L’AGE MUR DE LA DEMOCRATIE A L’EPREUVE FACE AUX MOUVEMENTS CONTESTATAIRES

Publié le par Nouvelle Dynamique

manifestations contre la réforme des retraites avec les en 

Nous avons connu la plus grande révolution démocratique aux Etats-Unis avec l’élection de Barack Obama au poste de 44ème Président des Etats-Unis d’Amérique. Pour la première fois dans leur longue histoire qui a connu la guerre de sécession entre les Dirigeants du sud agricole et esclavagiste et les Dirigeants du Nord industriels et anti-esclavagistes menés par le Général Abraham Lincoln en 1860-1863, la société Américaine, longtemps considérée comme la plus ouvertement raciste contre les Noirs, a élu un Président Noir pour la Première Puissance économique et militaire du monde le 4 novembre 2008. Et un Couple Noir s’est installé à la Maison Blanche des Etats-Unis. Une brèche est alors ouverte dans le mur de séparation entre les Blancs et les Noirs, une existence politique est enfin ouverte à toutes les composantes de la société américaine dans les plus hautes compétitions électorales américaines. Des maires des Grandes Villes des Etats-Unis, des membres du Congrès –la Chambre des Représentants et le Sénat- et maintenant, la course à la Présidence : tout est permis à tous les Citoyens Américains. Bien entendu, les Ultraconservateurs et les Racistes traditionnels continuent de s’enfermer dans la haine contre les Noirs, mais le monde ne les attend pas pour progresser car les Américains ont compris que les enjeux sont d’abord économiques, sur l’emploi et ils sont soucieux de leur place dans la globalisation internationale dans un monde devenu multipolaire. Les Mouvements de contestation n’ont pas manqué de se produire, mais la Démocratie a parlé aux Etats-Unis et nul ne se serait improvisé en censeur des résultats issus des urnes. Les électeurs déçus et les opposants doivent attendre d’autres scrutins pour s’exprimer.

Les élections aux Etats-Unis

Aux dernières élections de mi-mandat (United States miterms elections) de ce premier mardi de novembre 2010 comme le veut la constitution, les électeurs ont donné la majorité de la Chambre des 435 Représentants aux Républicains, alors que le Sénat reste dominé par les Démocrates. Ces résultats n’affectent pas la Présidence des Etats-Unis et personne n’a crié dans la rue « Président, Démission !» comme sur les pavés parisiens à chaque sortie de contestataires… Certes, les deux années qui s’ouvrent seront moins faciles pour le Président Barack Obama, notamment pour poursuivre et consolider ses réformes, et pour élargir son bilan et préparer les prochaines étapes des réformes –pour les Etats-Unis et pour le monde- qu’il présentera pour sa réélection en novembre 2012. Néanmoins, la maturité des électeurs Américains est déjà un patrimoine et un avantage social acquis sur lequel bâtiront les candidats des autres élections pour tous les Citoyens de ce pays. Et vive la Démocratie mûre et le respect de la Diversité aux Etats-Unis.

Les élections au Brésil

Plus au Sud en Amérique Latine, c’est le Brésil qui marque les points. On n’a déjà connu une présidente Michelle Bachelet au Chili, le pays anciennement verrouillé par les généraux autour du dictateur A. Pinochet. Sans vengeance contre d’anciens criminels, sans vindicte populaire contre les anciens collaborateurs de la dictature, la Chili a réussi sa transition démocratique. Et maintenant, place au Brésil, un grand pays de 180 millions d’habitants et 8ème puissance économique mondiale en 2010, -à deux places derrière la France- qui vient de connaître une maturité démocratique. Un ancien syndicaliste de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva cède la pouvoir après deux mandats selon les termes de la constitution. C’est encore une femme de 62 ans, Dilma Rousseff -ancienne ministre dans le gouvernement de son prédécesseur dont elle partage la famille politique-, qui est élue à la Présidence de la République Fédérale du Brésil avec 56% des voix après un score de 46,9% au premier tour. La démocratie brésilienne a mûri, le temps des Généraux est maintenant très loin derrière et les Brésiliens ont sans doute été séduits par les réformes économiques dans ce pays marqué par d’énormes inégalités sociales et qui fournit des efforts dans la redistribution des richesses, la croissance remarquable en temps de crise économique internationale et le développement des infrastructures attribuables à leur nouvelle Présidente Dilma Rousseff. Aux Etats-Unis comme au Brésil, les Présidents actuels partagent une ascendance extérieure à l’Amérique : le père de Barack Obama est un économiste Kenyan alors que le père de Dilma Rousseff est un avocat Bulgare, passé par la France, puis par l’Argentine avant de s’établir définitivement au Brésil. Sous d’autres cieux africains, l’on a connu des constitutions remises en cause et modifiées dans la précipitation lorsque le président élu approchait le terme de son second mandat pour se faire réélire. En Amérique Latine, la démocratie a grandi et les contestations dans les rues comme dans les casernes militaires disparaissent progressivement pour que les Citoyens acceptent les résultats issus des urnes.

Les Réformes économiques et sociales en France

En France, les paradoxes ont toujours caractérisé ce pays. Patrie historique des Droits de l’Homme issus des Edits de pacification de 1598 et de tolérance pour mettre fin à la guerre des religions, puis de la révolution française de 1789, certains Citoyens de la République se demandent encore à quel homme s’adressent ces droits. Il y a des niveaux différents d’accessibilité aux Droits et de reconnaissance des Valeurs selon l’appartenance socioculturelle des Citoyens dans les responsabilités en entreprises, dans l’accession aux responsabilités politiques, dans l’ascension au sein de l’administration publique, dans les représentations internationales, dans l’encadrement de l’armée… les Français ne seraient donc pas tous égaux en droits ! S’agissant de la pratique de la démocratie, ce régime auquel les pays organisés aspirent selon lequel le pouvoir est exercé par la majorité issue des élections libres, sous le contrôle de l’opposition politique avec l’arbitrage du peuple, un quatrième acteur s’est invité dans le paysage politique : les syndicats. En effet, le Président de la République exerce le Pouvoir issu du suffrage universel des Français. Il constitue la tête du Pouvoir Exécutif. Le Parlement est également élu par le peuple (pour l’Assemblée nationale) ou par ses représentants élus (le Sénat) et constitue le Pouvoir Législatif. Ce sont les seuls Pouvoirs démocratiques nationaux du pays. Une autre institution détient une autorité indépendante, c’est l’Autorité judiciaire qui ne détient pas le pouvoir –puisqu’elle n’est pas issue du suffrage électoral des citoyens selon les termes de la démocratie- mais exécute les lois votées par le Parlement au nom du Peuple français. C’est ainsi que, à l’initiative du Pouvoir Exécutif, après concertation avec les corps intermédiaires, les partis politiques de l’opposition et après une large consultation des experts, la Réforme des Retraites a été soumise au Parlement. Celui-ci l’a voté le 27 octobre 2010. Au nom de quelle légitimité démocratique un responsable syndical de Force Ouvrière peut-il se prévaloir et déclarer publiquement, au nom de sa centrale syndicale, qu’il ne reconnaîtra jamais la retraite à 62 ans telle qu’elle est votée par le Parlement ? Au nom de quelle légitimité les syndicats –dont la représentation des salariés est très faible en France- et les contestataires de gauche qui manipulent les Jeunes peuvent-ils « exiger » le retrait d’une loi votée par le Parlement ? La loi ne concerne-t-elle pas « Tous » les Français ? Au nom de « quels intérêts généraux des Français » les cheminots, les gaziers, les pétroliers, les enseignants, les éboueurs, etc. organisent-ils des blocages des services, des transports publics, des grèves… contre la Réforme des retraites de tous les Français ? L’arbitrage du Peuple s’exerce par des élections régulières et non par des grèves intempestives catégorielles. Aussi en France, aux côtés des élus exerçant leur pouvoir ou de l’institution judiciaire à laquelle la Nation a conféré l’autorité « au nom du Peuple Français », des catégories professionnelles quittent régulièrement leur champ d’action économique et sociale et s’invitent dans la contestation politique en s’octroyant des pouvoirs que l’organisation de la démocratie ne leur reconnaît pas. Néanmoins, les problèmes de répartition des revenus et des rémunérations, de régulation de l’emploi, d’égalité professionnelle, de lutte contre les discriminations, des stratégies industrielles des filières… dans des entreprises sont toujours d’actualité pour occuper largement l’action des syndicats. La France ne serait-elle pas mieux gérée si chacun s’occupait efficacement de son champ d’intervention et de responsabilité ! 

Les élections en Guinée Conakry et en Côte d’Ivoire

Et l’Afrique dans les évolutions démocratiques alors ? Il y a eu quelques tests concluants, parfois difficilement, mais positivement in fine. Deux pays retiennent l’attention : la Guinée Conakry et la Côte d’Ivoire. En Guinée Conakry, après des péripéties consécutives au coup d’Etat, suivi d’une tentative d’assassinat du putschiste, les élections présidentielles ont connu de nombreux reports à cause de violents affrontements ethniques. Le second tour de la présidentielle en Guinée, a opposé dimanche 7 novembre 2010 l'ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, soutenu plutôt par les Peuls, à l'opposant de toujours Alpha Condé, populaire parmi les Malinkés. A l'issue du premier tour le 27 juin, Cellou Dalein Diallo avait obtenu 40% des suffrages, tandis qu'Alpha Condé avait été crédité d'un peu plus de 20%. Le général exerçant l’intérim du pouvoir n’est pas dans la course présidentielle. En cela, c’est déjà un progrès démocratique malgré un intervalle de plus de quatre mois entre les deux tours de cette élection suivie avec intérêt par les Africains et l’Europe. A l'issue des élections du 2ème tour,  les contestations, les recours et les contrôles ont été minutieusement traités. Et c'est Alpha Condé qui a été démocratiquement élu Président de la République de Guinée. Son adversaire Cellou Dalein Diallo a bien accepté dignement sa défaite et a félicité le Président élu. Il reste à consolider durablement la Paix et la Démocratie pour longtemps en Guinée, faire cohabiter fraternellement les différentes ethnies, reconnaître les mérites et les compétences de tous les Guinéens en les incluant dans le Gouvernement d'Union nationale, dans l'ensemble des organes de gestion et des organisations économiques du pays.

 Enfin, la Côté d’ivoire est un chantier très important de test de la maturité démocratique sur le continent africain. Elu en 2000 contre le général Robert Guéi arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’Etat contre Henri Konan Bédié, successeur de Félix Houphouët Boigny, le Président  Laurent Gbagbo aura connu une présidence plus que chaotique de l’histoire de ce pays. Après une tentative de coup d’Etat manqué en 2002, le pays traverse une longue période de guerre civile, conférant ainsi un mandat « gratuit » à Laurent Gbagbo après de nombreux reports de l’élection présidentielle pour cause de guerre civile. Une évolution dans un ciel très chargé marque une nouvelle étape démocratique : le premier tour de l’élection présidentielle s’est relativement bien déroulé le 31 octobre 2010 à l’issu duquel Laurent Gbagbo (65 ans) sort en tête avec 38% des voix contre son adversaire et son ennemi Alassane Drahmane Ouattara (68 ans) avec 32%. Quant à Henri Konan Bédié (70 ans) ancien successeur de Félix Houphouët Boigny s’adjuge d’un modeste score de 25%. Mais les enjeux demeurent ailleurs. En 2000, ces deux rivaux de Laurent Gbagbo avaient été écartés de l’élection présidentielle par la Cour Suprême et notamment Alassane Drahmane Ouattara avait écarté pour « nationalité douteuse » en pleine montée en puissance de l’ « ivoirité » comme condition et qualité de citoyen en Côte d’Ivoire. Par ailleurs, déjà Premier ministre de Houphouët Boigny, Alassane D. Ouattara avait obtenu l’arrestation et l’incarcération de Laurent Gbagbo le 18 février 1992 pour deux ans, suite à des manifestations d’étudiants organisées par les partisans de Laurent Gbagbo après son retour d’exil en France de 1985 à 1988. Laurent Gbagbo partage son passage en prison avec la nouvelle Présidente du Brésil, condamnée en 1970 à six ans de prison mais libérée en 1972 après avoir résisté aux tortures dans les geôles militaires brésiliennes. Laurent Gbagbo lui est libéré au bout de 6 mois de prison mais garde une rancœur contre son ancien geôlier et actuel adversaire du second tour de l’élection présidentielle. Il convient de rappeler que derrière l’enjeu du deuxième tour de l’élection présidentielle du 21 novembre 2010 en Côte d’Ivoire se profile les violences à caractère tribal et religieux. Alassane D. Ouattara est soutenu par les ivoiriens du Nord, majoritairement musulmans, auxquels le Président du Sénégal Abdoulaye Wade vient de donner sa caution qui sera interprétée comme un soutien à caractère religieux. La question de la « nationalité douteuse » d’Alassane D. Ouattara –qui serait Burkina bé- a été soulevée pendant la campagne des partisans de Laurent Gbagbo. Ces deux hommes ont toutes les raisons de se haïr mutuellement. Tout l’enjeu des résultats du scrutin du 28 novembre 2010 est de maintenir la paix en Côte d’Ivoire quel que soit le gagnant du second tour. Cependant, quel que soit l’élu, il faudra qu’il se plie à un seul et unique mandat 2010-2015 pour enfin passer le témoin aux jeunes générations et oublier la décennie 2000-2010 marquée par la haine interethnique, les violences, des rivalités religieuses et la guerre civile. Le deuxième tour de l’élection présidentielle en Côte d’ivoire sera un véritable test de la maturité démocratique en Afrique entre ces deux opposants armés, entre ces deux vrais ennemis. A la différence de la Guinée, la compétition s'exerce entre un Président en exercice, Laurent Gbagbo et un ancien Premier ministre connu dans les milieux internationaux. Les clivages les plus importants en Côte d'Ivoire sont régionaux (entre le Nord sous domination des Rebelles des Forces Nouvelles et le Sud dominé par l'Armée loyaliste) et accessoirement religieux.

Accepter le verdict des urnes et ne plus recourir aux armes pour revendiquer la victoire électorale ou aux blocages de l’économie et de la liberté de travail pour contester le vote des lois par le Parlement élu sera le gage de la maturité démocratique dans le monde. L'Afrique et l'Europe deviennent un véritable laboratoire mondial.

par Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de "La Nouvelle Dynamique Politique en France".

Publié dans emmankunz

Commenter cet article

Simon 18/11/2010 19:29



excellente analyse, notamment sur les enjeux électoraux dans l'enracinement de la démocratie en Afrique. merci.



Simon-Pierre 12/11/2010 10:05



Texte intéressant pour d'autres élections en préparation en Afrique et dans d'autres pays où la démocratie n'a pas encore pris racine.


Merci pour ces réflexions très constructives.


Amitiés.



Sceptique 10/11/2010 06:24



J'ai beaucoup apprécié votre revue générale de la vie démocratique dans les pays où elle s'exerce pleinement, et dans ceux où elle balbutie encore, et doit parfois céder devant la force.


Il faut reconnaître la difficulté de l'entreprise démocratique: en faire sortir un pouvoir capable d'agir dans l'intérêt général, pour le bien de tout le monde, non pas addition d'individus, mais
ensemble se reconnaissant une identité commune.


Tout naturellement, la liberté, corrélative de la démocratie, pousse les individus, éventuellement regroupés en communautés d'intérêt, religieuses, ou ethniques, à faire valoir leur intérêt
particulier, ou à juger l'action de leur état à l'aune de leur intérêt particulier ou catégoriel.


Au final, seule la force des institutions, comme la Vème République en France, ou celle du Royaume Uni, ou des États Unis, permettent que le pays ne soit pas continuellement en panne. 


En ce qui concerne spécifiquement l'Afrique, il me semble que les cicatrices de la colonisation par les nations européennes, qui ont découpé le continent en fonction de leur force et de leur
arrivée, sans se préoccuper des peuples pris dans leur nasse, pèse encore très lourd dans la vie des nations qui sont nées de ce découpage. Les leaders indépendantistes qui ont conquis
l'indépendance la concevaient pour l'ensemble artificiel dont ils héritaient, mais se sont heurtés rapidement à la réalité des entités ethniques ou religieuses. Ils ont pu eux-mêmes tomber dans
la facilité du népotisme, par confiance dans la fidélité de leurs proches. Collectivement, ils ont eu la sagesse de convenir entre eux de ne pas toucher aux "frontières" héritées de la
colonisation, mais à l'intérieur, les forces centrifuges s'éveillaient, certaines entités s'estimant lésées, et d'autres estimant que le pouvoir leur revenait au mérite. Il y aura peut-être,
finalement, des solutions séparatistes à certains conflits chroniques, comme les Balkans viennent d'en vivre, mais, majoritairement, de vraies nationalités semblent se constituer.