LES DÉFIS DE LA CRISE GRECQUE EN EUROPE

Publié le par Nouvelle Dynamique

LES DÉFIS DE LA CRISE GRECQUE EN EUROPE

       Prétendre que, parce que les engagements sont désormais écrits, avec la main des hauts fonctionnaires français dépêchés à Athènes pour mettre au point la rédaction, les Grecs vont les appliquer, c'est une totale illusion. Ou les dirigeants européens sont des démagogues, ou ce sont des hypocrites devant leurs peuples. La Grèce ne mettra pas en œuvre ces réformes qui lui sont dictées, mot pour mot, par les leaders de l'Union européenne et la Banque centrale européenne (BCE). Ce ne sont pas des réformes endogènes, pensées et voulues par les Grecs eux-mêmes, elles sont acceptées pour avoir des financements et éviter la faillite totale de l’Etat et des banques en Grèce. Le Parlement grec les a approuvées pour obtenir les financements européens, c’est parfaitement limpide. Les États-Unis ont pressé l'Union européenne d’accepter et de maintenir la Grèce au sein de la zone euro. C’est leur stratégie : ils ont aussi des créances en Grèce, directes ou via le FMI, et ils ont un marché d’armement et de consommateurs de luxe à entretenir. Les Grecs consomment à crédit et l’Europe paie. C’est cela la réalité hier, aujourd’hui et demain.

      Tant que l’Union européenne paie les factures de la Grèce, celle-ci n’accomplira pas de réformes de structure pour faire face à une vraie gestion de l’État. Hors de la zone euro, elle aurait été obligée de le faire sous la pression de la pauvreté, de la misère, des faillites d'entreprises et de la rue. Prise en charge par l’Union européenne, avec la monnaie que les autres Européens défendent pour elle, la Grèce ne fera pas d’efforts pour se réformer. Dirigeants européens, vous risquez demain les révoltes de vos peuples et la désintégration de la zone euro, suivie par la fin de l'Union européenne par la faute d’un seul pays. Nous aimons tous la Grèce et les Grecs, nos amis de toujours depuis les profondeurs de l'histoire. Mais ces experts idéologues de la gauche radicale qui prétendent aider la Grèce en comparant sa dette à celle de l’Allemagne en 1953 vous égarent. L’Allemagne avait été condamnée à payer les dommages de guerre (1ère et Seconde guerre mondiale). Elle n’avait pas emprunté aux Européens pour se retrouver ensuite en état de cessation de paiement, comme la Grèce. C’est la fable de la cigale (Grèce) et la fourmi (Europe du nord). Les opinions d’une grande partie des Français, des Allemands et des pays du Nord de l’Europe sont pour la sortie « accompagnée » de la Grèce de la zone euro. La justification par « la civilisation » est commode pour ceux qui la défendent. Sait-on que l’Europe doit plus à l’Egypte antique qu’à la Grèce ? Doit-on alors admettre l’Egypte actuelle, parce que nous avons connu le hiéroglyphe, la grandeur des pharaons et l’éblouissante reine Cléopâtre ? Oui, notre civilisation est « judéo-chrétienne » grâce à l’infatigable « apôtre Paul », né juif à Tarse, en Turquie actuelle. Donc Israël et la Turquie doivent-ils devenir des piliers de la zone euro ? Le blé, le maïs et la pomme de terre constituent parmi les aliments de base des Européens. Mais ce sont des produits d’origine non européenne. Doit-on intégrer les pays d’origine de ces précieux produits dans la zone euro ?

      Le défi grec est lié aux insuffisances de sa gestion publique et non au reniement des contributions de la Grèce, comme de l’Afrique par ailleurs, à la civilisation européenne.

      Athènes demande un financement de 53,5 milliards d’euros d’ici juin 2018. Mais des experts évaluent les besoins entre 50 et 85 milliards d’euros. En contrepartie, les créanciers de la Grèce lui demandent une hausse de la TVA, des coupes dans le budget de la Défense ainsi que des réformes sur les retraites et dans la fonction publique pléthorique, dans la collecte de l’impôt et la lutte efficace contre la fraude fiscale.

1. La refonte de la TVA, la lutte contre la fraude et la mise en oeuvre des autres mesures fiscales.

      La réforme de la TVA est toujours un gros morceau pour la Grèce. Cette réforme de la taxe sur la valeur ajoutée pourrait rapporter 1% de PIB à la Grèce, comme le souhaitaient les créanciers. Un certain nombre de biens et services en Grèce sont normalement taxés avec une TVA à 23%, mais encore faut-il que les recettes rentrent dans les caisse de l'Etat. Face à cette taxe élevée et jugée inégalitaire car elle concerne toutes les catégories sociales de la population, de nombreux commerçants la contournent. Une loi récente les oblige à délivrer des tickets à leurs clients et à présenter ces factures aux impôts pour contrôler leurs revenus et la régularité du paiement de la taxe. Mais les deals fréquents entre clients et commerçants se sont installés pour acheter « au noir sans payer la TVA »; ils sont intensifiés par l’aggravation de la crise. Aussi, Andreas Andreadis, président de la Sete, confédération du tourisme grec, indiquait dans le Guardian, en mai 2015, qu’environ « 40% des tickets de caisse n’étaient pas comptabilisés par les petits commerces » dans leur déclaration de revenus. Pour éviter la fraude, un secrétariat général indépendant des recettes fiscales avait été créé en novembre 2012, comme l’indique le journal Le Monde. Ce service devait réussir à « imposer le règlement par carte bancaire chez les commerçants, à relier les caisses enregistreuses des magasins aux ministères des Finances et à organiser le recoupement des données bancaires et fiscales pour contrôler l’adéquation entre patrimoine et déclaration fiscale ». Selon le quotidien, seul le troisième objectif est atteint. Et la fraude se poursuit. Par ailleurs, les îles grecques, très prisées des touristes, bénéficient d’un taux de TVA réduit (5% pour les hôtels, contre 6,5% dans le reste du pays, et 9% au lieu de 13% pour les restaurants). Des avantages qui ne sont nullement justifiés.

      Pour accéder à la demande des créanciers, le gouvernement grec propose alors d’harmoniser la TVA avec un taux standard à 23%, y compris pour la restauration. Mais, les aliments de base, l’énergie, les hôtels et l’eau bénéficieraient d’un taux réduit à 13%. Enfin, un taux minimum à 6% serait appliqué pour les produits de santé (notamment les produits pharmaceutiques) et les biens culturels (les livres et le théâtre). De plus, le gouvernement devrait supprimer les exonérations pour les taux de TVA allégée dans les îles touristiques riches. Mais, au lieu d’appliquer cette réforme de la TVA comme le ferait n’importe quelle nation, à une date définie pour tous, la Grèce demande de commencer en octobre 2015 pour achever cette réforme vers la fin de 2016. En France, on définit une loi qui s’applique à une date donnée pour tout le pays. Pourquoi la Grèce ne déciderait-elle pas que cette réforme de la TVA s’appliquera pour tous au 1er octobre 2015 ? Ce serait un gage de sérieux, de volonté réelle et de responsabilité.

    Les autres mesures fiscales concernent de nombreuses réformes techniques d’imposition et de collecte d’impôts. Les agriculteurs devraient également subir ces nouvelles mesures d’austérité, avec notamment une baisse des subventions sur le diesel. La hausse des impôts sur les sociétés ferait passer le taux de 26 à 28%. Les armateurs seraient davantage taxés. Il est également proposé de relever immédiatement les taxes sur les produits de luxe et la publicité à la télévision. Mais ce dispositif est insuffisant. Il aurait mieux valu, compte tenu de l’historique des impôts non perçus et de l'état de déliquescence du pays, passer de 26% à 30% pour les entreprises moyennes et à 35% pour les grandes entreprises (industries, tourisme, armateurs, sociétés immobilières, etc.). Le dispositif le plus important concerne également la lutte contre la fraude fiscale : un nouveau plan doit être présenté avant la fin du mois de juillet 2015. Pourquoi ce plan n’a-t-il pas été élaboré depuis 2009 que la Grèce négocie les aides et prêts financiers ? Un marché de dupes sans doute. Il devrait notamment proposer de définir plus précisément le statut d’agriculteur, derrière lequel se réfugient de nombreux propriétaires fonciers, et d’introduire une loi pénale sur l’évasion fiscale et la fraude.

      Au-delà de la TVA, la fraude fiscale reste trop pratiquée en Grèce, de l’avis même du directeur de la brigade grecque des contrôles fiscaux. En 2012, Nikos Lekkas avait confirmé les observations de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui avait déclaré que « les Grecs devraient commencer par s’entraider collectivement », en « payant tous leurs impôts ». « L'évasion fiscale en Grèce atteint 12% à 15% du PIB, ce sont 40 à 45 milliards d’euros par an », avait confirmé Nikos Lekkas. « Si nous pouvions en récupérer ne serait-ce que la moitié, le problème de la Grèce serait résolu », ajoutait-il. Il est clair que les 50 à 80 milliards que demande la Grèce seraient trouvés dans ces recouvrements d’impôts engloutis par la fraude fiscale. Selon Slate, on estimait à 280 milliards d’euros les fonds grecs présents dans les banques suisses en 2012, soit 120% du PIB de la Grèce. Avec ces fonds, la Grèce aurait réduit sa dette qui s’élevait à 350 milliards d’euros à cette date. « Les services de lutte antifraude ont compté 18.300 entreprises ou indépendants grecs qui possèdent des sociétés offshore », écrit le site d’information Slate. Au total, plus de 76 milliards d’euros d’impôts et de cotisations sociales impayés se sont accumulés en Grèce au fil des années. Le gouvernement Syriza estime ne pouvoir récupérer que 9 milliards d’euros, au mieux, sur les 76 milliards d’euros dus au fisc... Mais, depuis qu’il est arrivé au pouvoir, la Grèce n’a enregistré aucun résultat tangible sur le recouvrement de ces impôts. Le système de collecte des impôts doit donc être totalement réorganisé, pour être fiable et efficace.

2. La réforme des retraites est restée inachevée.

     Le gouvernement propose d’aller jusqu’au bout de la dernière réforme des retraites de 2010, avec de nouvelles mesures. Le point essentiel de cette réforme vise à réduire au maximum les départs à la retraite anticipée. Pour cela, le gouvernement compte sur un système de pénalités. La Grèce est un des pays de l’Union européenne qui compte le plus de retraités : 20,5% de sa population ont plus de 65 ans. Selon les données de l’OCDE établies en 2013, le pays leur consacrait 13% de ses dépenses publiques. Un taux qui atteindrait aujourd’hui 17% des dépenses publiques, selon les experts du FMI cités par le journal économique Les Echos. C’est le niveau le plus élevé de l’Union européenne après l’Italie. Mais cette dépense publique aussi importante pour les retraites est liée à l’explosion des préretraites, en relation avec les faillites des entreprises et avec la suppression de postes de fonctionnaires. Par ailleurs, selon le FMI, le taux de remplacement du salaire reste par ailleurs trop élevé. Toujours selon les données de 2012 issues de l’OCDE, un retraité grec touche une pension égale à 70% de son salaire, contre 57% en Allemagne. Un écart sans doute réduit depuis les coupes successives dans les pensions grecques, relèvent Les Echos. Même si depuis 2010, les retraites ont diminué d’environ 10% à 15% pour les plus faibles (moins de 500 euros par mois) et de plus de 45% pour celles dépassant 3.000 euros, comment justifier ces taux de 70% du salaire assurant de confortables pensions de retraite pour un pays englué dans une énorme dette publique ? Comment justifier des pensions de retraite de plus de 3.000€ par mois, dans un pays où le taux d’activité est très inférieur à 60% des personnes actives, alors qu’en Allemagne ou en France, pays plus avancés que la Grèce, les pensions de retraite de plus de 3.000€ par mois sont très rares, avec des taux d’activité supérieurs à 70%. Pour répondre à la demande des créanciers, la Grèce a accepté la suppression des 13e et 14e mois payés. Le départ à la retraite a été repoussé à 67 ans, pour partir sans décote si les 40 ans de cotisations ne sont pas atteints. Il sera de 62 ans en justifiant quarante années de travail, sauf pour les personnes exerçant un métier pénible ou les mères élevant des enfants souffrant d’un handicap. L’âge du départ à la retraite doit être relevé graduellement jusqu’en 2022. Un délai jugé trop long pour les créanciers. Le nombre de métiers ouvrant droit à une préretraite a également été considérablement réduit. Le but serait notamment de réduire au maximum les départs anticipés, grâce à un système de pénalités. Néanmoins, la troïka (UE, BCE, FMI) trouve ces mesures insuffisantes et réclame à juste titre, pour assainir les comptes publics, une nouvelle baisse du niveau des pensions et la fin des préretraites. Mais, cela a longtemps constitué un point d’achoppement important dans les négociations entre la Grèce et ses créanciers.

3. Les autres sources de revenus indispensables : le cadastre pour percevoir les impôts fonciers, l'imposition des armateurs et des revenus du patrimoine de l'Eglise orthodoxe, la baisse des dépenses militaires, et les privatisations.

     Malgré les réformes proposées avec une nouvelle sévère potion d’austérité, la Grèce n’est pas encore tirée d’affaire. L’économie retrouvée serait évaluée à environ 13 milliards d’euros, une goutte d’eau de 4% du total de sa dette aujourd’hui. La Grèce doit alors également réduire très sévèrement son budget de la Défense, avec des coupes de 300 millions d’euros en deux ans. Elle doit économiser 100 millions d’euros en 2015 et 200 millions d’euros en 2016. Son budget pour la Défense représentait 2,5% de son PIB en 2013 contre seulement 2,3% au Royaume-Uni ou en Turquie ; 2,2% en France ; 1,6% en Italie ; 1,3% en Allemagne et 1% en Belgique, parmi les pays les plus exposés sur les théâtres des opérations militaires extérieures, alors que la Grèce n’est plus sous menaces d’attaques extérieures et qu’elle est placée sous la protection des Etats-Unis, de l’OTAN et des puissances militaires de l’Union européenne. Mêmes les Etats-Unis, plus riches et plus engagés dans les opérations les plus répandues dans le monde, gèrent un budget de 3,8% de leurs PIB en 2013 pour la Défense, mais avec un effectif de plus de 1,4 millions d’hommes et femmes sous les drapeaux à travers le monde.

      La Grèce doit relancer le programme de privatisation d’entreprises publiques, gelé par le gouvernement d’Alexis Tsipras et Syriza à leur arrivée au pouvoir. Les aéroports régionaux, les ports du Pirée et de Thessalonique sont notamment concernés, tout comme la compagnie gestionnaire du réseau électrique grec. Mais, comme cela a été souvent observé, la Grèce est frappée par les fraudes et les corruptions massives, et des lacunes liées à l’absence de l’Etat pour renflouer ses caisses. Dans le viseur, on note l’absence de cadastre, les avantages et exonération accordés à Eglise orthodoxe et les privilèges accordés aux armateurs. Le temps presse, mais les réformes à mener sont très longues, importantes et incertaines. Malgré deux plans d’aide internationaux à hauteur de 240 milliards d’euros depuis 2010, la situation de la Grèce ne s’est guère améliorée. Si la crise que subissent tous les autres pays de l’Union européenne et la récession provoquée par les exigences des créanciers y sont pour beaucoup, les défauts structurels de l’Etat grec expliquent aussi, en très grande partie, l’impasse dans laquelle il se trouve actuellement, obligé d’aller mendier des aides et des prêts auprès de l’Union européenne.

      Concernant l’absence de cadastre, la Grèce est le seul pays de l’Union européenne à ne pas disposer de cadastre. Le certificat cadastral est le document administratif bien connu qui dresse l’état et le titre de propriété d’une parcelle sur le territoire. Il permet d’enregistrer le propriétaire et de prélever des impôts fonciers. En Grèce, « certains terrains n’ont jamais eu de titres de propriété », explique Alekos Velissarios, ingénieur géomètre, à l’hebdomadaire L’Express. « Traditionnellement, ils se transmettaient par accord oral ». Et voilà un pays du droit romain et de la civilisation gréco-latine qui ignore l’importance de l’écrit dans la gestion des affaires, au sein de l’Union européenne. Des ébauches de cadastre réalisées lors du règne d’Otton Ier (1832-1862) ont ainsi été abandonnées. Seuls 20% des titres de propriété seraient actuellement référencés, selon l'hebdomadaire L’Express. Par ailleurs, selon des chiffres fournis par le ministère de l’Environnement et cités par L’Obs, un million de logements manqueraient à l’appel dans les registres de l’Etat ; ces logements ayant été construits sans permis. C’est donc une source énorme de revenu pour le trésor public de l’Etat, la Grèce étant l'un des pays d’Europe ayant le plus fort taux de propriétaires (70%). La mise en place d’un cadastre complet est l’une des exigences de la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Mais, c'est une mesure de bon sens de gestion publique de l’Etat ; de plus, elle permettrait de récolter plusieurs milliards d’euros pour le trésor pubic. La fierté nationale ne peut se passer des règles élémentaires de bonne gestion du patrimoine, surtout lorsque l’on doit présenter des garanties de remboursement de la dette abyssale actuelle. Pour tenter de trouver un palliatif, le gouvernement socialiste de Georges Papandréou avait introduit, à la fin de 2011, une taxe sur l’électricité censée compenser les recettes foncières, à défaut d’un impôt foncier généralisé. Mais cette mesure s’est accompagnée de la colère des usagers en raison des «  fréquentes coupures pour défaut de paiement », relève L’Obs. Ce prélèvement très impopulaire a donc été remplacé par une nouvelle taxe foncière sans grand succès, à la fin de 2013. A ce jour, le gouvernement grec n’a fait aucune proposition pour la mise en place d’un cadastre, malgré la demande insistante des autres pays de l’Union européenne. 

     Enfin, les biens et le patrimoine de l’Eglise orthodoxe grecque ainsi que les fortunes des armateurs, demeurent exonérés d’impôts et taxes ou alors insuffisamment taxés. C’est le résultat de l’histoire de la Grèce. Si la fiscalité foncière doit évoluer malgré l’absence de cadastre, l’Eglise orthodoxe, qui demeure toujours rattachée à l’Etat, reste épargnée. Pourtant, l’Eglise est le deuxième propriétaire foncier du pays. Le clergé grec jouit d’un patrimoine estimé à 3 milliards d’euros, selon l’hebdomadaire Le Point, qui tient une liste des 130.000 hectares de terrains agricoles, avec ses églises, ses hôpitaux, ses restaurants, ses hôtels de luxe et ses actions à la Banque nationale de Grèce. Une réforme est indispensable pour réduire drastiquement ces privilèges. Pourtant aucune mesure n’est sérieusement évoquée pour réformer l’imposition des biens de l’Eglise orthodoxe. Parmi les autres privilégiés de l’histoire grecque figurent les armateurs. Ils représentent 7% du PIB grec et ils ont réalisé 154 milliards d’euros de recettes au cours des dix dernières années (2005-2015). Cependant, ils sont protégés par la Constitution grecque. Au lieu d’être taxés sur leurs revenus ou leurs bénéfices, ils ne sont prélevés que sur le tonnage, c’est-à-dire la capacité totale de leurs bateaux battant pavillon grec. Ce tonnage est-il réellement déclaré ou souvent falsifié ? Face à la perspective d’être davantage imposés pour participer à l’effort collectif, certains brandissent la menace de l’exil fiscal. Mais en 2013, comme l’explique La Tribune, la taxe forfaitaire sur le tonnage a été étendue « aux propriétaires étrangers ou aux sociétés de navigation pour les bateaux sous pavillon étranger qui sont gérés par des sociétés grecques ou étrangères installées en Grèce ». Plutôt que d’organiser un impôt sur les sociétés, l’Etat a étendu le privilège de la taxation au tonnage à d’autres sociétés étrangères. Ainsi elle accorde un exil fiscal des autres sociétés étrangères de navigation.

      Aux citoyens européens de choisir entre demander à la Grèce de se prendre en charge et évoluer avant de revenir dans la zone euro, ou prendre en charge le remboursement de sa dette pendant plusieurs décennies. Aujourd’hui, vous savez. A nous tous de voir comment construire l’avenir de l'Europe ensemble.

4. Les résultats des négociations dans la nuit du 12 au 13 juillet 2015 à Bruxelles.

      Au terme de près de 17 heures de négociations marathon, dans la nuit du 12 au 13 juillet 2015, les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro sont parvenus à un accord sur un éventuel troisième plan d’aide international à la Grèce, assorti de conditions draconiennes. La Grèce est, de facto, mise sous tutelle des pays de la zone euro et du FMI. Les efforts demandés par les créanciers s'inscrivent dans les solutions, et répondent aux observations sur les insuffisances structurelles présentées dans les parties 1 à 3 (ci-dessus) de la présente publication.

En voici les 10 principaux points de l'accord tant attendu et qui s'imposent de façon contraignante à la Grèce (source AFP) :

 

4.1 - AVANT TOUTE CHOSE

«Vu le besoin de rétablir la confiance», considérée comme rompue par le gouvernement de gauche radicale d’Alexis Tsipras, la Grèce doit «légiférer sans délai».

Jusqu'à mercredi 15 juillet 2015, la Grèce doit «rationnaliser le système de TVA et élargir sa base pour augmenter ses revenus» ; «améliorer la soutenabilité du système de retraites» ; «assurer l’indépendance de l’institut statistique ELSTAT» ; «mettre en place une Autorité fiscale indépendante et un mécanisme de réduction automatique des dépenses en cas de ratage des objectifs budgétaires».

Ces mesures sont impératives pour commencer à discuter d’un plan d’aide.

En sus, d’ici le 22 juillet, la Grèce doit «adopter un code de procédure civile» et transposer en droit grec une directive sur le renflouement des banques.

4.2 - REFORMES

Outre ces préalables, le gouvernement grec doit «sérieusement renforcer ses propositions de réformes» s’il veut obtenir un accord.

Les créanciers exigent «un ambitieux programme de réformes des retraites», «des reformes plus importante du marché intérieur», notamment dans le domaines des soldes, des pharmacies, des boulangeries, de l’ouverture des commerce le dimanche...

Ils veulent aussi la privatisation du réseau de transport électrique (ADMIE).

Ils exigent une «modernisation» et un «examen rigoureux» du marché du travail afin d’«aligner les politiques de l’emploi sur les standards internationaux et européens».

Enfin, les créanciers veulent un «renforcement du secteur financier».

4.3 - GESTION DES PRIVATISATIONS

Le gouvernement doit aussi «mettre en oeuvre un programme de privatisation plus développé», à travers la création d’un fonds ad hoc qui a fait l’objet d’âpres négociations.

«Les actifs grecs de valeur seront transférés à un Fonds indépendant qui les monétisera par des privatisations ou d’autres moyens».

Ce Fonds devra générer 50 milliards d’euros, dont 50% serviront à recapitaliser les banques grecques au bord de l’asphyxie financière. 12,5 milliards serviront au désendettement et 12,5 milliards pour des investissements.

Ce Fonds sera "basé en Grèce et sera géré par les autorités grecques sous la «supervision» des autorités euroépennes »".

4.4 - FONCTION PUBLIQUE

La Grèce devra «moderniser (...) l’administration grecque» et notamment la «dépolitiser» à travers un programme spécifique. La Grèce doit présenter ses projets sur ce point d’ici lundi prochain.

4.5 - LE RETOUR DES INSTITUTIONS

La Grèce doit «normaliser les relations avec les Institutions (Commission, BCE, FMI, ndlr), y compris lors du travail sur le terrain à Athènes». Ces institutions sont aujourd’hui honnies par le gouvernement Syriza et ses sympathisants.

De plus, elles auront un droit de regard sur certains projets de lois ou de référendum.

4.6 - ANNULATION DE CERTAINES MESURES DE TSIPRAS

La Grèce devra revoir certaines des mesures adoptées par le gouvernement d’Alexis Tsipras qui sont contraires aux engagements des précédents gouvernements grecs.

4.7 - 82 A 86 MILLIARDS

L’ensemble de ce troisième programme pourrait représenter de 82 à 86 milliards d’euros. Les Institutions sont invitées à voir comment elles pourraient réduire l’enveloppe des financements.

4.8 - GERER L’URGENCE

Les chefs d’Etat et de gouvernement demandent à l’Eurogroupe de trouver une solution transitoire pour permettre à la Grèce de faire face à ses besoins urgents de financements (12 milliards d’euros d’ici mi-août) et pour lui permettre de payer ce qu’elle doit, notamment au FMI.

4.9 - BANQUES

Les créanciers estiment qu’il faut prévoir de 10 à 25 milliards d’euros pour les banques, en cas de recapitalisation ou de liquidation.

4.10 - DETTE

«L’Eurogroupe est prêt à évaluer, si nécessaire, des mesures additionnelles (allongement des délais de grâce et des maturités)», seulement si la Grèce a respecté ses engagements. Le FMI continuera d’être associé au programme grec, y compris au-delà de l’échéance de mars 2016, date à laquelle il devait s’achever.

Emmanuel Nkunzumwami

Analyste économique et politique

auteur de "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation", Editions L'Harmattan, 2013.

 

LES DÉFIS DE LA CRISE GRECQUE EN EUROPE
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Yves Leclercq 14/07/2015 18:42

La crainte de s'être fait avoir est fondée. Mais le point de vue des "colombes" a eu sa place, et maintenant, il faut attendre les résultats. Si Tsipras va devoir agir "contre" ses convictions, il pourrait aussi revigorer l'État au nom des mêmes convictions. Car c'est le point faible de la Grèce, que tu pointes à de multiples reprises. Il semble, aussi, que la géopolitique pèse son poids, qu'il n'y a pas que des considérations économiques qui sont en jeu.

Michèle 14/07/2015 13:19

Votre analyse est poussée et ne manque pas de pertinence.
Cependant les économistes n'ont pas toutes les cartes en main. Je ne parle que de la France mais, en France, 60 % de la population est favorable à cette aide à la Grèce, par une sorte de relation affective avec le peuple grec. Nous aimons la Grèce presque à l'égal d'un mythe. Et nous n'aimons pas du tout l'hégémonie néolibérale allemande. On ne le dit pas, on ne veut pas le dire mais il y a beaucoup de pauvres en Allemagne et ce n'est que contrainte et forcée que A. Merkel a instauré un salaire minimum très bas. Le diktat allemand, les leçons de morale allemandes, nous ne les aimons pas du tout.
Ce ne sont que des affects, me direz-vous, mais ils pèsent cependant un certain poids.
Bien à vous.