LA MONTEE DU FRONT NATIONAL SE CONFIRME EN FRANCE : IL DEVIENT LE PREMIER PARTI AUX ELECTIONS EUROPEENNES DU 25 MAI 2014

Publié le par Nouvelle Dynamique

EXTREME DROITE

 

Analyse des résultats des élections européennes du 25 mai 2014.

Nous attendions des surprises sur les scores du Front national aux élections européennes, en rapport avec la montée de ce parti aux dernières élections municipales des 23 et 30 mars 2014 et à l’élection présidentielle du 22 avril 2012. Nous savons que le mal est très profond en France, que la crise économique et sociale frappe les plus fragiles, que les Français manquent de sens et d’ambitions dans un monde qui évolue trop vite pour la majorité d’entre eux. L’Europe a longtemps été prise pour bouc-émissaire des difficultés de la France à se raccrocher aux locomotives de la croissance : la perte des emplois industriels a durement frappé ce pays. La surprise est dans l'ampleur des scores du FN.

Mais, la droite républicaine qui s’est maintenue au pouvoir depuis la défaite historique de Lionel Jospin représentant le Parti socialiste à l’élection présidentielle du 21 avril 2002, avait promis de redresser la barre. Elle s’engageait à redonner confiance aux Français, notamment lorsque Jean-Marie Le Pen s’était invité au second tour de l’élection présidentielle à la place de Lionel Jospin, donnant déjà une crédibilité au Front national. L’UMP au pouvoir avec le Président Jacques Chirac, de mai 2002 à mai 2007, puis avec le président Nicolas Sarkozy, de mai 2017 à mai 2012, a tenté de réformer la France pour la moderniser. Beaucoup a été mis en chantier, c’est indéniable. Mais, le citoyen au chômage de longue durée n’en a pas vu les résultats concrets. Le problème de la gouvernance politique, économique et sociale en France, c’est la pérennité. Les lois se bousculent, s’annulent, s’abrogent et se reconstruisent… et les résultats n’apparaissent pas clairement pour l’électeur. Les lois de modernisation de l’économie, les réformes fiscales des entreprises et des particuliers, les heures supplémentaires non chargées et non taxées, la réforme des droits de succession, la réforme et l’autonomie des universités, la réforme territoriale, le Grand emprunt pour relancer les grands chantiers publics… Mais pour donner du sens, l’Etat devait communiquer : quel est l’existant aujourd’hui ? Pourquoi et comment on va le changer ? Quels sont les résultats attendus pour la vie quotidienne des citoyens ? Et les élus, trop nombreux pour les 65 millions de Français, que font-ils exactement ? Quelle est la déperdition d’énergie et de ressources financières entre les communes, les intercommunalités, les communautés d’agglomérations, les départements, les régions, l’administration de la France et les contributions aux solidarités européennes.

Et voilà que l’Europe devient trop complexe pour le cerveau moyen et que de plus en plus de Français se referment sur le nationalisme et le repli sur leurs territoires. Ils deviennent de plus en plus nombreux à refuser l’intégration européenne qu’ils ne comprennent plus et qu’ils condamnent d’être la source présumée de leurs difficultés de la vie quotidienne. Et lorsque le Front national, avec d’autres partis d’extrême droite, arrive au secours en promettant de revenir au « franc », de refermer les frontières ouvertes par l’espace Schengen, et même de sortir immédiatement de l’Union européenne pour gérer nos misères en famille, entre nous, les esprits déçus, affaiblis, blessés, fragilisés suivent le discours qui prétend que les Français ont été trahis par les partis du système UMPS. Ils ne veulent pas voir les conséquences dans un monde désormais globalisé.  Ils ne veulent pas comprendre les erreurs de fonctionnement de l’Union européenne pour les corriger, ils veulent tout arrêter, comme si cela était possible du jour au lendemain. Les promesses politiques n’engagent-elles pas ceux qui les écoutent et qui votent en conséquence ! A défaut des résultats, les Français submergés par des difficultés diverses, sont parvenus à s’accrocher aux idéaux, aux grands principes, aux valeurs fondamentales et aux rêves. Le Front national a décodé le mal être des Français et leur parle au premier degré. Le résultat est immédiat : depuis le premier tour de l’élection présidentielle d’avril 2012, Marine Le Pen s’est confondue avec les Français à la recherche des repères et de l’identité française. Elle chasse sur tous les territoires et elle en trouve. Elle a transformé l’essai aux municipales de mars 2014. Et elle poursuit sa fulgurante ascension vers l’Elysée en 2017. Elle marque des haltes réussies : ce 25 mai 2014 est un jour mémorable pour le Front national et pour la France. Il y en aura d’autres : les élections territoriales repoussées opportunément par le président François Hollande à mars 2016.

Mais alors, comment la France en est-elle arrivée à 25% des électeurs qui s’expriment pour le Front national en moyenne nationale ? Que s’est-il passé pour que l’UMP, premier parti de France en nombre d’élus et d’adhérents, soit très largement distancé par le Front national sur les territoires de France ? Comment le parti socialiste, majoritaire au pouvoir depuis la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle de mai 2012, n’atteint même plus 15% des suffrages exprimés ? Les politiques « professionnels » doivent s’interroger sur leurs responsabilités collectives. Les constats sont alarmants à cette élection européenne du 25 mai 2014.

En effet, dans la circonscription du nord-ouest, comprenant les dix départements de Basse-Normandie, Haute-Normandie, Picardie et Nord-Pas-de-Calais, le Front national arrive largement en tête du scrutin avec 33,6% pour 41,2% des suffrages qui se sont exprimés sur un corps électoral de 6.601.676 électeurs inscrits. Il y a donc manifestement et clairement un malaise dans le paysage politique français pour que le Front national parvienne à rassembler plus du tiers des suffrages exprimés. E si l’on ajoute les scores des principales formations politiques affichant les mêmes positionnements que le Front national, le score atteint 37,8% dans cette circonscription européenne. Quand on analyse ce malaise dans les départements, le vertige envahit.

Dans la Somme, l’ensemble des principales formations de la gauche et de l’extrême gauche atteint à peine 20%. L’UMP s’effondre à 17,5%. De nombreux électeurs de l’UMP ne se sont pas déplacés ; le climat des affaires internes, en relation avec celui qui les incarnait dans cette campagne, n’y est pas étranger. Son score n’atteint donc même pas la moitié de celui du Front national, soit 17,5% pour l’UMP contre 37,2% pour le Front national. Par ailleurs, le score du souverainiste Debout la République s’est accru à 5,3% et confère aux principales formations de l’extrême droite dans la Somme, une montée spectaculaire  à 42,5%, un record historique pour ce département meurtri par la désindustrialisation et les délocalisations. Même en rassemblant les énergies de l’UMP et de l’UDI-Modem, le score se fige à 27% soit un écart de plus de 15 points. La montée de l’extrême droite dans la Somme est donc une réalité qui se poursuit, même si les départements de l’Aisne et de l’Oise connaissent les mêmes difficultés électorales.

Dans l’Aisne, la situation est comparable à celle de la Somme, sa voisine. L’ensemble de l’extrême droite affiche 43,9% alors que l’UMP et l’UDI-Modem réunies parviennent à 27,5%, soit un écart de 16,4 points. Mais c’est ce département très éprouvé que le Front national seul marque le plus de points avec un score de 40% sur l’ensemble de la circonscription. Dans l’Oise, l’extrême droite réunit également 42,4% contre 27,7% pour les deux mouvements de la droite et du centre. Il convient de rappeler que sur le plan national, les mêmes comparaisons livrent le constat analogue : l’ensemble des principales formations de l’extrême droite atteint 30,8% contre 30,7% mais le recul très important de l’UMP avec 20,8% place ce mouvement loin derrière le Front national qui marque sa domination avec 24,8%. L'élément encore bouleversant, c'est le rejet des partis de gouvernement installés dans le paysage politique. En effet, dans toute la région Picardie, le score cumulé du Parti socialiste+Parti radical de gauche+UDI/Modem+UMP est de loin inférieur au score cumulé du Front national+Debout la République. Cela donne 39,8% dans la Somme contre 42,4% pour le FN+DR ; dans l'Aisne, nous avons 40,3% contre 43,9% pour le FN+DR et dans l'Oise, un même constat de 39,9% contre 42,4% pour le FN+DR. La même situation est observée dans le Pas-de-Calais, avec 37,4% contre 42,6% pour le FN+DR. Dans tous les cas, c'est le Front national qui domine. Ces résultats interrogent les Politiques de la droite et de la gauche républicaines.

Dans l’ensemble de la circonscription Nord-Ouest, le Front national se situe au-delà de 30% des suffrages exprimés dans toute la Picardie, dans les départements de l’Eure (34,8%), l’Orne (30,3%), le Nord (32,8%) et le Pas-de-Calais (38,9%), alors que l’UMP n’atteint même pas 20% dans les départements de la Somme (17,5%), la Seine-Maritime (19,8%), le Nord (17,1%). Elle enregistre même le plus faible score dans le Pas-de-Calais avec 15,4% contre 38,9% pour le Front national, soit le plus grand un écart de 23,5 points. C'est un record historique pour le Front national 

Les résultats définitifs sont synthétisés dans les tableaux ci-dessous :

  (source : Ministère de l'Intérieur)

Formations politiques

PICARDIE

HAUTE NORMANDIE

Somme (80)

Aisne (02)

Oise (60)

Eure (27)

S-maritime (76)

LEXG/LO

1,65

1,77

1,46

1,30

1,65

LFG/PG+PC

6,14

5,74

5,23

5,18

7,82

LUG/PS+PRG

10,72

10,79

9,69

10,71

13,01

LDVG/Nlle Donne

2,06

1,76

2,50

2,35

2,81

LVEC

5,83

5,48

6,96

7,18

7,84

LUC/UDI+Modem

9,55

6,75

7,64

8,39

8,11

LUMP

17,45

20,73

20,03

20,56

19,77

LDVD/Nous Citoy

1,4

1,11

1,66

1,19

1,35

LFN

37,15

40,02

38,22

34,77

29,45

LDVD/DR

5,29

3,93

4,17

4,60

3,93

INSCRITS

409 747

375 541

557 314

421 679

878 883

Abstention

54,82

56,32

56,51

55,16

57,33

Exprimés/Inscrits

42,86

41,88

41,83

43,08

40,85

 

Tableau 1. Les résultats significatifs en Picardie et en Haute-Normandie

  

Formations politiques

BASSE NORMANDIE

NORD-PAS-DE CALAIS

Calvados (14)

Manche (50)

Orne (61)

Nord

(59)

P-de-Calais (62)

LEXG/LO

1,47

1,35

1,49

1,72

2,16

LFG/PG+PC

4,88

4,85

3,76

6,95

7,60

LUG/PS+PRG

13,51

13,96

11,91

11,29

12,19

LDVG/Nlle Donne

3,92

3,05

2,58

2,20

1,79

LVEC

9,47

8,00

7,74

7,50

5,72

LUC/UDI+Modem

10,80

10,54

9,90

11,54

8,00

LUMP

20,51

23,43

23,22

17,11

15,41

LDVD/Nous Citoy

1,45

1,28

1,10

1,99

1,20

LFN

25,99

26,01

30,33

32,80

38,89

LDVD/DR

4,99

4,83

5,28

3,66

3,69

INSCRITS

491 923

376 784

211 783

1 792 653

1 085 963

Abstention

54,05

55,52

52,55

59,70

57,13

Exprimés/Inscrits

44,10

42,33

45,28

38,82

40,91

Tableau n°2 : résultats significatifs en Basse-Normandie et dans le Nord-Pas-de-Calais

 

 

Formations politiques

TOTAL NORD-OUEST

TOTAL France

Scores (%)

Sièges

Scores (%)

Sièges

LEXG/LO

1,68

 

1,60

0

LFG/PG+PC

6,38

 

6,33

3

LUG/PS+PRG

11,78

1

13,98

13

LDVG/Nlle Donne

2,41

 

3,18

1

LVEC

7,16

1

8,95

6

LUC/UDI+Modem

9,38

1

9,93

7

LUMP

18,75

2

20,80

20

LDVD/Nous Citoy

1,49

 

5,98

0

LFN

33,62

5

24,85

24

LDVD/DR

4,16

 

0,01

0

INSCRITS

6 602 270

10

46 555 253

74

Abstention

57,02

 

57,57

 

Exprimés/Inscrits

41,18

40,72

Votes exprimés

2 719 141

 

18 955 636

  FN = 5/10 = 50% d'Eurodéputés dans le Nord-Ouest  et 24/74 = 32,4% en France entière.

Tableau n°3 : résultats significatifs dans le Nord-Ouest par rapport à la France.   

 

 

Conclusion :

La droite républicaine française est en difficulté manifeste. Le centre droit formé par l’Union des Démocrates et des Indépendants (EDI) et le Modem n’ont pas encore atteint un niveau de lisibilité et de notoriété suffisante dans le paysage politique français. L’UMP est un mouvement qui a perdu de son élan depuis la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle et qui a besoin d’être refondé. L’extrême droite capitalise sur la désespérance d’une grande partie des Français, la fragilité de l’économie française qui a perdu son solide socle industriel, et le manque de clarté des politiques de l’Union européenne dans le domaine économique, social, fiscal et de la définition des frontières de l’Europe. Néanmoins, la gauche au pouvoir –parti socialiste, parti radical de gauche et Les Verts- rencontre des difficultés à redresser le pays. Le chômage massif se poursuit, la croissance peine à revenir, les déficits se creusent et l’endettement s’accroît. C’est l’ensemble de tous ces facteurs conjugués qui précipite les Français dans les bras des populistes souverainistes de l’extrême droite qui dont croire aux Français que leur pays souffre en raison des décisions de l’Union européenne à leur encontre. Les responsables de l’extrême droite manipulent adroitement les arguments du bouc-émissaire pour rejeter à l’Union européenne les insuffisances des réformes nécessaires à la France pour retrouver le chemin des performances économiques qui créent des emplois. Les partis politiques installés ont alors le devoir de clarté, de courage et d’ambitions partagées pour attirer à nouveau l’intérêt de la majorité des électeurs avant les prochaines élections territoriales de 2016 et présidentielle de 2017.


emmanuelEmmanuel Nkunzumwami

Analyste politique et économique

Auteur de "La montée de l'extrême droite en France", Ed. L'Harmattan.

Publié dans emmankunz

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