LES ENJEUX SOCIO-POLITIQUES ET ECONOMIQUES EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (RDC)

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

 

    Introduction :

 RDC-5    

     Le 20ème  siècle aura créé des contrastes dans différents domaines de la vie politique, économique et sociale de l’ensemble du monde. Il s’est ouvert par la création des grands empires idéologiques après la révolution russe de 1905 donnant lieu à l’Union des Républiques Socialistes et soviétiques (URSS), puis par des horreurs de la première guerre mondiale de 1914 à 1918, appelée ainsi car elle a été la première à mobiliser toutes les nations –c'est-à-dire les métropoles européennes avec leurs territoires coloniaux obtenus après selon le partage décidé à la conférence de Berlin de février 1885. Il s’est poursuivi par la grande dépression de la crise économique d’octobre 1929 qui a débouché sur la seconde guerre mondiale de 1940 à 1945.

 

(Ecouter le commentaire d'Emmanuel Nkunzumwami : https://www.youtube.com/watch?v=hs9huqVp6-E)

 

A la sortie de cette douloureuse période qui aura englouti plus de 80 millions de vies humaines, avec la contribution des colonies africaines et asiatiques, ces dernières se réveillent en réclament leur indépendance. Ce n’était que justice car enfin, l’ONU créée dans l’élan de la sortie de guerre, après le constat d’échec de son ancêtre – la Société des Nations (SDN), fabriquée dans la hâte suite au Congrès de Versailles en 1919, avait échoué à instaurer la paix dans le monde à l’issue de la première guerre mondiale- cette nouvelle organisation allait organiser la paix et la liberté à travers le monde selon le principe de « l’autodétermination des peuples à disposer d’eux-mêmes ». L’inde ouvre le bal sous l’autorité morale du Mahatma Mohandas Karamchand Gandhi en 1947. Et dans les années 1950 et 1960, c’est le tour du continent africain. Mais ces périodes de renaissance du monde s’accompagnent également de revendications identitaires inattendues pour les nouveaux pays : l’Inde se retrouve ainsi divisée en trois Etats sur les bases religieuses. Le Pakistan majoritairement musulman se crée à l’Ouest et le Bangladesh à l’Est de l’Union Indienne actuelle. Les deux Corées se définissant idéologiquement par les dominations soviétiques (marxiste-léniniste au nord) et occidentales (au sud) revendiquent le même nom et devront alors se contenter des adjonctions « Nord » et «Sud » pour les distinguer. Le 20ème siècle s'est terminé par des recompositions : la désintégration de l'URSS et de l'ex-Yougoslavie et la naissance de nouveaux Etats indépendants, d'une part, et la réunification de l'Allemagne, d'autre part, après une longue période de guerre froide entre le bloc soviétique (sous l'autorité de l'URSS) et le bloc occidental (sous contrôle des USA). La Chine et l'Inde s'étant adjugées l'animation des pays non-alignés, regroupant essentiellement les pays pauvres de la planète. Le 20ème siècle aura été celui de l'Europe avec l'arbitrage des Etats-Unis d'Amérique. Le 21ème siècle sera celui de l'Afrique avec l'arbitrage conjoint de la Chine et des Etats-Unis, dans un monde multipolaire. La renaissance très difficile de l'Afrique démarre avec les indépendances politiques des années 1960. Le 30 juin 1960, la Congo-Kinshasa, ancienne colonie belge, accède à son indépendance et devra se distinguer de son voisin à l’ouest du fleuve Congo par le nom de la capitale. L’ancien Congo « français » devient le Congo-Brazzaville et l’ancien Congo-Belge devient le Congo-Kinshasa qui évoluera en appellation « Zaïre » de 1971 à 1997, puis de République Démocratique du Congo (RDC) depuis 1997.

Le livre d'Emmanuel Nkunzumwami, "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation" présente le panorama des situations comparées de tous les pays du continent africain, regroupés par espaces régionaux.

 

I. Présentation sommaire de la République Démocratique du Congo (RDC)

 

RDC-4La RDC est une immense étendue de 2.344.860 km², soit le plus grand pays du continent africain après l’Algérie (2.381.740 km²). La RDC contient plus de 4,23 fois la France ; 6,54 fois l’Allemagne ; 76,53 fois la Belgique. La superficie de la RDC équivaut à 1,16 fois la France + Allemagne + Autriche + Belgique + Pays-Bas + Luxembourg + Suisse + Italie + Espagne + Portugal, tous les dix pays réunis ! En termes de population, on estime en 2011 à environ 72 millions d’habitants, soit l’un des cinq géants du continent africain qui ont dépassé les cinquante millions d’habitants, après le Nigeria (146,260 millions), l’Ethiopie (82,102 millions), l’Egypte (82,080 millions) et avant l’Afrique du Sud (50,590 millions). Mais c'est également une potentielle puissance économique émergente si les dirigeants parviennent à mieux gérer ses ressources.

         Après 37 km de côte sur l’Atlantique dans l’enclave pétrolifère de Kabinda, la RDC est entourée au sud par l’Angola (2511 km de frontière commune) et la Zambie (sur 1930 km de frontière commune). A l’Est, la Tanzanie (459 km de frontière), le Burundi (233 km de frontière), le Rwanda (217 km de frontière) et l’Ouganda (765 km de frontière). Au nord, le Sud-Soudan (628 km de frontière) et la République Centrafricaine (1577 km de frontière). A l’Ouest, la République du Congo (2410 km de frontière commune). Cette immense étendue de la République Démocratique du Congo (RDC) est subdivisée en 11 provinces, atteignant pour certaines la superficie des grands pays européens. Ces provinces sont le Bandundu, le Bas-Congo et Kinshasa à l’ouest ; les deux Kasaï occidental et oriental au centre ; le Katanga au sud ; le Maniema, le Sud-Kivu et le Nord-Kivu à l’est ; et enfin l’Equateur au nord et la Province Orientale au nord-est. La Constitution de la IIIème République en RDC prévoit de les porter à 26 provinces pour en optimiser la gouvernance. La RDC connaît également de grandes agglomérations réparties sur l’ensemble de son territoire. Parmi ces agglomérations, il convient de citer : Kinshasa (plus de 12 millions) et Boma (plus de 600.000 habitants) à l’ouest ; Kananga (700.000 habitants) et Mbuji-Mayi (1,3 million d’habitants) au centre ; Lubumbashi (2 millions), Kolwezi (1,2 million) et Likasi (600.000 habitants) au sud ; Bukavu (800.000 habitants), Goma (500.000 habitants) et Kalemi (400.000 habitants) à l’est et Kisangani (1,5 million d’habitants) au centre-nord.  La RDC abrite les deux-tiers de toute la forêt équatoriale africaine et 14.000 km de voies navigables très largement sous-exploitées. Trois grands fleuves (le Congo, le Nil et le Shiloango) et de nombreuses autres rivières irriguent ce pays, lui conférant un potentiel de barrages hydroélectriques sans égal sur le continent africain dont le barrage d’Inga qui pourrait être le plus grand du continent africain s’il était exploité et entretenu. Mais 6% de la population seulement, dans les plus grandes villes du pays, ont accès l’électricité.

     Les différentes études historiques indiquent le peuplement de la RDC remontant vers -2.600 (avant notre ère). Mais c’est beaucoup plus tard, en 1483 que le Portugais Diogo Cao atteint l’embouchure du fleuve Congo. Ce fleuve va alors attirer d’autres aventuriers européens (Duarte Lopez en 1579, Henry Morton Stanley en 1874-1877). Mais à l’issue de la conférence de Berlin (novembre 1884-février 1885), le roi Léopold II de Belgique s’attribue la souveraineté sur l’Etat Indépendant du Congo. Rappelons que le Royaume de Belgique venait lui-même d'accéder à l'indépendance en 1830 et qu'il sortait du système de vote censitaire (accordé en droit et en voix en fonction du montant versé des impôts) vers le suffrage universel (vote égal pour tous) pour les hommes de plus de 25 ans en 1893.  Mais en 1908, n’ayant plus les moyens matériels et financiers pour exploiter cet immense territoire, le roi Léopold II cède le Congo en don à la Belgique. Ainsi naît le Congo-Belge avec sa capitale Léopoldville. Après de nombreuses péripéties, le Congo-Belge accède à l’indépendance le 30 juin 1960 et rebaptise sa capitale en "Kinshasa", tandis que la France accorde l’indépendance à son Congo-Brazzaville un mois et demi plus tard, le 15 août 1960.

      Dès son indépendance, les difficultés commencent. L’administration est laissée aux autochtones congolais mais l’armée reste entre les mains des militaires Belges. Le 11 juillet 1960, Kapenda Moïse Tshombe, appuyé par quelques dignitaires du Katanga et de quelques colons belges, proclame la sécession totale et l’indépendance de l’Etat de la province actuelle du Katanga. Le jeune Premier ministre, Patrice Lumumba doit alors faire face à la sécession des Provinces du Katanga (11 juillet 1960) et du Sud-Kasaï (14 juin 1960). Les conflits dégénèrent et l’ONU se retrouve dans l’incapacité à rétablir la paix dans cette jeune république indépendante. Patrice Lumumba fait appel à l’aide militaire de l’URSS mais il est doublé par un jeune militaire au retour d’un stage de journalisme en Belgique, Joseph-Désiré Mobutu, fraichement promu au grade de général pour organiser l’armée de la jeune république naissante avec des autochtones africains. Ce dernier, appuyé par des militaires baluba et bangala, et par les Etats-Unis pour contrer le contrôle soviétique au Congo, commet un coup d’Etat en septembre 1961 et renverse le Premier ministre Patrice Lumumba. Celui-ci est assassiné. La guerre de reprise des provinces sécessionnistes commence alors dès 1962 et  dure jusqu’à la pacification et l’unification totale du Congo-Kinshasa en 1965, date à laquelle le général Joseph-Désiré Mobutu s’empare désormais et définitivement du pouvoir. Cette première guerre postindépendance aura coûté plus de 500.000 morts au Congo.

      A partir de 1971, cet ancien Congo-Léopoldville (du nom du roi Léopold II de Belgique), devenu Congo-Kinshasa à l’Indépendance, devient la République  du Zaïre. Le fleuve Congo, le pays et la monnaie deviennent « Zaïre ». Les Congolais doivent désormais se débarrasser des prénoms chrétiens occidentaux et reprendre les noms de leurs ancêtres africains. Les noms des villes comportant les préfixes des noms des Occidentaux changent également : Léopoldville est appelé Kinshasa ; Stanleyville est appelé Kisangani ; Baudoinville est appelé Moba ; Elisabethville est appelé Lubumbashi ; etc. Trente villes changent ainsi de nom.  C’est le « recours à l’authenticité » décrété par le Maréchal Mobutu Sese Seko Kuku N’gbendu wa za Banga. Mais le 17 mai 1997, Mobutu Sese Seko est renversé par Laurent-Désiré Kabila, appuyé par les Rebelles de l’AFDL et les pays voisins à l’issue d’une nouvelle guerre ayant provoqué plusieurs centaines de milliers de morts. Le Zaïre devient alors la "République Démocratique du Congo (RDC)", mais va connaître une longue période d'instabilité et de conflits armées de plusieurs factions rivales. A ce jour, on estime entre 2 et 4 millions de morts et disparus dans les guerres fratricides, tribales et socio-ethniques depuis 1997.

 

II.  Evolutions récentes de la RDC

 

     La gestion du Zaïre de Mobutu aura été une véritable catastrophe pour cet immense pays. En 1996, on estime que la dette extérieure de 10 milliards de dollars équivaut à la fortune personnelle du président Mobutu prélevé sur le trésor de son pays, alors que le produit national brut de 5,35 milliards de dollars est équivalent à celui de 1958 ! Le pays est alors endetté à près de 200% de son PNB en 1996.

La RDC est un pays multi-tribal et multi-ethnique avec plus de 400 langues parlées dans le pays dont le Lingala (environ 40 millions de Congolais), le Swahili (15 millions), le Kikongo (3 millions) et le Tshiluba ont le statut de langues nationales, à côté du Français parlé par une grande majorité de la population. Ainsi, la RDC est le premier pays francophone du monde. L’anglais y est parlé par environ 500 mille personnes, notamment dans les zones frontalières avec la Tanzanie, le Rwanda et l’Ouganda. Par ailleurs, une grande communauté des Congolais de la diaspora-dont le nombre est difficile à évaluer- est présente en Belgique, en France, au Canada, et en Afrique du Sud pendant que près de 200.000 personnes sont réfugiées en RDC en provenance des pays voisins. Les Congolais sont 96% Chrétiens (dont 30% Protestants, 28% Catholiques, 4% Kimbanguistes et 34% autres) ; 1,2% Musulmans ; 0,5% Animistes et 2,3% pour les autres pratiques.

Les évolutions socio-économiques récentes montrent un pays en extrême fragilité et qui n’a pas encore trouvé le chemin du développement à la mesure de ses capacités et d'immenses ressources variées disponibles :

 

 Année 1995Année 2009Evolution en %
Habitants
(en millions)
46,66568,69347,20%
Espérance de vie
(en années)
5247,7-8,30%
Taux  de fécondité
(moyenne d'enfants par femme)
5,196,219,50%
PNB (Produit national brut, en milliards de dollars courants)5,199,9691,90%
PNB / habitant
(en dollars courants)
111,214530,40%
Dette extérieure
(en milliards de dollars courants)
10,3613,732,20%

         Au cours de la période de quinze ans entre 1995 et 2009, la population s’est accrue de près de 50% pendant que l’espérance de vie baissait de 52 ans à 48 ans. Cette croissance est due à une forte natalité (malgré une forte mortalité infantile passée de 8 naissances sur 1000 en 1990 à 20 pour 1000 en 2011 et les ravages du VIH qui touchent plus de 4% des populations de 15 à 49 ans et provoquant plus de 750.000 orphelins du SIDA) et un taux de fécondité moyen de 6 enfants par femme. La richesse produite par le pays, qui a sans doute évolué de près de 92% en quinze années, demeure très insuffisante pour assurer un revenu convenable à une population qui atteint aujourd’hui environ de 72 millions d’habitants. La République Démocratique du Congo est un véritable pays des contrastes : 

-        3% des terres cultivées (soit près de 75.000 km²) ne parviennent pas à nourrir toute la population dont 30% à 50% des femmes et des enfants souffrent de malnutrition chronique. Plus de 16 millions vivent en situation d’insécurité alimentaire permanente, soit plus de 23% de la population de la RDC.

-        Le chômage touche plus de 90% de la population malgré un taux de croissance de 6% par an depuis 2008 et un salaire minimum légal de 100$. Près de 44% des femmes et 22% des hommes n’ont aucun revenu. En 2002, plus de 80% de la population vivaient encore sous le seuil de pauvreté de 2$ par jour ! Cette proportion n'a pas varié. Les résultats du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) qui mesure l'IDH (Indice de Développement Humain = un indice synthétique intégrant l'espérance de vie à la naissance, le niveau d'instruction reflétant la durée moyenne de scolarisation et le taux d'alphabétisation de la population, et le PIB par habitant) établissent pour 2011 un IDH de 0,286, soit le 185ème pays et le dernier de tous les pays étudiés dans le monde.

-        Le taux de scolarisation est passé de 70% en 2001 à près de 50% en 2009 en raison d’une forte croissance de la population (notamment dans les villes), le manque d’infrastructures scolaires adaptées, l’incapacité croissante des parents à payer les frais de scolarité des enfants, le manque de manuels scolaires et la baisse de la qualité de l’instruction. Les instituteurs n’étant payés 20$ par mois, soit très au-dessous du minimum légal de 100$. C'est la défaillance de la gestion de l'Etat.

-        Les deux-tiers de la forêt équatoriale se trouvent sur le territoire de la RDC mais la production et l’exploitation du bois sont très insuffisantes : 80 millions de tonnes de bois en 2010, malgré des variétés immenses des essences du bois et du caoutchouc que seul possède ce pays.

-        Le potentiel agricole et d'élevage disponible dans le pays est très insuffisamment exploité : blé, cacao, café, thé, canne à sucre, coton, maïs, millet, oranges, pommes de terre, manioc, riz, bovins et ovins, etc. mais des dizaines de millions de Congolais vivent de l'aide alimentaire internationale via de nombreuses organisations humanitaires, l'Union Européenne, les USA, et des agences de l'ONU.

-        Le potentiel minier impressionnant est très faiblement exploité alors que le pays possède d'immenses gisements dans toutes les province : le Diamant (dans 5 provinces, 2ème producteur mondial) ; Etain (dans 4 provinces, 6ème producteur mondial) ; Or (dans 7 provinces) ; Cuivre au Katanga ; Colombo tantalite (Coltan) (dans 4 provinces) ; Bauxite dans le Bas-Congo ; Fer (dans 4 provinces) ; Manganèse au Katanga et au Bas-Congo ; Charbon au Katanga ; Pétrole (dans 4 provinces) ; Gaz méthane dans la lac Kivu ; Cobalt dans le Katanga ; les schistes bitumeux dans le Bas-Congo ; Argent ; Uranium ; Zinc. La RDC est le seul pays au monde à disposer sur son sol autant de diversité de ressources minières qui pourraient en faire une grande puissance industrielle mondiale, mais le pays ne possède pas de véritable industrie minière et se contente d'exporter ses matières premières pour en importer ensuite les produits finis plus chers. La balance des paiements est très largement déficitaire.

-        La RDC compte de très grandes agglomérations dont les cinq premières dépassent largement 1,2 millions d’habitants, mais n’a pas développé le système de transports publics bien géré, efficace et qui réponde aux besoins de ses villes. Les liaisons inter-urbaines sont défaillantes, dans un état désastreux, quand elles ne sont pas inexistantes.

-        Le premier partenaire de la RDC est aujourd’hui la Chine. Un constat : la balance des paiements de la RDC en 2009 dégage un déficit de 1,50 milliard de dollars. La Chine vient de programmer un investissement de 15 milliards de dollars en faveur de la RDC (soit l'équivalent de 150% de son PNB) contre le développement de l’exploitation minière et pétrolière et de quelques infrastructures (routes, ponts, voies ferrées, hôpitaux, écoles, etc.). Cependant, en l’absence d’une structure industrielle solide d’appui dans le pays, des experts nationaux en nombre pour évaluer la qualité des ouvrages, le suivi des réalisations et l'exploitation-maintenance des infrastructures, les termes de l’échange seront en faveur de l’investisseur, juge et partie, qui éprouve d’énormes besoins d’approvisionnement en matières premières et en énergie pour faire tourner son économie industrielle et créer des emplois en Chine.

A la lumière des données structurelles ci-dessus, les enjeux des élections générales (présidentielle et législatives) du 28 novembre 2011 sont l'une des étapes vers l'exercice de la démocratie et le développement de ce grand pays. Les organisateurs de ces élections, en tête desquels la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) auront relevé trois grands défis : le défi politique car pour la première fois, la RDC organise ses élections seule sans l'appui et le contrôle de l'ONU (à l'exception des moyens logistiques de transports) ou des autres grandes puissances pour en assurer la régularité, malgré des années de guerre civile ayant fait des millions de morts et des zones encore sous contrôle des groupes armés ; le défi géographique car sur une aussi grande étendue du territoire de 2,345 millions de km², dépourvu d'infrastructures de communication viables et en état de délabrement, acheminer le matériel électoral en bon état et dans les délais relève d'une grande prouesse ; le défi humain car organiser les élections dans l'un des pays les plus riches de la terre avec la population la plus pauvre du monde (le plus bas IDH) en évitant les tentations de corruption, de conflit, de détournement, est une preuve de maturité du peuple et de sa soif de démocratie et de paix. Il y aura sûrement des imperfections et des erreurs dans le processus électoral d'un système encore balbutiant ainsi que des irrégularités dans certains bureaux de vote, mais que l'on veuille bien comprendre certaines faiblesses du système pour mieux les corriger lors de futures échéances électorales. Que l'on fasse toutes les vérifications nécessaires des votes de tous les bureaux concernés. Tous les candidats devraient reconnaître ces efforts, respecter le total engagement de la CENI et accepter le verdict des urnes. Et si le doute persiste et que les contestations demeurent, que l'on organise un autre scrutin avec la participation de nombreux observateurs indépendants et de la diaspora africaine dans le monde. Onze (11) candidats à l'élection présidentielle dont les trois se démarquent (Joseph Kabila, Etienne Tschisekedi et Vital Kamerhe) et 18.000 candidats pour 500 postes de députés (soit 36 candidats par siège parlementaire) : ces chiffres peuvent paraître inouis. Cela l'est, non seulement par le nombre mais également par les conditions de certains candidats (indépendants, chômeurs, sans profession, responsables de petites associations locales, et les débrouillards pour survivre...) qui trouveraient dans le mandat législatif une source de revenus stables et garantis pour la durée des cinq ans de la législature. Cet immense pays d'immenses richesses dispose d'autres rêves à offrir à ses habitants que les luttes de pouvoir pour survivre. Si les candidats actuels, qui ne seront pas élus, analysent les défaillances structurelles de ce beau pays, ils trouveront d'autres satisfactions dans les activités économiques, industrielles et de services plus épanouissantes et hautement utiles à leurs concitoyens que des combats électoraux sanglants et des conflits ruineux. Que chacun accepte le verdict des urnes, respecte les lois et les institutions républicaines du pays, se sente animé de paix et d'ambition de progrès pour mieux se consacrer à des activités de développement de la RDC. Les enjeux de ce pays sont d'abord économiques et sociaux. Que chacun le comprenne et dépose les armes pour relever les manches et travailler.

 

III. Quel avenir pour le Congo ?
 

Les Congolais devraient être fiers de leur pays et des immenses richesses dont il est doté. Au moment où les Congolais sont appelés à entrer dans la mondialisation, ils disposent d’immenses atouts pour constituer l’un des géants économiques aux côtés de l’Afrique du Sud et du Nigeria, de taille comparable en Afrique Noire. Mais pour se projeter dans cet avenir, la RDC a besoin de stabilité politique, de paix réelle, de la participation de toutes les intelligences des Congolais et de leurs partenaires extérieurs, et de définir ses enjeux et ses voies de développement. Il conviendra notamment de :

  • réaliser des réformes administratives pour rendre efficiente la gouvernance de l’Etat et des provinces, judiciaires pour construire des institutions judiciaires viables et efficaces contre l’impunité et lutter contre les corruptions et la criminalité, et fiscales et sociales pour construire l’Etat et répondre à d’immense besoins de l’éducation, de la santé, et des infrastructures économiques du pays.
  • lutter réellement et efficacement contre les corruptions.
  • garantir la sécurité économique, juridique, physique des investisseurs nationaux et internationaux pour attirer les capitaux diversifiés des nationaux et des partenaires extérieurs.
  • assainir en profondeur la gestion publique de l’Etat, de toutes ses institutions et de ses collectivités territoriales.
  • repenser le modèle d'organisation politique du pays : la capitale Kinshasa est très éloignée des villes du sud, du nord et de l'est du pays. Faudrait-il relocaliser la capitale vers le centre de la RDC ; le nombre et le découpage des provinces laissent-t-ils trop d'étendues non contrôlées par le pouvoir central et le pouvoir provincial. Mais trop de provinces ne serait-il pas une source d'accroissement d'inefficacité de gestion par la multiplication des enjeux régionaux et des luttes de pouvoir. Faudrait-il organiser la RDC en République Fédérale des provinces autonomes avec un référendum d'adhésion pour chaque province ou une décentralisation des pouvoirs avec les difficultés accrues de coordination économique et politique d'un pouvoir central devenu impuissant. La paix durable sur l'ensemble du territoire de la RDC sera conditionnée par la mise en oeuvre d'une nouvelle organisation politique et économique du territoire et de la politique de coopération avec ses nombreux voisins.
  • développer les infrastructures routières, autoroutières, ferroviaires aéroportuaires pour désenclaver les provinces et permettre la circulation de tous les biens et les acteurs économiques de cet immense pays ; développer l’offre médicale, le contrôle sanitaire et la protection sociale sur l’ensemble du territoire pour lutter contre les retours des pestes, des ravages des épidémies (peste, choléra, paludisme, etc.) et des pandémies diverses (VIH, tuberculose... ) liées à l’hygiène publique, l'anarchie dans des provinces sous contrôle des groupes armés, les viols massifs et au climat.
  • développer l’industrie sans laquelle tout développement de ce pays sera impossible : développer très rapidement les filières des industries minières, agro-alimentaires, chimiques, pharmaceutiques et du bois pour faire face aux besoins croissants de la population. Dans le même temps, construire les équipements d’approvisionnement d’énergie pour couvrir rapidement toutes les agglomérations du pays, soit une couverture de l’accès à l’électricité à une population urbaine d’au-moins 40% de la population (soit 30 millions d’habitants aujourd’hui).
  • Se donner des ambitions de développement pour l’horizon 2020.
  • La RDC doit ouvrir ses portes à l'Afrique et toute l'Afrique devrait apporter sa contribution à son développement. Les apports extérieurs de la Chine, de l'Inde, des USA, de l'Europe ou d'autres puissances ne pourront jamais se substituer à l'implication des peuples et des dirigeants dans le développement de leur propre pays.

La synthèse est présentée dans le livre : "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation" (Editions L'Harmattan, Paris).

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=39345

La population de la République Démocratique du Congo (RDC) étant jeune (l’âge médian est de 16 ans contre 39 ans en France) avec une forte concentration de 0 à 16 ans représentant près de 50% de la population, les dirigeants de ce pays devraient représenter en grande partie cette jeunesse, pour s’inscrire dans les perspectives d’avenir avec elle. Toutes les instances de gouvernance du pays devraient refléter cette réalité.
 

 

IDpar Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de "La Nouvelle Dynamique Politique en France", et de "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation", Editions L'harmattan, Paris.

Chroniqueur sur Radio Africa n°1 et sur Radio France Bleu Picardie.

Publié dans AFRIQUE

Commenter cet article

Clément 31/05/2015 07:15

Merci, emmanuel pr cet arcticle

Emmanuel 28/01/2017 16:37

Bonjour Clément.
Si mes publications peuvent aider à mieux comprendre les enjeux du monde et les conséquences de la mondialisation sur l'Afrique, ce sera une œuvre utile.
Bonne journée.

Y.L. 11/12/2011 10:38


Merci pour votre réponse, sage, mais sans illusion. Il faudra "faire avec" le deuxième mandat de Désiré Kabila. L'exemple d'autres états africains montre la coriacité des dirigeants, une fois
arrivés au pouvoir, pas toujours par élection. Dans les fraudes qui suivent, il y a une part de la force initiale.


Mais soyons modestes et simplement reconnaissants envers ceux qui nous ont dotés d'institutions résistantes aux épreuves de force. On vient d'assister aux élections législatives de Russie, où la
pratique de la fraude semble avoir été caricaturale, très loin des 5% que vous semblez tenir comme limite du supportable. Au point qu'il s'y reproduit la même contestation populaire que celle qui
s'est produite en Iran, il y a deux ans. Les électeurs ne reconnaissent pas leur vote dans les résultats.La question de savoir si le régime occulte de Poutine y résistera ou devra céder, est
encore ouverte. 

Y.L. 10/12/2011 11:47


Le résultat de l'élection présidentielle est contesté par le rival de Kabila. Il y a toujours à redire d'une élection dans un pays aussi vaste et aussi divisé. La tentation de frauder se
concrétise ça ou là. Ce qui justifie la contestation. 
Vous observez une similitude avec ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire. La différence est qu'entre Kabila et son rival, il n'y aura pas d'arbitrage, contestable ou non. Kabila aura pour lui la
disposition de l'armée et de la police. Il aura un avantage initial. Ce n'est pas très satisfaisant pour nos esprits, c'est sûr. 

Nouvelle Dynamique 11/12/2011 10:13



Merci pour cette observation.vIl est vrai que tous les arbitrages légaux nationaux sont en faveur du président Joseph Kabila. Néanmoins, cette situation était connue des concurrents dès le
départ. De même la durée de consolidation et de vérification de 8 jours était acceptée de tous les concurrents. Les règles du jeu étaient connus de tous les concurrents. Il est parfaitement
imaginable que sur 65.000 bureaux de vote dispersés sur 2,345 millions de km², les tentations de fraudes et d'irregularités sont imaginables. Mais comment en apprécier l'ampleur ? Dans un combat
serré avec un écart de quelques centaines de voix ou de l'ordre de 5%, ces redressements peuvent faire basculer une élection. Mais entre 48% et 34%, l'écart de voix est trop important pour
inverser le résultat. Il n'y a pas eu d'arbitres internationaux, certes. Mais ne convient-il pas de "laisser parfois les Africains grandir" politiquement et apprendre à se prendre en charge tout
seuls ? Dans un pays déchiré par autant de guerres fratricides, même si l'on mobilise tous les pays à son chevet électoral, il y aura toujours des contestations des résultats électoraux. Et la
Belgique n'a pas le poids de la France pour mobiliser les grandes puissances sur de tels enjeux... dont le coeur demeure la pauvreté, la misère et la fuite vers les détenteurs des mandats
électoraux pour gagner un peu d'argent ! La seule solution aux conflits intérieurs de cet immense pays aux immenses richesses, c'est le progrès économique et social. Aux dirigeants de ce pays
d'ouvrir les portes à tous les investisseurs intérieurs et extérieurs pour transformer les richesses, et d'organiser son administration en vue d'exercer les contrôles et enfin
organiser les redistributions équitables pour le progrès économique et social dans le pays. Mais je crains que cela ne demeure qu'un rêve !!!



ÁNGEL RICO 03/12/2011 14:16


Pour le Sénégal, à qui elle peut concerner:


 Le groupe d'entités privées qui sont en charge du projet «Plan environnemental pour combattre l'érosion, le changement climatique et la pauvreté" à être développé au Sénégal avec le Fonds d'aide au développement, sont complètement déroutés en ne prenant pas une réponse officielle par le gouvernement actuel du
Sénégal.


Sénégal, le gouvernement seul doit indiquer la superficie du pays le plus approprié pour
ce projet est un succès. Naturellement, les entités: “Euroinformes España – Portugal”, “Instituto Hispano Luso”,
“Grupo de Empresas Agrarias España – Portugal”, “Asociación Nacional de Transportes España-Portugal”, “Asociación de Desarrollo Rural Integral Europa”, Etc., n'ont pas eu de réponse de la
présentation du projet en avril 2011.


Le Gouvernement du Sénégal n'a pas officiellement communiqué, le
Sénégal ou la zone la plus appropriée pour développer ce projet, ni le nombre d'acres disponibles pour cela, aucune des parties proposées pour faciliter les arrangements nécessaires.


Le projet qui sera développé au Sénégal pourrait atteindre 25 millions d'euros.


Il ya beaucoup de possibilités que le projet ne peut être développé en 2012 par l'absence de réponse du gouvernement du
Sénégal, alors qui sera le leader politique, responsable, d'une telle perte significative de l'investissement pour le développement au Sénégal?


Les entités mentionnées, en Espagne et au Portugal, en demander la collaboration de la société civile Sénégal pour le projet peut être développé avec succès pour le bénéfice des citoyens
sénégalais, la lutte contre l'érosion, la faim et le changement climatique.


Ce projet peut être étudié dans  www.geadigital.com

MC 02/12/2011 04:01


Beaucoup de potentiels dans ce grand pays, mais aussi beaucoup de corruptions. TOUT EST A FAIRE. Mais il y a tel enjeu, que ce soit les anciens colonisateurs, ou les  nouveaux, ils ne
manqueront pas de jouer avec le point faible de ce pays : les différentes ethnies. On aura le traditionnel : Diviser pour Régner et tout celà évidemment avec la collaboration de certains
responsables congolais, militaires par exemple ou autres .... et n'hésiteront certainement pas à créer un "terrorisme d'Etat".


Les points faibles sont différents dans chaque pays. C'est ethnique, ou religieux....


Effectivement on parle beaucoup de la Chine, mais il ne faut pas négliger aussi d'autres pays qui ont besoin eux aussi de matière première. L'émergence de l'Inde n'est pas à négliger non plus.


 

Y.L. 29/11/2011 05:59


Le portrait très détaillé et très réaliste que vous dressez de la République Démocratique du Congo ne rend pas optimiste quant à son présent ou à son futur proche. Comme pour tous les états nés
de la décolonisation du continent africain, ils sont tous "artificiels", englobant des populations différentes, et les colonisateurs leur ont fait brûler les étapes, envers et contre les
obstacles naturels, géographiques et climatiques, qui avaient empêché ce type d'évolution avant l'arrivée en force des colonisateurs (déjà installés depuis longtemps sur les côtes). Rien
d'étonnant à ce qu'un nouveau colonisateur, la Chine, s'y installe à son profit.


Il me semble qu'une organisation centralisée ne convient pas à un si grand pays. Une Fédération sur le modèle américain réglerait formellement la question de l'excentrement de la capitale
(Washington n'est pas au centre des E.U.). Comme pour le Brésil, l'aviation me semble le moyen de transport le plus commode, pour les hommes. Pour les marchandises, le fluvial a tous les
avantages, malgré la présence de fractures géologiques et de rapides non navigables, obligeant à des transbordements. Les investissements routiers et ferroviaires nécessiteraient une gestion plus
rigoureuse et une sécurité mieux garantie.


La tâche me parait tellement énorme que je doute qu'elle soit achevée au cours de ce siècle!

Myriam 28/11/2011 11:59


Bonjour Manu,


J'ai relu presque tous nos courriels ce matin : je suis en arrêt maladie, je suis épuisée; épuisée de lutter jour après jour, pour ma vie, celle de mes enfants, de mon conjoint, de ses enfants,
de notre bébé, mais je reprends le combat, je me relève comme tu le voudrais. Je lirai tes articles prochainement, après avoir fait mon devoir de mère, d'épouse, de prof mal rémunérée : je suis
en colère, je crie à l'injustice et à la Justice de Dieu que je crois proche! A bientôt car ta sagesse me manque. La politique? Oui, oui, la Vie du citoyen, de la citoyenne bafouée dans ses
droits à respirer, à être Elle!

Nouvelle Dynamique 28/02/2017 12:13

Cher Franck. Tant que les terres et ses ressources ne sont pas délocalisables, il y aura toujours un espoir. La question est de savoir OU les Africains veulent vraiment, et TRAVAILLER en conséquence. L'esprit servile vis-à-vis de l'Occident est le principal frein au développement en Afrique par les Africains eux-mêmes. A nous tous, intellectuels, acteurs économiques, jeunes engagés politiques... de nous poser de bonnes questions pour embrayer sur de grandes ambitions... Amitiés.

Franck Djagoun 09/02/2017 08:55

Après avoir parcouru vos différents écrits et surtout analyses, je me rends compte que l'espoir y est encore pour chaque africain noir de se réveiller pour rallumer le feu du flambeau peinant à prendre du fait que les pouvoirs sont encore dans les mains de ces hommes là. Ces hommes là sont nos pères qui ont mis de côté les valeurs de l'Afrique noire héritées de nos aïeux prônant le bien être social; économique; politique et culturel. Oui seule la justice de Dieu peut nous aider, mais non d'avec ceux qui pensent autres choses et en font autres à cause de la corruption hérigée en règle d'or pour une classe donnée dite élite qui se base sur les éducations scolaires et universitaires pour inculquer une auto exclusion de la basse classe au profit de celle supérieure.