LA RELANCE D'UNE DYNAMIQUE D'ECONOMIE INDUSTRIELLE ENTRE L'EUROPE ET L'AFRIQUE EST INDISPENSABLE POUR LA CROISSANCE DES ECONOMIES EUROPEENNES ET LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE

Publié le par Nouvelle Dynamique

      Le Partenariat

 

La globalisation de l’économie mondiale pose clairement un sérieux problème de partage de la croissance. Les pays émergents d’Amérique du sud et d’Asie, confrontés à d’importantes populations et à la demande légitime de redistribution des richesses, sont amenés à développer l’industrie de transformation sur leur propre sol. Ainsi, ils créent une importante valeur ajoutée dans leurs propres usines, créent des emplois pour leurs immenses populations, redistribuent les revenus par des augmentations de salaires générés par les recettes de leurs exportations et de la consommation intérieure, enrichissent le trésor public par les impôts, taxes et cotisations sociales, et créent de la richesse par d’importants investissements et des augmentations de productions. Il en est ainsi des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et de l’AMACITA  (Australie, Mexique, Argentine, Corée du Sud, Indonésie, Turquie, Arabie saoudite). Ces pays s’adjugent aujourd’hui des croissances de leur PIB très supérieures à celles des puissances industrielles historiques en Amérique du nord (Etats-Unis et Canada) et en Europe occidentale. Pour maximiser leurs revenus, les pays émergents exploitent eux-mêmes des matières premières brutes dans des pays pauvres aux plus faibles coûts d’acquisition, les importent dans leurs usines de transformation pour alimenter l’emploi et la production intérieure à bas coûts de revient et répartissent les produits finis en exportations sur les marchés mondiaux pour une large part (y compris vers les marchés africains fournisseurs de matières premières), en investissements et en consommation intérieure. Ils suivent  les schémas économiques des puissances industrielles occidentales depuis le 19ème siècle. Les marges financières confortables, acquises notamment à travers les exportations, sont ensuite réinjectées dans le développement des entreprises nationales, l’expansion internationale à travers la croissance externe par le rachat des entreprises étrangères, des prêts lucratifs (spéculatifs) sur des marchés financiers internationaux et des réserves de change pour les Etats qui deviennent de plus en plus puissants. L’objectif est d’atteindre le niveau de développement des pays occidentaux. Les réflexions de ce document font partie des analyses développées dans l’ouvrage : « Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation », Editions L’Harmattan, janvier 2013.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=39345

I.                 La situation critique dans les principales économies de l’Union européenne

De tous ces compétiteurs mondiaux, l’Europe occidentale est en panne de croissance. L’Europe ne peut donc plus compter sur les pays émergents pour relancer sa croissance, car ces derniers ont besoin de maximiser leur valeur ajoutée pour accélérer leur propre développement. Ainsi, le rythme de croissance entre 5% et 10% sera requis encore longtemps dans ces pays émergents pour rattraper l’Occident. Ils l’acquièrent grâce aux anciennes « chasses gardées » européennes d’Afrique, notamment. En 2011, la croissance nominale des principales économies européennes a varié entre -6% pour la Grèce et 4,4% pour la vertueuse Suède. Nous retenons, pour la comparaison avec l’Afrique, les pays de l’Union européenne dont le PIB 2011 est supérieur à celui du Nigeria (2ème économie de l’Afrique après la République Sud-Africaine). En 2012, de nombreux pays d’Europe occidentale afficheront une récession ou au mieux atteindront 1%. A défaut de retrouver la croissance et réduire les taux de chômage, les Etats et les banques centrales sont amenés à lutter contre l’inflation. Dans le Top5 des principales puissances économiques européennes, l’Allemagne n’a pu réaliser que 2,7%, la France 1,7%, le Royaume-Uni 1,1%, l’Italie 0,6% et l’Espagne 0,8%. Pour combattre le chômage et accroître les revenus en Europe, il faudrait générer des croissances supérieures et limiter les effets de l’inflation. En 2011-2012, les disparités dans le triplet (croissance ; inflation ; chômage) se présentent ainsi : Allemagne (2,7 ; 2,3 ; 5,4), France (1,7 ; 1,2 ; 10,5), Royaume-Uni (1,1 ; - ;7,8), Italie (0,6 ; 2,3 ; 11,1), Espagne (0,8 ; 3,1 ; 26,6), Pays-Bas (1,6 ; 2,3 ; 5,8), Suède (4,4 ; 2,5 ; 7,7), Pologne (3,8 ; 4,0 ; 10,6), Belgique (2,0 ; 3,1 ; 7,4), Autriche (3,3 ; 3,3 ; 4,5), Danemark (1,7 ; 2,8 ; 7,9), Grèce (-6,0 ; 2,9 ; 26,8), Finlande (2,7 ; 3,3 ; 7,7). L’on constate alors que l’inflation s’impose bien au-delà de la croissance nominale dans de nombreux pays. Par ailleurs, les indicateurs du commerce extérieur des principales économies de l’Union européennes sont également très disparates :

Afrique occidentale

PIB 2011 (Mrds $)

Taux de croissance 2011 (%)

Export 2011 (Mrds $)

Import 2011 (Mrds $)

Solde 2011 (Mrds $)

Import/pib (%)

Allemagne

3 629

2,7

1811,92

-1627,78

184,15

44,9%

France

2 808

1,7

757,64

-836,08

-78,44

29,8%

Royaume-Uni

2 481

1,1

764,39

-817,71

-53,32

33,0%

Italie

2 246

0,6

632,43

-666,81

-34,38

29,7%

Espagne

1 537

0,8

451,75

-459,39

-7,65

29,9%

Pays-Bas

858

1,6

658,03

-586,33

71,70

68,3%

Suède

572

4,4

263,80

-229,69

34,11

40,2%

Pologne

532

3,8

230,94

-238,96

-8,02

44,9%

Belgique

529

2,0

425,39

-431,36

-5,97

81,5%

Autriche

425

3,3

235,30

-225,62

9,69

53,1%

Danemark

331

1,7

178,28

-159,61

18,67

48,3%

Grèce

312

-6,0

68,16

-85,49

-17,33

27,4%

Finlande

271

2,7

105,32

-105,59

-0,28

39,0%

 

 L’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, l’Autriche et le Danemark ont réalisé un excédent commercial important. Trois pays : l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Autriche ont réussi cette performance avec la monnaie unique européenne (l’euro), en totalisant 265,53 milliards de dollars d’excédent commercial cumulé. Par contre, la France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Grèce ont battu les records de déficit de leur commerce extérieur. Trois autres pays : la France, l’Italie et la Grèce ont marqué une contre-performance, avec la même monnaie unique européenne, en totalisation 130,15 milliards de déficit commercial extérieur cumulé. Le défaut n’est donc pas lié à l’euro mais aux structures économiques des Etats eux-mêmes. Enfin, les importations pèsent plus de 50% du PIB en Belgique, aux Pays-Bas et en Autriche ; cela fragilise ces économies dans la mondialisation. Pour améliorer leurs performances économiques : croissance, commerce extérieur, réduction du chômage, les pays de l’Union européenne ont le choix entre se battre dans des conditions très difficiles avec les pays émergents ou se tourner vers l’Afrique comme l’extension naturelle de leur espace économique. Mais les limites de cette stratégie sont inscrites dans de faibles capacités des Africains à absorber les productions et les exportations européennes en Afrique. Même la fameuse « classe moyenne » des pays africains (les agents de l’Etat, les cadres d’entreprises et les commerçants des zones urbaines) dispose de modestes capacités financières de consommation et ne représente qu’une infime part dans une population majoritairement très pauvre. Et cette classe ne peut pas constituer une simple extension des agents de consommation des productions européennes. La solution réside alors dans l’accroissement des capacités économiques des pays africains, à travers le développement de la production et de la transformation industrielles, et les investissements massifs (éducation, santé, infrastructures, aménagements du territoire, développement économique régional).

II.               La situation économique et sociale critique dans les pays africains

Il n’existe pas de modèle africain, mais des espaces régionaux africains de comportements différents. De nombreux pays africains cumulent d’importants et nombreux handicaps. En comparant l’Afrique occidentale et l’Afrique australe, les deux principales régions économiques de l’Afrique subsaharienne, les différences de structures socio-économiques, culturelles et de gouvernance apparaissent immédiatement.

Afrique occidentale

croissance PIB 2011 (%)

dépenses pour l'éduca-tion

(% PIB)

Taux de Scolari-sation (<15 ans)

Taux d'Alphabé-tisation (>15 ans)

Taux Femmes au Parlement
(%)

Cap Vert

5,6

 

 

90,0

21

Ghana

13,5

 

 

67,3

8

Bissau

4,8

 

 

65,0

10

Nigeria

6,9

1,2

 

61,3

4

Togo

3,8

5,0

 

57,1

11

Liberia

6,9

 

66

56,0

13

Bénin

3,8

4,0

 

53,1

8

Côte d'Ivoire

-5,8

4,8

 

52,0

9

Gambie

5,5

5,0

 

50,0

8

Sénégal

4,0

5,2

 

49,7

23

Sierra  Leone

5,1

 

 

39,0

13

Guinée

4,0

2,0

51

35,0

19

Mali

5,3

 

 

31,1

10

Burkina Faso

4,9

5,0

45

29,0

15

Niger

5,5

3,8

 

28,7

13

Afrique australe

 

 

 

 

 

Zimbabwe

6,0

 

 

92,0

15

Lesotho

5,2

14,0

 

90,0

24

RSA

3,4

6,0

 

89,0

45

Namibie

3,6

6,4

 

89,0

24

Maurice

4,2

 

 

88,0

19

Botswana

7,2

8,9

 

84,5

15

Zambia

6,7

2,0

58

82,0

14

Swaziland

-2,1

8,0

 

80,0

14

Comores

2,2

 

 

76,0

3

Malawi

4,6

5,7

 

75,0

21

Madagascar

1,0

3,2

60

71,0

13

Mozambique

7,2

 

 

46,0

39

Angola

3,7

 

58

45,0

39

 

 

La croissance est comprise entre -2% en Swaziland et 7,2% au Botswana et au Mozambique. Elle est comprise entre -5,8% en Côte d’Ivoire (pour des raisons de crise politique dans ce pays en 2011) et 6,9% au Nigeria, avec une distinction particulière pour le Ghana avec 13,5% en 2011. L’on peut alors dire que ces deux espaces régionaux évoluent au même rythme. Cependant, les indicateurs de leurs situations sociales qui conditionnent le développement viable et durable sont différents dans ces deux espaces. A des niveaux de dépenses pour l’éducation (quand ils sont connus !) comparables, les situations de départ sont très différentes. En Afrique australe, le taux de scolarisation des enfants dans l’éducation primaire, avant l’âge de 15 ans, est généralement supérieur à 55%, alors que le taux d’alphabétisation qui lui est complémentaire pour des publics de plus de 15 ans varie entre 71% au Madagascar et 92% au Zimbabwe. Seules les deux anciennes colonies portugaises qui ont accédé à l’indépendance dans les années 70, au terme de longues luttes de guerres civiles, affichent encore des scores médiocres de taux d’alphabétisation de 45% pour l’Angola et 46% pour le Mozambique. Mais en Afrique occidentale, la situation est généralement encore plus dégradée : sept pays sur quinze présentent un taux d’alphabétisation inférieur ou égal à 50% en 2010. Le taux de scolarisation des enfants de moins de 15 ans est également faible, autour de 50%. Il s’agit d’un cercle vicieux : peu de scolarisation des enfants produit un taux d’analphabétisme élevé : c’est le cas du Niger, du Burkina Faso, du Mali, de la Guinée, de la Sierra Leone et du Sénégal. Une infime minorité privilégiée accède à l’enseignement supérieur au milieu d’une grande majorité d’analphabètes. Dans ces conditions, le développement par le push des grandes masses, du « bottom-up » devient très difficile. La sécurité des peuples et la gouvernance des Etats sont les piliers du développement pensé par les dirigeants, de type « top-down » dans de nombreux pays africains, notamment ceux hébergeant un fort taux d’analphabétisme. A défaut, ces masses analphabètes constituent un terrain propice pour des Islamistes radicaux obscurantistes qui s’adressent à des publics fragiles pour leur faire admettre des enseignements aberrants et y prêcher le terrorisme. De même, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Liberia et le Togo présentent des taux d’alphabétisation inférieurs à 60%. Cela nous ramène à onze pays sur quinze, soit 73% des pays de l’Afrique de l’Ouest dont le niveau des taux d’alphabétisation des populations de plus de 15 ans est inférieur à 60%. Le lecteur aura constaté que le peloton des quatre pays de tête est constitué de pays non-francophones, avec deux leaders : le Nigeria et le Ghana. Pour le reste des Etats de cette région, c’est une très faible performance et un sérieux frein au développement économique, social et culturel. Les crises régulières dans ces pays ne sont pas étrangères à ces faibles indicateurs sociaux. Enfin, l’on peut apprécier la gouvernance par la maturité de l’exercice de la démocratie, à travers la présence des femmes dans les instances parlementaires. Alors qu’en Afrique australe, seules les îles Comores bloquent à 3% de femmes au Parlement en 2011, les douze autres pays se répartissent par moitié entre six pays ayant permis l’accès des femmes entre 10% et 20% au Parlement (Madagascar, Swaziland, Zambie, Botswana, Zimbabwe et Maurice), et six pays ayant dépassé les 20% de cette représentation (Malawi, Namibie, Lesotho, Mozambique, Angola et l’Afrique du Sud qui atteint le niveau de la Suède avec 45% de femmes au Parlement). Il convient de rappeler que ce taux de participation des femmes au Parlement des six pays de l’Afrique australe correspond au niveau des principales puissances économiques de l’Union européenne (à l’exception de la Grèce qui stagne à 17%) : la Pologne (20%), L’Italie (21%), le Royaume-Uni (22%), la France (27%), l’Autriche (28%), l’Allemagne (33%), l’Espagne (37%), le Danemark (38%), la Belgique et les Pays-Bas (39%), la Finlande (43%) et la Suède (45%). En Afrique occidentale, seuls deux Etats franchissent le seuil de 20% de présence des femmes au Parlement ; il s’agit des Îles du Cap Vert (21%) et du Sénégal (23%).

 

Sur le plan des infrastructures, la situation est également très différente. L’ensemble de l’Afrique occidentale totalise une longueur de chemins de fer équivalente à 48% seulement du réseau ferroviaire du seul pays de l’Afrique du sud ! Pourtant, les pays de l’Afrique occidentale importent beaucoup. Mais alors qu’importent-ils s’ils ne s’équipent guère en infrastructures ? En dehors de la situation conjoncturelle de la Côte d’Ivoire en 2011, seul le Nigeria (grâce au pétrole) a réalisé un excédent de son commerce extérieur en Afrique occidentale. De nombreux pays importent à hauteur de plus de 60% de leur PIB ! (Guinée, Sierra Leone, Ghana et Cap Vert). D’autres dépassent 35% des volumes des importations par rapport à leur PIB, qui est déjà ridiculement faible. Comment alors construire et financer des projets de développement lorsque plus de la moitié de la richesse nationale est consacrée aux importations. Il va alors falloir que les pays africains apprennent à choisir leurs importations, notamment celles qui contribuent aux investissements productifs et à la construction des infrastructures, et non à la consommation de confort qui détruit la valeur dans le pays. Les pays africains ne pourront jamais se développer en ne consommant que des productions extérieures venant des pays industrialisés historiques ou des pays émergents dont ils dépendent. Les quatre piliers du développement économique doivent être développés simultanément : la production et la transformation industrielle, l’investissement à l’intérieur des Etats ou des espaces régionaux, les exportations pour financer la croissance, et la consommation intérieure. Lorsque les opérateurs économiques extérieurs à l’Afrique considèrent que les Africains disposent des ressources suffisantes pour consommer leurs productions réalisées hors de l’Afrique, ils raisonnent à court terme sur un marché peu élastique. La structure ci-dessous indique la grande fragilité de ce continent :

Afrique occidentale

PIB 2011 (Mrds $)

Réseau ferroviaire (km en 2008)

Export 2011 (Mrds $)

Import 2011 (Mrds $)

Solde 2011 (Mrds $)

Import/pib (%)

Sénégal

14,7

906

3,61

-6,28

-2,67

42,7%

Gambie

1,1

 

0,32

-0,36

-0,05

33,1%

Bissau

1,0

 

0,15

-0,31

-0,17

31,4%

Guinée

4,6

1 185

1,71

-4,77

-3,06

103,8%

Sierra  Leone

2,1

 

0,39

-1,28

-0,89

61,0%

Liberia

 

429

0,34

-1,32

-0,99

 

Côte d'Ivoire

23,8

660

10,53

-9,77

0,76

41,0%

Mali

11,0

593

2,73

-2,92

-0,19

26,5%

Burkina Faso

10,0

622

4,41

-4,80

-0,39

48,0%

Ghana

38,6

947

17,09

-23,99

-6,90

62,1%

Togo

3,6

532

1,35

-1,98

-0,64

55,0%

Bénin

7,5

578

1,16

-2,58

-1,43

34,4%

Nigeria

247,1

3 505

123,02

-81,64

41,38

33,0%

Niger

6,5

 

1,27

-2,83

-1,56

43,5%

Cap Vert

1,9

 

0,80

-1,33

-0,52

69,8%

             

Afrique australe

 

 

 

 

 

 

RSA

422,0

20 872

117,681

-120,106

-2,425

28,5%

Namibie

13,0

2 629

5,418

-7,089

-1,671

54,5%

Botswana

16,4

888

6,229

-8,057

-1,828

49,1%

Zimbabwe

9,2

3 077

4,897

-6,926

-2,029

75,3%

Mozambique

12,1

4 787

3,366

-5,812

-2,446

48,0%

Swaziland

3,9

301

2,24

-2,798

-0,558

71,7%

Lesotho

2,7

 

1,126

-2,732

-1,606

101,2%

Zambia

18,4

2 157

9,047

-7,647

1,4

41,6%

Angola

99,3

2 764

48,876

-43,9

4,976

44,2%

Madagascar

9,4

854

3,114

-3,686

-0,572

39,2%

Maurice

11,0

 

5,571

-7,202

-1,631

65,5%

Malawi

5,7

797

1,656

-2,256

-0,6

39,6%

Comores

0,6

 

0,086

-0,262

-0,176

43,7%

 

III.              Conclusion :

Le moyen le plus sûr pour relancer la croissance en Europe occidentale, et dans d’autres puissances industrielles historiques, est de contribuer aux investissements productifs en Afrique, créer ou améliorer des infrastructures, pousser massivement sur les efforts de l’éducation et de la formation professionnelle, et apporter les savoir-faire industriels pour produire et transformer en Afrique en vue d’exporter sur les marchés internationaux. En accroissant la valeur, on accroît concomitamment les capacités de consommation qui permettront d’absorber les productions africaines et des productions occidentales. Si l’on admet que la réalisation d’un point de croissance en Occident apportera deux points de croissance en Afrique, l’on aura installé un cercle vertueux favorable aux deux continents. En effet, l’Occident a besoin de maintenir son niveau économique et son standing de vie par une croissance qui a absorbe au mieux l’inflation et permet la création des emplois contre le chômage. Une croissance nette comprise entre 1% et 2% en Europe, serait bénéfique pour l’Europe si elle se répercutait en Afrique sur une croissance globale comprise entre 7% et 10% pour les pays dont la croissance actuelle évolue entre 3% et 6%. Mais, il appartient également aux Africains de réaliser des conditions de sécurité et de gouvernance qui constituent un terrain favorable au développement, d’une part, et de bâtir des ambitions de ce développement assis sur l’investissement dans l’éducation de la jeunesse, les infrastructures et les constructions des industries de transformation, les productions de la valeur ajoutée industrielle sur le continent pour accroître les ressources des Etats et des populations, apprendre à négocier les exportations des produits finis ou semi-finis sur les marchés internationaux, d’autre part. C’est le cumul de ces ambitions qui accroîtra les capacités de consommation « intelligente » en Afrique. Il ne suffit pas de crier contre la « recolonisation » de l’Afrique par des puissances extérieures, encore faudrait-il que les Africains se donnent les moyens durables de leur souveraineté économique et politique. Le monde est maintenant devenu multipolaire : ce que les Européens ne feront pas, les Nord-américains et les pays émergents le feront. 

Emmanuel Nkunzumwami

Auteur du livre « Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation », Editions L’Harmattan, janvier 2013 et de « La montée de l’extrême droite en France » chez le même éditeur.

Publié dans emmankunz

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Yves Leclercq 17/02/2013 06:47


Cher Emmanuel,


Comment partager avec l'Afrique une croissance que nous n'avons pas nous mêmes?* Ce partage ne pourrait concerner que les quelques pays de l'Union Européenne qui se portent bien. L'Union elle
même serre les cordons de sa bourse! Les chiffres que vous donnez montrent des taux de croissance positifs pour la plupart des états africains. Mais à partir de bases encore très faibles.
D'autres chiffres me paraissent paradoxaux: les taux d'alphabétisation remarquablement forts en face de dépenses de scolarisation faibles ou nulles. Les investisseurs privés ne se précipitent pas
en Afrique sub-saharienne. C'est à considérer comme un symptôme. Quant aux investissements étatiques, il doivent passer par les états, tenant à leurs prérogatives!


À mon avis, il est encore nécessaire de compter sur les investisseurs privés, seuls capables d'évaluer la confiance qu'ils peuvent placer sur le pays qui veut bien les accueillir.


*Notre croissance à nous nécessite la recherche d'une plus forte valeur ajoutée, au lieu de nous accrocher à des productions qui peuvent se faire partout.

Nouvelle Dynamique 17/02/2013 18:45



Merci cher Yves.


La grande difficulté de ce continent africain réside dans la crédibilité à assurer la sécurité des investissements étrangers. Comme vous le faites observer, les Etats européens (comme pour
l'ensemble du monde occidental), n'ont plus de marge de manoeuvre pour investir dans un environnement incertain... Ce sont donc des opérateurs privés qui seront à même d'intervenir en Afrique,
sous les couvertures des investissements de "partenariat Public-Privé". Ce que je demande aux Etats africains, c'est assurer leur rôle ORC (Orientation des politiques publiques, Régulation et
règlementation efficaces, et Contrôle de l'efficacité de l'action publique). A l'intérieur de cette ORC se trouvent également la sécurité des Peuples et des biens, ainsi que la gouvernance et le
respect des libertés publiques. C'est au sein de cette ORC que les investisseurs étrangers pourront opérer... Cela se voit nettement dans certains pays devenus stables et sécurisés.


Sur la question des dépenses importantes des Etats pour l'éducation qui s'accompagnent des taux élevés de "descolarisation" et "d'analphabétisme", deux éléments exoliquent le phénomène : les
niveaux des richesses des Etats sont très faibles. 5% sur 1 milliard de dollars de PIB ne font que 0,05% sur un PIB de 100 milliards. Or peu de pays africains dépassent 50 milliards de dollars de
PIB ; comme vous le faites remarquer, ces taux sont insignifiants dès lors que les bases de calculs sont eux mêmes insignifiantes. Le deuxième phénomène est le taux de fécondité. Au Mali, ce taux
est de 6 enfants par femme. La croissance naturelle de la population est trop élevée pour ces pays pauvres... et donc si l'on maintient le même effort de scolarisation, de nombreux enfants issus
de ces taux de fécondité élevés ne seront jamais scolarisés... Et c'est le cercle vicieux ! Le planning familial est un autre instrument pour accroître les efforts de scolarisation et
d'alphabétisation. Et cela est du ressort des Etats ! La situation est donc encore complexe en Afrique, aujourd'hui !