L'EUROPE-USA FACE AUX PAYS EMERGENTS DANS UN MONDE MULTIPOLAIRE

Publié le par Nouvelle Dynamique

IMG041.jpgLe monde a fortement évolué depuis les années 1990 et les nouvelles dynamiques économiques sont portées par les Pays Emergents qui rythment désormais la croissance économique du monde en ce début du 21ème siècle. Tous les Humains aspirent légitimement aujourd’hui à plus de démocratie, à une meilleure éducation et de meilleures conditions de santé publique, à des infrastructures publiques, à plus de développement pour accéder à l’eau, l’énergie, les transports, l’information, les loisirs, l’emploi, le revenu élevé, la consommation des biens industriels, etc. Mais tout a un coût et entraîne les anciens pays industrialisés historiques à céder une partie de leurs privilèges au profit des nouveaux entrants émergents. C’est tout l’équilibre d’environ sept milliards d’humains qui peuplent la terre qu’il convient de trouver, et le nouveau contexte de la mondialisation nous interroge sur le sens de la nouvelle croissance, nos moyens de consommation et sur la répartition équitable des richesses à travers le monde.

 

L’économie mondiale et les équilibres des nouvelles puissances face aux économies industrialisées historiques s’organisent autour des instances de régulation. Une structure mondiale des Etats s’est alors développée pour mettre de l’ordre dans la gouvernance du monde : c’est le G20. C’est un ensemble qui s’élargit à partir de l’ancien G7 des principaux pays industrialisés historiques du Bloc Occidental (Etats-Unis, Canada, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Japon) auquel s’ajoute le Noyau des Cinq Principaux Pays Emergents du BRICS qui rythment l’économie mondiale au début du 21ème siècle (Brésil, Russie, Inde, Chine et South-Africa) pour former le G7+5. Ce groupe s’est ensuite étendu aux Sept Autres Pays Emergents parmi les plus dynamiques, formant l’AMACITA (Australie, Mexique, Argentine, Corée du Sud, Indonésie, Turquie et Arabie Saoudite). A ces Etats identifiés s’ajoutent un observateur permanent européen, l’Espagne, et une structure représentant l’Union Européenne, la Commission Européenne.  Cependant, derrière l’AMACITA, de nouvelles puissances émergentes poussent la porte par leur dynamisme de croissance économique. On peut citer notamment : Thaïlande, Taiwan, Pologne, Singapour, Philippines, Malaisie, Iran, Pakistan, Colombie, Egypte, Nigéria et bien d’autres encore… ces pays se caractérisent par une forte poussée démographique qui s’accompagne d’une forte croissance économique, contrairement aux anciennes puissances occidentales dont une partie décline démographiquement ou enregistre de très faibles évolutions dans leur croissance économique.

 

I.                 Les grandes économies mondiales entre 1996 et 2006

 

Nous fournissons une analyse comparée de la croissance du Produit National Brut (PNB) qui indique la croissance de la richesse produite par le pays et de la balance des paiements qui caractérise le dynamisme du commerce extérieur, sur la période de 1996 à 2009. On remarque les ralentissements de vieilles nations et des avancées des pays émergents. Les pays du G7 ont connu une croissance de 25% (pour l’Allemagne à 121% (pour le Canada) avec une récession enregistrée au Japon  pendant la grande crise asiatique dès la fin des années 1990. Cependant, la croissance s’est poursuivie à un rythme modeste et elle a atteint 43% en Allemagne jusqu’à 131% pour le canada entre 1996 et 2009. Le Royaume-Uni a même traversé une récession entre 2006 et 2009 comme conséquence directe de sa longue désindustrialisation au profit de l’économie financière fortement perturbée par la crise bancaire et financière depuis l’été 2007. Un autre baromètre de l’intensité de la mondialisation est constitué par le dynamisme du commerce extérieur. A la fin de 2009, seuls le Japon et l’Allemagne présentent un excédent de leur balance de paiement des produits et services. Les Etats-Unis, l’Italie et la France sont les plus mauvais commerçants du G7 sur le marché international, avec les déficits de 378 Mrds de dollars pour les USA à 52 Mds de dollars pour la France. Déjà en 2006, on remarque les excédents commerciaux des champions de l’Economie Industrielle des pays industrialisés : l’Allemagne (189G$), le Japon (170G$), les Pays-Bas (63G$), les pays scandinaves : Norvège (58G$),  la Suède (33G$), la Finlande (10G$) et le Danemark (8G$). La Suisse bénéficie à la fois de valeur financière de banque-refuge du capitalisme mondial et du dynamisme de son industrie.

 

Le tableau ci-dessous indique les évolutions de 1996 à 2006.    

PAYS
  (G7+Europe)

PNB en 1996 (en milliards de US$)

PNB en 2006 (en milliards de US$)

Evolution PNB en $ courants 2006/1996 (en %)

Balance Commerciale en 1996 (en Mds US$)

Balance Commerciale en 2006 (en Mds US$)

Japon

5314,8

4 486,5

-15,6%

65,9

170,5

Allemagne

2371,7

2 963,8

25,0%

-13,1

189,1

France

1537,6

2 288,4

48,8%

20,5

-13,0

Italie

1132,3

1 860,3

64,3%

41,0

-47,8

Etats-Unis

7347,7

13 357,8

81,8%

-148,7

-802,6

Royaume-Uni

1141,8

2 452,0

114,7%

-0,5

-80,9

Canada

573,5

1 267,6

121,0%

2,8

31,0

suisse

301,2

423,8

40,7%

21,9

56,9

Autriche

228,9

317,2

38,6%

-4,0

7,8

Belgique

265,2

401,9

51,5%

14,4

8

Danemark

168,3

279,0

65,8%

2,9

8,2

Finlande

119,3

211,6

77,4%

4,8

9,5

Portugal

107,7

188,0

74,6%

-2,7

-21,5

Pays-Bas

396,5

698,8

76,2%

20,4

63,1

Espagne

578

1 211,9

109,7%

1,8

-110,9

Norvège

151,3

337,0

122,7%

11,3

58,3

Suède

 

399,7

 

5,9

33,3

 

Le tableau ci-dessous indique les évolutions contrastées des situations :
 

PAYS
  (G12+Autres Emergents)

PNB en 1996 (en milliards de US$)

PNB en 2006 (en milliards de US$)

Evolution PNB en $ courants 2006/1996 (en %)

Balance Commerciale en 1996 (en Mds US$)

Balance Commerciale en 2006 (en Mds US$)

Brésil

729,3

1 066,4

46,2%

-24,3

13,6

South-Africa

123,5

252,6

104,5%

-2

-13,7

Russie

417,8

961,8

130,2%

11,4

94,7

Inde

370,2

908,3

145,4%

-3,5

-9,3

Chine

883,8

2 673,0

202,4%

7,2

253,3

Argentine

298,5

208,88

-30,0%

-4,13

7,8

Corée du Sud

484,6

953,2

96,7%

-23,1

5,4

Indonésie

220

320,1

45,5%

-8,1

10,9

Australie

385,8

696,2

80,5%

-15,9

-41,5

Arabie Saoud

137,03

365,1

166,4%

-5,3

99,1

Turquie

194,7

523,2

168,7%

-1,5

-32,2

Thaïlande

180,9

198,9

10,0%

-14,7

2,3

Taiwan

253,1

376,3

48,7%

4,8

26,3

Pologne

142,1

156,4

10,1%

-3,3

-3

Singapore

92,4

134,2

45,2%

14,3

35,4

Philippines

86,6

127,3

47,0%

-3,8

5,4

Malaisie

89,7

151,7

69,1%

-8,4

26,2

Iran

123,2

219,3

78,0%

3,6

2,7

Pakistan

63,3

130

105,4%

-3,5

-6,8

Colombie

79,1

156,4

97,7%

-4,8

-3

Egypte

53,2

108

103,0%

-0,2

2,6

Nigeria

41,7

141,3

238,8%

3,1

33,9

Mexique

 

934,4

 

 

-4,5

 

On y distingue quatre situations :

1°- les pays exportateurs disposant des ressources naturelles (pétrole, gaz, autre ressources naturelles) et qui s’appuient sur ces ressources pour développer leurs industries exportatrices. Ce sont le Nigéria, l’Iran, l’Arabie Saoudite et la Russie.

2°- Les pays qui misent sur le développement de la production industrielle par le bénéfice des délocalisations de l’Occident. Ils n’inventent pas de nouveaux produits inconnus dans le monde mais maîtrisent les process des pays occidentaux et reproduisent les biens industriels à bas coûts pour concurrencer leurs donneurs d’ordre et maintenir la croissance de leur économie et du commerce extérieur. Ce sont notamment : Singapour, Taïwan et la Chine.

3°- Les nouveaux pays émergents industriels qui misent sur le savoir-faire industriel et qui ont basculé des déficits de leur commerce extérieur vers les excédents par la conquête des autres marchés des pays émergents dans le monde. Ce sont notamment : le Brésil, l’Argentine, la Corée du Sud, l’Indonésie, la Thaïlande, les Philippines, la Malaisie et l’Egypte.

4°- Les pays en forte demande d’investissement d’équipements industriels pour entrer dans la compétition mondiale. Ces pays doivent d’abord s’imposer sur les marchés domestiques régionaux avant de conquérir les marchés lointains. Ce sont : l’Afrique du Sud, l’Inde, l’Australie, la Turquie, la Pologne, le Pakistan, la Colombie et le Mexique. Pour ces pays, en 2006, le commerce extérieur est encore déficitaire en raison des importations des biens d’équipement industriels et militaires.

 

Globalement les pays émergents fonctionnent sur un même mode : négocier les ressources naturelles et leurs approvisionnements des matières premières auprès des pays n'ayant pas encore les capacités de les transformer, acquérir les technologies et la maîtrise des process industriels des pays industrialisés historiques, proposer les mêmes offres de produits finis à moindre coût, s'imposer dans les pays peu développés et conquérir les marchés des pays émergents à haut revenus, concurrencer les productions occidentales sur leurs marchés domestiques pour capter de confortables marges commerciales. Le G20 devrait mettre en place les mécanismes de régulations économiques et financières internationales, veiller à la redistribution des richesses au sein des pays émergents et à l'équilibre des échanges entre les producteurs et les bénéficiaires des matières premières dans le respect des contraintes écologiques, et proposer des solidarités internationales entre les pays riches et des pays pauvres. Tous les instruments des régulations monétaires, économiques, politiques, écologiques et sociales devraient être revus pour assurer l'équilibre et la sécurité du monde.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de "La Nouvelle Dynamique Politique en France", Editions L'Harmattan.

Publié dans emmankunz

Commenter cet article

Y.L. 01/11/2011 08:04



Votre pronostic donne le frisson! Il n'y aurait d'issue que dans la transformation de l'Europe en un lieu de vacances et de tourisme pour les futures classes moyennes et supérieures du reste du
monde*. Cette mutation a d'ailleurs déjà commencé. L'élévation du niveau de vie, et le petit plus de liberté que permet l'argent, font apparaître de nouveaux flux touristiques vers "l'ancien
monde". Je doute, cependant, que cette stagnation-régression se passe dans l'ordre et sans douleur. Comme je ne vois aucun changement du comportement consumériste malgré le matraquage prophétique
des écologistes, je doute qu'une invitation à une régression pour des raisons budgétaires soit mieux écoutée. Il me semble d'ailleurs que Sarkozy et Merckel ne recommandent la rigueur qu'en
attendant des jours meilleurs. S'ils disaient que c'est pour toujours, ils ne pourraient plus tenir personne.


*Cette prédiction est, je crois, à la fois de Jacques Attali,ce qui n'étonne personne, et de l'écrivain (visionnaire) Michel Houellebecq


 



Y.L. 31/10/2011 15:32



Merci, encore, pour ces études très détaillées, illustrées de tableaux très parlants. Elles laissent ouverte la question: quand, comment, nos vieux pays, auxquels nous nous accrochons, vont ils
retrouver une dynamique les remettant dans la compétition?



Nouvelle Dynamique 01/11/2011 00:06



Bonjour et merci beaucoup pour votre appréciation. Il semble que la remise des pays industrialisés historiques dans la compétition de la croissance soit impossible pour plusieurs raisons dont le
niveau d'équipement très avancé et la décroissance démographique en général. Il conviendra alors de se contenter des croisances très réduites qui conviennent à notre niveau de développement,
s'agissant surtout des équipements de renouvellement et une consommation maîtrisée, pendant que ls pays émergents tentent de se rapprocher de l'Occident. Par contre, les pays Occidentaux
devront apprendre à gérer la ressource rare : les réductions des déficits budgétaires et des dettes publiques, et l'apprentissage rapide de la gestion des ressources publiques restent
incontournables si nous ne voulons pas être nourri et pris en charges demain à des coûts dépassant nos capacités par les pays émergents. Le combat mené par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel
pour réformer l'Europe et obliger tous les pays membres de l'Union à une rigueur de gestion et au respect des règles communes pour assainir nos économies, trouve pleinement son sens dans le
contexte tendu actuel.