LES SITUATIONS SOCIOECONOMIQUES ET DU VIEILLISSEMENT DES POPULATIONS EN EUROPE A LA FIN DE 2012 (4)

Publié le par Nouvelle Dynamique

manifestations contre la réforme des retraites avec les enmanifestations contre la réforme des retraites v2

Une manifestation contre la réforme des retraites en France (2010)

 

V. De nouvelles problématiques se présentent à l'Europe :

Les difficultés démographiques de l’Europe tendant à faire baisser à long terme le nombre d’habitants globalement au sein de l’Union européenne sont bien réelles. L’on peut considérer alors que la démographie européenne est déséquilibrée au profit des séniors. Dans 7 pays sur les 17 de la zone euro et dans 5 pays des 10 hors de la zone euro, la part des Séniors de 65 ans et plus dans la population est supérieure de plus de 2 points à la part des Jeunes de moins de 15 ans. Par ailleurs, l’espérance de vie dans ces pays étant en moyenne supérieure à 80 ans (65 ans + 15 ans) , le renouvellement des générations n’est plus assuré. Il convient de noter également que le taux de fécondité, calculé sur les femmes en âge de procréer entre 15 ans et 49 ans, est très faible et ne permet pas le rattrapage par des naissances plus importantes (sauf en Suède où ce taux est de 1,9 et en Lituanie où il atteint 1,8).  Les spécialistes considèrent que cette partie, rapidement vieillissante de l’Europe, devrait retrouver une stabilisation de la population, puis une faible croissance de celle-ci au-delà de 2 enfants par femme. Ce taux n’est atteint aujourd’hui que par l’Irlande (2,1), la France (2,0) et le Royaume-Uni (2,0) en 2012 au sein de l’Union européenne et par l’Islande, hors de l’Union. Nous remarquons que seul quatre pays de la zone euro (Luxembourg, Chypre, Slovaquie et Irlande) parviennent à afficher une population des Jeunes de moins de 15 ans supérieure d’au-moins 2 points celle des Séniors de 65 ans et plus. Mais leur poids démographique en Europe est trop faible pour rééquilibrer la démographie de l’ensemble. Le renouvellement des générations étant très faible pour de douze pays (sur les 27) de l’Union européenne dont les taux de fécondité sont inférieurs à 1,8 enfants par femme en âge de procréer, mais l’espérance de vie moyenne étant supérieure à 80 ans, les pays européens sont confrontés aux difficultés d’assurer le financement des pensions de retraite, de la dépendance des populations de plus en plus âgées et du dépeuplement (notamment en zones rurales partout en Europe). L’une des solutions immédiates est le renforcement de l’immigration en provenance des pays surpeuplés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine ; cette immigration devrait majoritairement se composer des populations de 20 ans à 45 ans.  Dès lors, elles constituent une force de travail immédiate, un rééquilibrage de la population globale et elle pourra contribuer à l’amélioration du taux de fécondité à travers des politiques familiales volontaristes mais encadrées. En effet, les naissances des enfants sont de véritables joies et les occasions d'agrandissement pour les familles, mais c'est également un besoin et une richesse pour les nations. Cependant, cela peut devenir une véritable charge et même un handicap pour le développement et le progrès social pour tous. Dès lors, les Etats européens pourraient encourager les naissances d'au-moins 2 enfants par femme en âge de procréer, mais devenir dissuasifs au-delà de 4 enfants, pour éviter que les enfants ne deviennent une industrie financière ou une nouvelle source de revenus pour les familles. Les allocations devraient alors être plafonnées en fonction des revenus des familles et très amoindries à partir du 5ème enfant reconnu de la mère ou du père. Pour reconstituer les sources des migrations, les populations latino-américaines migrant massivement vers les États-Unis et le Canada plus proches, les Asiatiques étant culturellement et en majorité plus éloignés de l’Europe, il reste une immigration d’Europe centrale et orientale, des pays méditerranéens et de l’Afrique subsaharienne. L’immigration n’est donc pas un problème, mais une solution pour l’Europe, à condition que celle-ci accepte d’accueillir de nouvelles populations et de les intégrer dans son système économique, social et culturel.

 

Pays européens 
(données au début de 2012)

Population Jeunes de moins de 15 ans

Population des Séniors de 65 ans et plus

Taux de fécondité femmes entre 15 et 49 ans

Espérance de vie

à la naissance (en années)

(en % de la population totale)

(en % de la population totale)

 (enfants par femme)

hommes

femmes

Allemagne

13,2

20,6

1,36

78,4

83,2

Italie

14,0

20,6

1,40

80,1

85,3

Grèce

14,4

19,7

1,42

78,5

83,1

Portugal

14,8

19,4

1,35

77,6

84,0

Finlande

16,5

18,1

1,83

77,3

83,8

Autriche

14,5

17,8

1,42

78,3

83,9

Espagne

15,2

17,4

1,36

79,4

85,4

Belgique

17,0

17,3

1,81

77,8

83,2

Estonie

15,5

17,2

1,52

71,2

81,3

France

18,6

17,1

2,01

78,7

85,7

Slovénie

14,3

16,8

1,56

76,8

83,3

Malte

14,7

16,5

1,49

78,6

82,9

Pays-Bas

17,3

16,2

1,76

79,4

83,1

Luxembourg

17,1

14,0

1,52

78,5

83,6

Chypre

16,5

12,8

1,35

79,3

83,1

Slovaquie

15,4

12,8

1,45

72,3

79,8

Irlande

21,6

11,9

2,05

78,3

82,8

 

 

 

 

 

 

Zone euro 17

15,4

18,7

1,56

 

 

 

 

 

 

 

 

Bulgarie

13,4

18,8

1,51

70,7

77,8

Suède

16,7

18,8

1,90

79,9

83,8

Lettonie

14,3

18,6

1,34

68,6

78,8

Lituanie

14,9

18,1

1,76

68,1

79,3

Danemark

17,7

17,3

1,75

77,9

81,9

Hongrie

14,5

16,9

1,23

71,2

78,7

Tchéquie

14,7

16,2

1,43

74,8

81,1

Roumanie

15,0

15,0

1,25

71,0

78,2

Pologne

15,1

13,8

1,30

72,6

81,1

Royaume-Uni

17,5

17,0

1,96

79,1

83,1

 

 

 

 

 

 

Union européenne 27

15,6

17,8

1,57

77,4

83,2

 

 

 

 

 

 

Suisse

15,0

17,2

1,52

80,5

85,0

Norvège

18,5

15,4

1,88

79,1

83,6

Islande

20,7

12,6

2,02

80,7

84,1


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

VI.        Conclusion

Les difficultés économiques et sociales en Europe sont aggravées pas les réformes de structure insuffisantes dans de nombreux pays. Au sein de la zone euro, les différences s’accroissent entre les pays situés au nord et à l’est de la France d’une part, et les pays situés au sud, d'autre part. Selon les capacités et la vitesse à se réformer en profondeur, la France peut ainsi basculer dans la partie sud ou rester dans l’Europe du nord. Pour retrouver la confiance des peuples dans des pays dont la crise a révélé les fortes fragilités dans les politiques publiques de gestion, les réformes en profondeur deviennent indispensables et urgentes, notamment dans les pays de l’Europe du sud. Les freins de l’harmonisation économique et sociale se trouvent également dans les niveaux d’éducation au sein des Etats. Non seulement certains pays cumulent le chômage des Jeunes avec le niveau de décrochage scolaire très élevé et un environnement culturel faible, mais également l’Europe devrait s’attacher à l’harmonisation scolaire pour normaliser les contenus de l'éducation et des formations professionnelles adaptées. Il ne suffit donc pas de détenir un diplôme d’enseignement de fin d’études secondaires (ou de l’enseignement supérieur), mais il faudrait également évaluer l’offre des contenus d’éducation scolaire, ainsi des adaptations des formations technologiques et professionnelles revalorisées correspondant aux réalités économiques et aux offres d'emploi. Enfin, pour prévenir la montée du chômage et sa persistance, les pays de la zone euro pourraient se rapprocher des pays dont le niveau de chômage des Jeunes est inférieur à 10% pour échanger sur les bonnes pratiques : les Pays-Bas (9,8%),l'Autriche (8,7%)l'Allemagne (7,9%) et la Norvège (9,6%) pourraient utilement apporter leurs expériences. Dans tous les cas, la lutte contre le chômage des Jeunes passe par l'offre d’éducation et de formation professionnelle solide, le combat contre les décrochages précoces sans qualification et par l’élévation générale du niveau de formation des adultes. Ces bagages sont indispensables pour armer les Jeunes européens dans la rude bataille de la mondialisation.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Analyste politique et économique

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Yves Leclercq 31/05/2013 16:24


Je reprends notre débat sur le dernier sujet que tu as traité. La désindustrialisation touche les activités à faible valeur ajoutée....et notre enseignement est soit généraliste, soit
professionnel, mais de faible niveau, et souvent en retard sur les techniques utilisées. Les emplois aidés sont sans qualification . Les enseignants se refusent, à tous les niveaux, du primaire
au supérieur, à considérer que les études pourraient préparer à l'exercice d'un métier. On parle encore aujourd'hui, avec nos plus de deux millions de chômeurs, de centaines de milliers d'emplois
qui ne trouvent pas de preneur compétent.

Yves Leclercq 22/05/2013 17:08


Cher Emmanuel,


J'ai eu besoin de quelques jours pour revenir à ton dernier billet. Le problème de la natalité, du vieillissement de la population, et de sa diminution globale, a beaucoup évolué, dans le sens de
la complexité, depuis qu'il s'est amorcé, au cours du 18ème siècle, en France. À cette époque là, le phénomène a touché les possédants, voulant diminuer le nombre de parties prenantes de leur
héritage. Les classes populaires pauvres étaient prolifiques, mais soumises à une terrible mortalité infantile. Il y avait assez de bras pour les activités primaires, et de poitrines pour les
armées.


Au siècle suivant, celui de la révolution indudtrielle, il ne me semble pas qu'il y ait eu de mouvements migratoires importants, pour raisons économiques, en France. Pour le reste de l'Europe
commence l'émigration de peuplement vers les États-Unis. 


La saignée de 1914/1918 crée un appel de populations de remplacement venant essentiellement de Pologne (mines), et d'Italie (travaux agricoles). Puis, ce sont les guerres civiles et les
persécutions (Arméniens, Espagnols, Juifs de l'Europe de l'ESt). C'est une immigration à motivation plus humanitaire qu'économique. Mais il y a de la place pour tout le monde.


La décolonisation est marquée par l'immigration originaire des anciennes colonies, dans le cadre de traités avec les divers pays. La familiarité minimale avec la langue a son importance.. Dans
l'ensemble de l'Europe, après la chute du rideau de fer, les mouvements sont limités en quantité et en durée.


La baisse de la natalité actuelle est "individualiste". La recherche d'un bien-être préalable, le droit à l'enfant remplaçant le devoir d'enfanter, retardent la première naissance, et diminuent
la taille des familles. La situation particulière de la France est due à la politique nataliste héritée du régime de Vichy. Elle n'oblige pas les femmes à choisir entre la maternité et leur
carrière professionnelle. Les handicaps se révèlent bien plus tard (carrière, salaire, et retraite).


Dans les pays germaniques, il faut imputer une réaction à la politique nataliste du régime nazi, pour le résultat que l'on sait. Dans les pays du Nord, c'est le bien-être attendu d'une vie sans
charges excessives. Dans les pays de l'Est, la misère imposée par le communisme n'a pas encouragé la fondation de familles nombreuses. Parmi les peuples catholiques, seule l'Irlande a maintenu
les interdits pro-natalistes. Les autres, Espagne, Portugal, Italie, ont séparé le religieux et la vie privée.


En examinant le tableau comparatif que tu as établi, on ne perçoit pas de lien net entre natalité et prospérité. En France, nous sommes bien placés pour le savoir! Une question lancinante
revient: nous avons des jeunes en abondance, mais c'est comme si nous en avions trop! Il y a une faillite de la politique dans tous ses aspects. L'immigration n'est pas mieux utilisée. Sont taux
de chômage est plus élevé que la moyenne.


J'en conclus qu'il ne faut pas "mettre la charrue avent les boeufs". Ce que nous continuons à faire avec obstination. Jusqu'à...?

Nouvelle Dynamique 23/05/2013 16:14



Cher Yves, merci encore pour ce panorama des évolutions socio-démographiques en Europe. Il est vraiq ue jusqu'au milieu du 19ème siècle (juste après le Congrès de Vienne de 1815), l'Europe était
un concentré de guerres inter-royaumes, notamment animées par Napoléon Ier... Tous les multiples royaumes d'Europe devaient s'organiser démographiquement et militairement pour survivre...
Les renouvellement des populations se justifiaient "politiquement". Oui, l'hécatombe de 1914-1918, puis de 1940-1945 a provoqué le réflexe du baby boom de l'après-guerre dans toute l'Europe. Les
situations de paix durable, notamment grâce à la construction d'une Communauté européenne ayant réduit la vigilance sur les problèmes socio-démographiques pour alimenter les combatatnts
des guerres, ont déplacé le curseur sur les difficultés socio-économiques et les blocs idéologiques Est-Ouest. D'accord avec vous également que la misère des pays de l'Est est vite devenue
un allié de la dénatalité ! Et en Occident, la recherche du meilleur standing de vie égoîste et de l'urbanisation (avec ses conséquences sur le logement et le train de vie) ont décéléré la
natalité. Aujourd'hui, la bonne tenue du taux de fécondité en France est imputable pour une grande part aux populations d'origine immigrée récente qui n'est pas encore installée dans le confort
matériel et encore proche des cultures et traditions d'origine. Les tabous religieux ne fonctionnent pas et plus ces populations s'occidentalisent, moins elle font d'enfants ! Le même phénomène
est observable en Afrique du Nord où le taux de fécondité tourne autour de 2 enfants aujourd'hui... je conviens tout à fait que la solution par l'accroissement de l'immigration est très
complexe dans le contexte socio-économique européen actuel qui se répércute sur les difficultés socio-démographiques. Préconiser une immigration alors que nous avons beaucoup de difficultés à
intégrer les immigrés récents, que les violences éclatent partout (aujourd'hui encore le phénomène de l'automne 2005 se répercute sur la Suède depuis hier et en Grèce depuis plusieurs semaines
déjà !), que nous avons déjà des difficultés à prendre en charge nos ainés et que le chômage s'accroît dans l'ensemble del'Europe... Devrions-nous revoir nos modèles économiques ? Lien entre
natalité et prospérité ? Le trait d'union est l'industrilisation. l'économie des service est très volatile et ne peut absorber la masse de chômeur qui s'accroît alors que les actiovités durables
se déplacent dans les pays émergents. Il faudra réindustrialiser l'Europe pour rétablir les équilibres, recréer de la prospérité qui assurera la relance de la natalité ! Mais, comme vous le
soulignez, il faudra que les politiques se saisissent de la question !