LA CRISE DE LA ZONE EURO, LA BCE ET LA MALADIE SOCIO-ECONOMIQUE DE PAYS GRECO-LATINS EN EUROPE

Publié le par Nouvelle Dynamique

Birmingham0.jpgLes cinq principales économies de la Zone Euro sont l’Allemagne, La France, L’Italie, L’Espagne et les Pays-Bas. Ces pays représentent 82% de la population totale de la zone Euro, et 83% de son PIB en 2010. Les évolutions socio-économiques de ces piliers économiques de la zone Euro évoluent souvent en sens opposés :  

 

Pays Population 2010
(en Milliers)
PIB2007
(Millions d'Euros)
PIB2010
(Millions d'Euros)
Evolution 2007-2010
(en %)
Allemagne 81 471,8         2 432 400      2 498 800   2,7%
France 63 136,2         1 895 284      1 947 576   2,8%
Italie 60 017,7         1 546 177      1 548 816   0,2%
Espagne 45 989,0         1 053 537      1 062 591   0,9%
Pays-Bas 16 463,9             571 773         591 477   3,4%
5 267 079 7 499 171 7 649 260 2,0%
Poids en Zone Euro 81,3% 82,9% 83,1%  

 

Les évolutions économiques au sein de ces cinq principales économies de la zone Euro pendant la crise de 2007 à 2010 sont contrastées. La croissance aura été de plus de 2,5% dans les pays du Nord : 3,4% au Pays-Bas ; 2,8%  en France et 2,7% en Allemagne. Pendant le même temps, il aura été de 0,9% en Espagne et 0,2% en Italie. L’Europe performante du Nord se détache nettement de l’Europe en crise structurelle au Sud. La France se trouve en espace de jonction entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud.  

Pays Déficit2007
(Millions d'Euros)
Déficit2010
(Millions d'Euros)
Evolution 2007-2010
(en %)
Dettes2007
(Millions d'Euros)
Dettes2010
(Millions d'Euros)
Evolution 2007-2010
(en %)
Allemagne 6 550 -81 630 -1346,3%     1 578 814        2 079 629   31,7%
France -51 557 -136 525 164,8%     1 211 563        1 591 169   31,3%
Italie -23 541 -71 211 202,5%     1 602 115        1 843 015   15,0%
Espagne 20 066 -98 227 -589,5%        380 661           638 767   67,8%
Pays-Bas 1 048 -31 979 -3151,4%        258 982           371 028   43,3%
5 -47 434 -419 572 784,5% 5 032 135 6 523 608 29,6%
Poids en Zone Euro 78,8% 76,2%   84,1% 83,0%  
 

Ces cinq pays représentaient également 83% de la dette de la zone Euro en 2010 et l’Allemagne avec ses 82 millions d’habitants, soit 36% de plus que l’Italie ne gérait que 13% de la dette au-dessus de l’Italie. Il y a manifestement des problèmes culturels et de gestion publique entre les pays du Nord et ceux du Sud au sein de la même zone monétaire.  

Sur d’autres indicateurs socio-économiques, les pays industrialisés historiques n’ont pas connu les mêmes dégradations au cours des dernières années et l’année 2011 se termine avec de sérieux handicaps pour certains pays de cette zone Euro : le taux de chômage de la zone OCDE, a légèrement progressé en octobre 2011 pour atteindre 8,3%, alors que le taux observé en septembre était de 8.2%. Ce taux est resté stable autour de ce niveau depuis janvier 2011.

En zone Euro, le taux de chômage a augmenté et s’élève à 10.3% au mois d’octobre 2011, le niveau le plus important depuis la crise financière mondiale de 2008. Les taux de chômage aux Pays-Bas (4.8%) et en Espagne (22.8%) ont connu une hausse importante. Le taux de chômage en Espagne est désormais supérieur de 14.9 points en pourcentage pa rapport à son dernier creux de 7.9% observé en juillet 2007. En revanche, le taux de chômage a baissé de 0.2 point en pourcentage en Allemagne ou il s’établissait à 5.5%, poursuivant une baisse soutenue depuis le pic de 8.0% enregistré mi-2009. Pour la France, sur le troisième trimestre 2011, le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 9,7 % de la population active en France (y compris Dom). Mais en France métropolitaine, le taux de chômage s’établissait à 9,3 %, soit 2,6 millions de personnes. Il est en hausse de 0,2 point par rapport au deuxième trimestre 2011.  

En Espagne le chômage a augmenté en novembre jusqu'à 4,420 millions de chômeurs, soit un niveau record depuis 1996, confirmant les mauvais résultats du gouvernement socialiste qui vient de céder le pouvoir à la droite à la fin de 2011. Ce nombre est toutefois inférieur à celui publié le 28 octobre 2011 et qui établissait le nombre de chômeurs en Espagne à 4,978 millions à la fin septembre, le ministère du Travail utilisant une méthode différente de l'Institut national de la statistique (INE), qui calcule le taux trimestriel. Celui-ci s'élevait alors à la fin du troisième trimestre à un taux de chômage de  21,52% de la population active, le plus élevé de l'Union européenne et des pays de l'OCDE. Quelles que soient les sources utilisées : gouvernement, BIT, Institut national de statistique et les efforts du Gouvernement, le chômage sera de l’ordre de 22% à la fin de 2011 en Espagne. Par ailleurs, selon l'INE, 45,8% des 16-24 ans étaient au chômage au troisième trimestre 2011 en Espagne.      

L'Italie présente également le taux de chômage des jeunes parmi les plus élevés d'Europe, selon une étude publiée par Confartigianato, la fédération italienne des artisans. Particulièrement touchée, la tranche d'âge allant de 15 à 24 ans connaît un taux de chômage de 29,6 %, contre une moyenne de 21 % en Europe. Le taux de chômage des 15-35 ans s'élève, lui,  en Italie à 15,9 %, avec une nette concentration dans le sud du pays (21,1 % de la population de cette tranche d'âge est au chômage). En Sicile, par exemple, 28% des 15-35 ans sont sans emploi. L'étude de Confartigianato, qui s'appuie sur des données de l'Institut national italien des statistiques, montre également la détérioration de la situation pour les adultes, avec un taux de chômage de 23,2 % pour les 25-54 ans, contre une moyenne européenne de 15,2 %. C'est également dans ces pays à fort taux de chômage ou de faible activité que nous rencontrons la plus grave crise du logement et un fort accroissement de la pauvreté.    

Globalement, en octobre 2011, le taux de chômage moyen des 17 pays de la zone euro a augmenté. Pourtant ailleurs, de nouvelles données de taux de chômage pour le mois de novembre 2011 montrent un recul aux États-Unis (baisse de 0.4 point en pourcentage pour atteindre 8.6% contre 9,0% en janvier 2011). Au Japon, le taux de chômage est passé de 4,9% en janvier 2011 à environ 4,5% en fin d'année. Pour le Canada, on enregistre une faible augmentation pour le deuxième mois consécutif (hausse de 0.1 point en pourcentage pour atteindre 7.4%). Au total, environ 45.1 millions de personnes étaient au chômage dans la zone OCDE en octobre 2011, soit 1,5 millions de moins qu’en octobre 2010 mais toujours 14.1 millions de plus qu’en octobre 2007. Derrière la dure réalité statistique de ces chiffres, les gouvernements commencent à s'inquiéter de la violence du chômage touchant les jeunes. 20,5 % des moins de 25 ans sont ainsi à la recherche d'un emploi dans l'Union européenne. Ce qui laisse présager une génération perdue. Là encore, l’Espagne est l’exemple le plus frappant, enregistrant un taux catastrophique de 43,2 %. En Italie, il est de 26,2 % et en France de 25 %. En se plaçant dans un une comparaison de quelques pays industrialisés historiques de la Zone euro en 2011 : en Europe du Nord, le chômage était de 7% en Allemagne (octobre 2011) mais il sera de 6% en fiin 2011 ; 6,6% en Belgique (octobre 2011) ; 4,2% au Pays-Bas (avril 2011) mais il sera en légère hausse à 4,8% à la fin de 2011 ; 3,9% en Autriche (septembre 2011) ; 4,5% au Luxembourg (avril 2011) ; 8% en Finlande (avril 2011).  En Europe du Sud, il était de 8% en Italie (avril 2011) mais il est en hausse vers 9% à la fin de 2011 ; 12,6% au Portugal (avril 2011) ; 18,5% en Grèce (août 2011) ; 21,5% en Espagne (septembre 2011) mais il sera de plus de 22% sur l'année 2011. La France se trouve dans l'espace de séparation entre le Nord et le Sud de l'Europe. Le taux de chômage se situait à 9,7% en octobre 2011 pour la Métropole et les DOM, mais il devrait se stabiliser à 9,3% pour la fin de l'année 2011 en France Métropolitaine.  

C’est dans ce contexte morose que la BCE (Banque Centrale Européenne) vient d’effectuer une sortie discrète de ses missions du gestionnaire du Pacte de Stabilité et de Croissance (PSC) lui assigné par le traité de Maastricht, pour financer l’économie à la mesure de la crise que nous traversons. En effet, comme ses homologues Banques Centrales des Etats-Unis, du Japon, du Royaume-Uni ou de la Chine, la BCE vient au secours des 523 établissements bancaires en leur accordant des prêts de 489 milliards d’Euros au taux de 1% à 3 ans. Cela fait rêver les meilleurs emprunteurs sur l’immobilier ! Naturellement, la BCE a dû puiser dans ses réserves, utiliser ses capacités accordées par le FMI, surveillant mondial de l’émission de la monnaie, et créer également de la monnaie pour contribuer ainsi indirectement à la relance de la Croissance dans la zone Euro. Cependant, il n'y aura pas de croissance en Europe s'il n'y a pas création d'activités impliquant de forts investissements industriels, des efforts conjugués de tous les pays européens vers les marchés internationaux pour partager la croissance avec les pays émergents, et une forte relance de la consommation de la production intérieure. Le financement direct de la BCE aux banques répond indirectement à ces objectifs car les Etats sont pris dans la spirale des déficits et de la dette qui bloque leurs capacités à financer ces efforts. Par ailleurs, au regard des comportements de gestion publique de la dette et des déficits publics au sein de certains pays de la zone Euro, la BCE est bien avisée, comme le souhaite fortement l’Allemagne, de ne pas racheter les dettes souveraines des Etats de l’Union. Aussi longtemps que nous dépenserions nos impôts dans les paniers percés de certains Etats peu scrupuleux, il convient de les responsabiliser dans la rigueur de gestion publique, le sérieux dans la gestion de l’impôt, et le respect des règles communes de l’Union. Le PSC établit que le déficit budgétaire ne doit pas dépasser 3% du PIB et que la dette ne doit pas excéder 50% de ce même PIB. Or le principal  sport de certains Etats du Sud de l'Europe a été de "contourner les règles communautaires et se trouver un bouc-émissaire". Aussi, c'est dans ces pays du Sud que l'on trouve le plus grand nombre de "niches fiscales" autorisant légalement la dispense de payer des impôts aux entreprises et aux particuliers, tout en poursuivant les dépenses somptuarires, creusant ainsi des déficits abyssaux. Commençons donc par imposer le respect de ces règles de gestion à tous les Etats de la zone Euro, et lorsque chaque Etat aura satisfait les critères de Maastricht, alors on pourra mutualiser les dettes. S'agissant du "bouc-émissaire", les pays laxistes attribuent leurs difficultés à l'Euro : mais ne s'expliquent pas pourquoi l'Allemagne, au sein de la même zone Euro et présentant une structure économique comparable à celle de la France, garde sa seconde place derrière la Chine dans le dynamisme du Commerce Extérieur ! La BCE devrait suivre l’usage des fonds contractés par les banques pour éviter toutes spéculations sur les dettes souveraines garanties par l’Union et sur les  marchés des capitaux. En effet, l’Allemagne emprunte aujourd’hui sur les marchés (et donc aussi auprès des banques) à 2,1% où la France doit se contenter des 3,4% pendant que l’Italie doit accepter de payer 6,5%. Les banques bénéficiant des prêts de la BCE à 1% seraient alors tentées de racheter la dette italienne à 6,5% ou la dette grecque à 8,5% avec les fonds obtenus. Cependant, la crise économique et sociale continue : avec un taux de chômage de 10% en fin 2011 dans la zone Euro, et plus de 8.000 milliards de dette publique, les Etats sont pris à la gorge pour subventionner leurs économies nationales. De plus les écarts sont toujours en faveur des pays du Nord contre ceux du Sud : en 2011, l’Allemagne peut estimer réaliser 135 milliards d’excédents commerciaux pendant que la France creuse un déficit de 75 milliards d’Euros. Le taux de chômage approchera 6% pendant que celui de la France Métropolitaine approchera 9,3% pour la fin de l'année 2011 ! Et pourquoi, avec la même monnaie et les mêmes structures économiques, l’Allemagne reste toujours la locomotive vertueuse de la Zone Euro pendant que la deuxième puissance de cette même zone s’enfonce dans la dette publique, les déficits budgétaires, le chômage et le déficit du commerce extérieur ?  

La responsabilité de la relance économique n'incombe pas qu'aux pouvoirs publics mais d'abord aux acteurs économiques eux-mêmes. On ne combattra pas le chômage de masse en créant massivement des emplois dans la fonction publique, car on alourdirait le déficit budgétaire et on accroîtrait le poids de la dette publique, déjà très élevés. Il faudrait alors inciter les entreprises du secteur marchand à accroître leurs activités, à aller à la conquête des marchés internationaux, à investir dans l'économie réelle, à augmenter les salaires pour relancer la consommation intérieure. Les banques, qui viennent de recevoir les prêts de la BCE à un taux de 1%, devront accompagner ces stratégies de croissance, et tous les acteurs économiques et les pouvoirs publics devront le leur rappeler régulièrement. Comme dans les pays à fort taux de chômage se localisent également la crise du logement et un fort accroissement de la pauvreté, il appartient aux consommateurs-acteurs économiques d'être des actifs de la croissance : négocier avec les banques, refuser les abus de la hausse des prix dans l'immobilier neuf (prix maximum = 2.500 à 3.000€/m²). Une des réponses à méditer cependant : les entreprises des pays du Nord de l’Europe sont dynamiques à l’International, développent le management par la confiance, réussissent un dialogue social de coopération et de concertation entre les entreprises et les partenaires sociaux, misent beaucoup sur les formations professionnelles et consolident leur économie industrielle. Les Etats sont transparents et rigoureux dans la gestion publique. Quant aux entreprises des pays de l'Europe du Sud, à chaque toussotement du marché, elles courent aux guichets du Trésor Public pour recevoir des subventions dont une grande part enrichit les dirigeants et sans contrepartie juridique contraignante, puis renvoient leurs salariés pour vivre de l'assistanat et des aides publiques, vivent des relations de défiance, de contestation et revendication avec les partenaires sociaux, pratiquent un management de tension permanente  par la méfiance, se contentent du marché intérieur dont la consommation et l’investissement stagnent dans la crise et sont frileuses à conquérir les marchés internationaux. Les Etats du Sud de l’Europe n’ont pas encore montré leurs performances dans la gestion publique et certains ont survécu à la crise grâce aux subventions des FEDER (Fonds Européens de Développement Economique Régional) et à l'aide massive des Etats du Nord. Il faudrait alors imposer des règles communes, imposer des contrôles extérieurs dans l'exécution des budgets nationaux, contrôler l'efficacité des résultats pour accéder à la subvention des fonds de l’Union. Au critères du PSC pourraient s’ajouter un chômage inférieur à 10% et une croissance annuelle supérieure à 1,5%. Les élus seraient moins nombreux mais la gestion des Etats de l’Union serait mieux assainie.

 

IDEmmanuel Nkunzumwami


Auteur de "La Nouvelle Dynamique Politique en France" Editions L'Harmattan.

Chroniqueur sur la Radio Africa n°1 et sur la Radio France Bleu Picardie.

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Y.L. 01/01/2012 15:39


Jusqu'en 2010 les données concernant la France n'étaient pas si mauvaises que ça, et la grosse secousse s'est produite en 2011. "La faillite, nous voilà!" est le cri de ralliement de presque tous
les économistes. Mais, comme l'a dit Nicolas Sarkozy, le facteur confiance, psychologique, a un effet majeur. La parole est plus que jamais à la politique, la seule à mobiliser un pays,
plusieurs, peut-être, si les dirigeants le veulent. 

Nouvelle Dynamique 01/01/2012 21:35



Il est vrai que la France a très bien traversé la crise de 2008 à 2010 et tous les efforts apportés à l'investissement pourront porter leurs fruits. Il ne faudrait surtout pas que, si d'aventure
les Socialistes arrivaient au pouvoir en mai 2012, les dirigeants politiques dilapident les dividendes des efforts de ce redressement dans le distribution des allocations d'assistance comme
cela s'est produit entre 2000 et 2002, annulant tous les avantages de la croissance ! Il faudrait par ailleurs que les entreprises du secteur marchand deviennent performantes et contribuent
activement à la stimulation de la croissance et de l'emploi. La France dispose d'un gisement économique et de confiance industrielle permettant d'atteindre 6% de taux de chômage, si nous sortons
des guichets des subventions publiques pour aller reconquérir les marchés internationaux.  Mais, la coordination de la volonté politique de nos dirigeants et de la combativité des
acteurs économiques est indispensable.