirs de monter dans les étages ! Alors, ils peuvent toujours essayer les escaliers, dira-t-on ? Cela va moins vite mais on peut également arriver aux étages des responsabilités et de la promotion. Mais erreur ; il y a parfois des codes pour ouvrir les portes d’accès aux couloirs des étages. De nombreux noirs n’ont pas ces codes d’accès. C’est ainsi que nombre d’entre eux en France sont obligés de redescendre les escaliers, renégocier l’accès à l’ascenceur et parfois se faire « virer » car ils revendiquent trop leurs droits. Alors, ils vont agrandir la foule d’autres « diversités » des halls d’entrée d’autres entreprises. Et au bout de plusieurs décennies, de nombreux noirs en France sont toujours au Rez-de-chaussée, devant l’ascenceur qu’ils ne peuvent pas prendre…
Alors pour combattre les discriminations raciales en France, il faudra « impérativement passer par le comptage » des discriminés. Combien sont-ils, où sont-ils, que leur manque-t-il, combien ont des qualifications « inutilisées », de quelles formations ont-ils bénéficié, etc… ? La réponse à ces questions se trouve dans le « comptage ». Quelles sont les entreprises qui emploient les noirs, que font-ils comme activités, à quelles fonctions exercent-ils ? Les réponses à ces questions se trouvent également dans le « comptage ». Après nous pourrons nous poser de bonnes questions pour tenter de trouver de bonnes réponses adaptées. Adapter les formations, comme le propose Jean-Louis Borloo, si cela est la source du déficit conduisant aux discriminations. Exiger des responsables d’entreprises de traiter les noirs et arabes comme tous les autres salariés de l’entreprise, avec des promotions et des considérations dans leurs responsabilités correpondant à leurs performances dans les entreprises, y compris par l’institution des amendes conséquentes en cas de discriminations caractérisées, en procédure d’urgence. Mais alors, il faut encore « compter » pour cela : combien de noirs dans l’encadrement des entreprises ? combien de noirs en création d’entreprises en France ? Combien de noirs parmi les dirigeants d’entreprises en France ? Combien de noirs dans les comités de direction des partis politiques ? Dans la direction des Etablissements publics ? Dans la haute fonction publique ? Dans les Grandes Ecoles ? Dans la diplomatie française ? Combien… combien… combien ? La réponse à ces interrogations se trouve dans le « comptage ». Et arrêter de lancer toujours des discours démagogiques et générales sur l’intégration des Noirs en France. La nouveauté dans la campagne à l’élection présidentielle cette année, c’est la reconnaissance de ce fléau national qu’est le racisme et les discriminations. De même que les candidats exigent que la République se tourne vers les discriminés pour leur octroyer leurs droits en contrepartie des devoirs. La Société Française existe, les lois existent, les exigences du vivre ensemble sont claires (égalité homme-femme, respect de la laïcité, utilisation du français institué constitutionnellement comme langue de la République, conformité aux lois du pays). Les nouveaux arrivants devraient en être clairement informés pour se déterminer : rester et s’y conformer ou repartir vers d’autres cieux. Ils sont libres de leurs choix, mais ne peuvent imposer leur « cultures et coutûmes » à la République. A défaut de réussir l’intégration, la France fabriquera davantage de communautarismes à son insu : les personnes discriminées se retrouvent dans la même galère et dans l’exclusion pour former des remparts de survie. Mais lorsque les enfants des français noirs ou arabes, issus de l’immigration, voient leurs parents, leurs frères et sœurs, dans les différentes hiérarchies des entreprises, des établissements publics, des partis politiques, de la diplomatie,… de tous les espaces publics, ils s’engageront plus fortement eux-mêmes à « briser » les murs des communatarismes. Pour combattre le racisme et les discriminations en France, nous devons tous collectivement et avec des engagements politiques forts dans la Formation des jeunes descendants des immigrés en les traitant à égalité avec leurs camarades « blanc », leur assurer des emplois sans discrimination, assurer des logements aux familles et le respect aux personnes. L’intégration s’effectuera naturellement, en reconnaissance au pays qui les accueillies.

Luttons tous ensemble contre les discriminations et le racisme par des faits concrets, et non des discours creux, pour assurer une cohésion nationale et une réussite pour tous. La République n’en sera que gagnante et en sortira encore plus renforcée. Nous ne gagnerons pas la grande course de la mondialisation en nous lestant avec le racisme et en fermant les yeux sur les discriminations. Le Monde nous regarde aussi et nous juge sévèrement.

Retour à l'accueil