LA FRANCE S'INSTALLE DURABLEMENT DANS LE CHOMAGE ET LE DEFICIT DU COMMERCE EXTERIEUR

Publié le par Nouvelle Dynamique

EXTREME DROITE

Le chômage continue de progresser en France et constitue toujours une priorité pour le gouvernement. C’est même un engagement fort du président de la République, François Hollande, de le réduire dès la fin de cette année 2013. Cependant, le chômage global s’entête à poursuivre sa progression à la fin de septembre 2013, avec un accroissement de 60.000 chômeurs supplémentaires. En effet, les chômeurs de catégorie A (inscrits à Pôle emploi et qui n’ont exercé aucune activité pendant cette période) étaient évalués à 3,2976 millions de personnes, soit une évolution de +1,9% par rapport au mois d’août 2013. Ce chiffre bat le record du nombre de chômeurs depuis janvier 1996. De nombreux Français aujourd’hui fragilisés par une faible croissance, un chômage devenu structurel et une insécurité croissante (économique, financière, énergétique, sanitaire, violences physiques, etc.) auraient tendance à recourir à des relents culturels de bouc-émissaire sur les « différents », les « Etrangers », les « immigrés », les « riches », etc. pour justifier le refuge vers l’extrême droite. La montée de celle-ci n’est donc pas étrangère, culturellement, à cette situation de désespérance chronique.

Les femmes représentent 43% de l’accroissement du nombre de chômeurs, avec 25.500 chômeuses, contre 57% pour les hommes. Pour compliquer les affaires du gouvernement, la conjoncture est si mauvaise que Pôle Emploi s’inquiète du plus faible volume d’offres d’emplois diffusés par ses services depuis plus de seize ans. Proportionnellement à leurs populations respectives, les Jeunes de moins de 25 ans ont connu un bond de +3% de chômeurs (et même de +3,8% pour les jeunes hommes contre 2% pour les jeunes femmes). Le nombre de chômeurs âgés de 25 ans à 49 ans s’est accru de 1,7% contre 1,4% pour les personnes âgées de 50 ans et plus. Agir contre le chômage des Jeunes est un impératif pour le gouvernement car cela conditionne également leur confiance dans leur pays et dans leur avenir. L’éducation solide, la formation professionnelle, l’apprentissage et l’alternance sont des instruments indispensables qu’il convient d’actionner rapidement sur l’ensemble de la jeunesse.  Dans le même temps, les acteurs publics et privés doivent conjuguer leurs efforts pour accroître l’innovation, les investissements dans l’économie industrielle et une nouvelle dynamique dans le commerce extérieur. Dans ce dernier champ de croissance, l’Allemagne espère réaliser plus de 200 milliards d’euros d’excédents commerciaux pendant que la France pourrait encore connaître un déficit de plus de 60 milliards, après avoir réalisé les déficits de -15,7 milliards d’euros au 1er trimestre, puis -14,3 milliards d’euros au 2ème trimestre, et enfin une nouvelle dégradation de -16,1 milliards d’euros au 3ème trimestre.

A la fin de septembre 2013, les quatre départements comptant plus de chômeurs sont le Nord et les Bouches-du-Rhône en provinces, ainsi que Paris et la Seine-Saint-Denis en Ile-de-France, rassemblant à eux seuls 534.200 chômeurs, soit 16% du total de la France métropolitaine en se hissant chacun au-delà de 3%. Néanmoins Paris a connu une décroissance  de 5,3% de ses chômeurs entre août et septembre 2013, alors que le Nord connaît une progression de 0,4%.

Quant aux huit départements en queue de peloton connaissant le plus faible nombre de chômeurs, avec un poids n’excédant pas 0,2% chacun, ce sont également les départements les moins peuplés de France métropolitaine.  Cependant, malgré leur faible nombre de chômeurs recensés, la Lozère et le Cantal en ont connu progression significative entre août et septembre 2013. Le tableau ci-dessous illustre les situations contrastées dans les 96 départements de la Métropole :

 

Département (Métropole) Nombre de chômeurs Proportion dans le total national   Département (Métropole) Nombre de chômeurs Proportion dans le total national
Nord 171 500 5,20%   Côte-d'Armor 25 700 0,80%
Paris 127 500 3,90%   Saone-et-Loire 24 300 0,70%
Bouches-du-Rhône 125 600 3,80%   Ain 23 600 0,70%
Seine-Saint-Denis 109 600 3,30%   Côte-d'Or 23 400 0,70%
Rhône 91 400 2,80%   Aude 22 900 0,70%
Pas-de-Calais 90 800 2,80%   Vosges 21 200 0,60%
Gironde 82 100 2,50%   Eure-et-Loir 20 600 0,60%
Hérault 77 700 2,40%   Savoie 20 600 0,60%
Haute-Garonne 76 100 2,30%   Manche 20 200 0,60%
Hauts-de-Seine 75 800 2,30%   Tarn 20 200 0,60%
Seine-Maritime 71 600 2,20%   Dordogne 19 600 0,60%
Val-de-Marne 69 400 2,10%   Charente 18 200 0,60%
Val-d'Oise 67 300 2,00%   Landes 17 600 0,50%
Loire-Atlantique 62 200 1,90%   Vienne 17 600 0,50%
Seine-et-Marne 62 100 1,90%   Aube 17 200 0,50%
Alpes-Maritimes 60 300 1,80%   Haute-Vienne 17 100 0,50%
Yvelines 59 500 1,80%   Allier 16 600 0,50%
Moselle 57 000 1,70%   Ardèche 16 300 0,50%
Isère 55 900 1,70%   Ardennes 16 300 0,50%
Var 55 500 1,70%   Yonne 16 100 0,50%
Essonne 53 400 1,60%   Cher 15 300 0,50%
Bas-Rhin 52 100 1,60%   Lot-et-Garonne 15 200 0,50%
Gard 47 100 1,40%   Loir-et-Cher 14 800 0,40%
Ille-et-Villaine 44 400 1,30%   Deux-Sèvres 14 200 0,40%
Oise 42 800 1,30%   Tarn-et-Garonne 13 200 0,40%
Finistère 40 900 1,20%   Haute-Pyrénées 12 500 0,40%
Haut-Rhin 38 600 1,20%   Orne 12 500 0,40%
Loire 37 400 1,10%   Haute-Saône 11 600 0,40%
Maine-et-Loire 37 200 1,10%   Mayenne 10 600 0,30%
Meurthe-et-Moselle 36 700 1,10%   Aveyron 9 900 0,30%
Aisne 36 000 1,10%   Indre 9 800 0,30%
Vaucluse 34 700 1,10%   Jura 9 700 0,30%
Haute-Savoie 34 600 1,00%   Meuse 9 600 0,30%
Calvados 33 300 1,00%   Nièvre 9 300 0,30%
Loiret 33 200 1,00%   Corrèze 9 200 0,30%
Morbihan 33 200 1,00%   Haute-Loire 9 200 0,30%
Charente-Maritime 32 100 1,00%   Alpes-de-Haute-Provence 9 000 0,30%
Somme 32 000 1,00%   Ariège 8 900 0,30%
Eure 31 500 1,00%   Haute-Marne 8 300 0,30%
Pyrénées-Orientales 29 900 0,90%   Territoire de Belfort 8 300 0,30%
Marne 29 100 0,90%   Haute-Corse 7 600 0,20%
Pyrénées-Atlantiques 28 800 0,90%   Lot 7 500 0,20%
Puy-de-Dôme 28 600 0,90%   Hautes-Alpes 7 400 0,20%
Indre-et-Loire 27 800 0,80%   Gers 7 300 0,20%
Vendée 27 600 0,80%   Corse du sud 6 100 0,20%
Drôme 27 500 0,80%   Creuse 5 300 0,20%
Sarthe 27 400 0,80%   Cantal 4 800 0,10%
Doubs 26 200 0,80%   Lozère 2 200 0,10%

 

Conclusion :

La situation économique de la France ne s’améliore guère, même si elle paraît bien meilleure que celle des voisins du sud : Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Chypre. Les piliers de l’économie et de la croissance durable restent branlants : l’innovation massive tarde à produire ses effets, la consommation intérieure est atone, les investissements industriels sont très faibles, la production intérieure en vue de la consommation et les exportations est au ralenti depuis 2012, le commerce extérieur pour écouler les productions accuse encore un déficit structurel de plus de 60 milliards d’euros en 2013.

La situation globale de l’emploi en France s’est donc dégradée depuis le début de l’année 2013, et enregistre des pertes continues des emplois pour atteindre un taux de chômage de 10,7% en métropole et 11% en incluant les départements d’outre-mer à la fin septembre. Cependant, ce niveau de chômage, même élevé, reste au-dessous de la moyenne des dix-sept pays de la zone euro qui s’établit à 12,2% à la fin de ce troisième trimestre de 2013. Parmi les pays de l’Europe du nord, également membres de la zone euro, la France reste un pays de chômage plus élevé à la fin de septembre 2013 en comparaison avec l’Allemagne (5,2% et probablement 6,5% à base comparable incluant l’instauration du SMIC à 8,5€ prévu au 1er janvier 2015 !), l’Autriche (4,9% et probablement 6% à base comparable), les Pays-Bas (7,0%), la Finlande (8,1%),  la Belgique (8,9%). En termes de gestion publique et des stratégies économiques et sociales, la France reste fondamentalement et culturellement un pays d’Europe du sud, plus proche de l’Italie (12,5% de taux de chômage à la fin de septembre 2013), du Portugal (16,5%) et de l’Espagne (26,6%) que de l’Allemagne ou du Benelux.

Emmanuel Nkunzumwami

Auteur du livre « Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation », Editions L’Harmattan, 2013 et de « La Montée de l’extrême droite en France », Editions L’Harmattan, 2012.

Publié dans emmankunz

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