LE G20, L'AFRIQUE ET LA MONDIALISATION (8)

Publié le par Nouvelle Dynamique

Le contraste entre les pays performants sur l’IDH et l’IPE qui mesure l’efficacité des politiques publiques environnementales en corrélation avec le développement, est très saisissant. Les pays européens vertueux de référence peuvent, dans cette analyse, servir de modèle. Il s’agit de la Norvège, la Suède, la France et la Suisse dont les IDH et les IPE très élevés les placent dans les dix premiers pays dans le classement mondial. Ils présentent l’équilibre entre le niveau de développement élevé, la qualité de vie, la protection de l’environnement, le niveau d’éducation et d’alphabétisation, et l’urbanisation qui pourraient faire référence à l’Afrique et àABIDJAN4 l’Asie où ces indicateurs sont les plus bas au monde. Ces pays de référence présentent un TA (taux d’alphabétisation) de 100%, un TU (taux d’urbanisation) de 73% à 84% et leurs structures économiques supportent l’équilibre entre 1,5% à 3% d’origine agricole, 21% à 30% d’origine industrielle et 69% à 76% d’origine des services divers. Il apparaît alors, selon cette référence, que le Portugal, la Pologne et la Russie présentent toutes les caractéristiques des Pays Emergents avec une forte dominante de l’agriculture dans la production intérieure mais disposent d’un fort avantage d’un niveau d’alphabétisation de plus de 90% et d’une urbanisation équilibrée proche de 73%.

Les pays africains en sont très éloignés. Parmi les pays de plus de 10 millions d’habitants recensés, seuls l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Angola sont les mieux orientés. Néanmoins, seules l’Algérie et l’Afrique du Sud présentent un TA (taux d’alphabétisation) supérieur à 75%  et un TU (taux d’urbanisation) supérieur à 60%. Avec deux pays sur les 54 pays du continent, on comprend tous les efforts qu’il faudra déployer pour remonter la rude pente du développement. De plus, parmi les pays de plus de 10 millions d’habitants les plus pauvres et dont l’espérance de développement est très faible selon les indicateurs proposés, huit pays entretiennent encore un déficit d’éducation avec moins de 50% du taux d’alphabétisation (Sénégal, Guinée, Ethiopie, Mozambique, Tchad, Burkina Faso, Mali et Niger) ; ils doivent fournir un effort d’alphabétisation car il ne peut y avoir de développement humain et des Etats sans l’éducation des populations. Les autres indices de développement en découlent : l’urbanisation anarchique où se regroupent les immondices à côté des habitations dans une totale insalubrité, le manque d’infrastructures permettant aux habitants de se déplacer dans des circuits interurbains et faciliter la circulation des personnes et des échanges des biens à l’intérieur des Etats et des sous-régions, et l’équilibre des structures économiques pour combattre les crises et l’insuffisance alimentaires tout en développant la valeur ajoutée par les industries de transformation des productions agricoles et les matières premières au sein des Etats ou à travers les coopérations régionales. Il est inconcevable que l’écrasante majorité des Etats africains vivent de l’économie agricole de l’ère préindustrielle représentant jusqu’à plus de 80% de la production intérieure mais accusent des famines structurelles.

Pour construire un développement durable en Afrique, en synergie avec les objectifs annoncés du G20, il est indispensable que les Etats retrouvent une stabilité politique et sociale qui en est le socle solide. Ensuite, chaque Etat doit mener une analyse objective de ses ressources selon les modèles du SWOT (Forces, Faiblesses, Menaces et Opportunités) connus dans des entreprises. Il se fixe une ambition avec un horizon qui fait sens ; en déduit des objectifs et des plans d’action programmés, suivis et contrôlés quant à leur réalisation. Il s’attaque à l’éducation et à la formation professionnelle de sa population qui est la principale des richesses ; met en place des infrastructures adaptées à son projet de développement ; travaille constamment, solidement et durablement à l’équilibre de sa structure économique. Un projet bien construit trouve toujours les financements ; les Etats africains devraient s’appuyer sur l’expertise des pays avancés du G7 et du G20 pour progresser mais également solliciter des compétences d’une grande partie de la diaspora Afro-européenne et Afro-américaine. Enfin, même si les modèles de développement sont en Amérique du Nord et en Europe Occidentale, les rythmes sont imprimés par les pays émergents d’Amérique latine et d’Asie. Les Etats d’Afrique devront alors mener un triple regard sur leur développement : les références au Nord, le rythme dans les pays émergents du Sud et les besoins des populations africaines.

Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de la Nouvelle Dynamique Politique en France, Editions l’Harmattan.

Publié dans emmankunz

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Moussa Diallo 23/04/2011 19:12



Cher Emmanuel,


Te voilà enfin sur le bon terrain: Celui de l'analyse pragmatique, celui de la critique objective de l'existant, celui des propositions logiques et concrètes sur les options de déveveloppement
qui s'offrent et/ou s'imposent à L'Afrique.


Ravi et trés honoré de te retrouver sur ce terrain-là, à jouer ton role d'Intellectuel et de Conseil pour aider les Politiques dans la prise de décisions pour la conduite rigoureuse de programmes
les mieux adaptés aux desiderata et besoins de leurs populations.


Le développement fulgurant de la Technologie élargit davantage le fossé entre les pays du nord rejoints par ceux émergents et le peloton des pays pauvres majoritairement africains. Il ya Urgence
à conduire des actions fondamentale-      ment existentielles, simples, utiles et génératrices de progrès continu.                Comment
allons-nous utiliser l'ordinateur si nous ne savons pas lire ni écrire??     Comment allons-nous l'acheter si nous ne produisons de valeurs ni richesse??      Comment
allons-nous devenir Autonomes et donc Responsables si nous ne possédons ni savoir-faire ni outils de transformations de nos Biens.


Il ya là une logique implacable, inexorable, à laquelle l'Afrique doit se soumettre et obéir rigoureusement pour sortir de sa paupérisation chronique, pathologique.


Nous aurions donc bien compris que le Développement est véritablement et irré- versiblement la clé de l'indépendance...Mettons ainsi la charrue après le boeuf!


Voilà le constat qui achève de Nous rassembler pour mener la vraie Bataille de l'Afrique.


Merci de ta valeureuse et juste contribution.


Fraternelles
salutations                                                
Moses



Y.L. 23/04/2011 17:01



J'ai réfléchi sur vos conclusions. Les obstacles qui se présentent contre le développement des pays africains me paraissent à première vue insurmontables dans les conditions actuelles. Vous
faites la remarque que les pays d'Afrique du Nord et l'Afrique du Sud s'en sortent mieux. Ne serait-ce du à ce qu'une partie de leur territoire a un climat tempéré?Les climats désertiques et les
climats équatoriaux ne sont pas favorables à l'homme, qui est très mal récompensé de son labeur.


Quant à la diaspora, effectivement, elle dispose de plus de moyens financiers et de plus de connaissances techniques que ceux qui sont restés au pays. Mais quels sont les rapports entre les États
et leur diaspora? Bons, confiants et tolérants? Ou jaloux et méfiants? Nous avons eu récemment l'exemple d'Haïti, dont toutes les élites sont émigrées et intégrées aux USA, au Canada, un peu en
France. Haïti accepte leur argent, mais s'en méfie et met des obstacles à leur retour dans l'île, surtout s'ils veulent y jouer un rôle politique. J'ai l'impression que les africains et les
nord-africains installés en France et y jouissant d'une bonne situation n'ont pas très envie de se replonger dans l'atmosphère de leur pays.


C'est une question politique qui est entre les mains des dirigeants africains.