France : Minorité Visible - Diversité Invisible

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

Commemoration-du-18-juin-2010-3.jpg

par Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de LA NOUVELLE DYNAMIQUE POLITIQUE EN FRANCE, Editions L'Harmattan.

 

La France entre en effervescence depuis fin janvier 2010 dans le cadre des élections régionales des 14 et 21 mars 2010. C'est le moment de s'interroger sur les politiques des Etats-majors des partis installés dans la promotion des minorités visibles et la volonté de les inscrire dans la Diversité visible. Après le Conseil National de l'UMP -premier parti de France- du 30 janvier à l'Equinoxe à Paris, c'était le tour de son concurrent  direct, le Parti Socialiste, le 31 janvier à la Mutualité, toujours à Paris, d'investir leurs listes des candidats aux élections régionales, département par département.

Force est de constater que le Parti Socialiste et le Modem ont fourni des efforts en Ile-de-France en investissant de nouveaux visages originaires des régions du soleil d'Afrique sub-saharienne. L'UMP qui se contente de ressortir le seul même visage du Gouvernement, Rama Yade dans les Hauts-de-Seine, et qui ne l'a pas enrichi avec d'autres talents de la Diversité, paraît fait figure de résistance aux changements. Certes, le Gouvernement de Nicolas Sarkozy et François Fillon affiche toujours les plus grands records historiques de la République dans la Diversification des membres du Gouvernement, des origines historiques  récentes de l'Afrique Noire, des Antilles et du Maghreb. Il faudra confirmer cette volonté politique en  poursuivant cette diversification dans la légitimité électorale des Français en proposant une ouverture des listes à tous les Français, y compris à ceux de la Diversité active qui souhaitent servir la France dans des institutions électives. L'occasion nous est alors donnée par les  élections régionales. Cependant, en dehors de quelques cas isolés ici ou là,  l'ouverture peine à s'afficher à des positions éligibles. Devrait-on dire que "plus la France se réforme, plus elle résiste à se transformer ?". Faut-il être Socialiste ou militer à gauche pour être enfin visible quand on est Français Noir ou d'origine Maghrébine ? Faut-il résider dans les grandes métropoles francilien, rhone-alpin ou de PACA pour exister à gauche comme à droite ? Non car la Diversité française n'est pas qu'en Ile-de-France, dans les seuls départements des Hauts-de-Seine, du Val-d'Oise ou de la Seine-Saint-Denis. La France est multicolore dans toutes ses régions, dans tous ses départements de la Métropole en dehors de la légitimité historique des Départements et Territoires d'Outre-Mer. Mais alors, pourquoi cette France de nos quartiers, de nos communes, de nos cantons et de nos circonscriptions n'apparaît plus sur les listes des élections régionales dès lors qu'il s'agit du partage des responsabilités de la gestion de nos territoires ? Pourquoi la "France politique" des élus et des responsables économiques et sociaux s'obstine avec force à refuser de ressembler à la "France démographique" ? Faut-il le répéter aussi souvent qu'il le faudra : Liberté-Egalité-Fraternité, c'est la devise de la République française. Elle donne des perspectives à la Nation, des aspirations aux Citoyens, des valeurs républicaines à partager, un espace d'épanouissement dans la paix pour tous. La solidarité est notre valeur morale, qui s'inscrit dans le partage des acquis, et un devoir de construction d'une société humaine, respectueuse de la vie de chacun de nos concitoyens. Ainsi, au moment où s'ouvrent les débats sur la réforme des retraites, la solidarité se rappelle à nous tous pour nous imposer le régime de répartitions dans lequel les actifs d'aujourd'hui paient les pensions des retraites de nos aînés d'aujourd'hui, un lien inter-générationnel qui assure la continuité et la transmission des valeurs sociales de la France. C'est le socle même de notre cohésion sociale  nationale en cette période de crise économique et financière majeure où de nombreuses capitalisations ont explosé avec l'éclatement des bulles spéculatives boursières. L'Humanisme est une autre grande valeur de la République. Autant la Solidarité constitue un ciment de la cohésion  nationale et se retrouve dans des élans de générosité à l'occasion des catastrophes qui frappent dans le monde, autant l'Humanisme est notre philosophie d'entraide universelle, de reconnaissance des valeurs de la dignité et des droits de l'Homme où qu'il se trouve sur terrre. Il s'inscrit dans la déclaration universelle de l'Homme et du Citoyen d'août 1789 et qui est devenu le socle du lien entre les peuples. Quant à la Diversité, ce n'est pas une valeur, ce n'est pas de la morale, ce n'est pas une aspiration des citoyens, ce n'est pas une philosophie, ce n'est pas une perspective : c'est une réalité démographique. La diversité est entrée définitivement dans notre paysage social. Elle est réalité quotidienne sur l'ensemble de nos territoires. Les Français de la Diversité sont des Français à part entière.

Cependant, ce sont ceux-là même qui accèdent difficilement à l'emploi, qui sont majoritairement hébergés dans les logements insalubres désertés par les Français "historiques", ceux-là qui exercent au même échelon avec de très maigres rémunérations après des décennies d'écrasement au travail quand ils sont parvenus à en avoir un, ceux-là qui devraient se sentir représentés dans tous les espaces économiques et politiques. Mais alors qu'ils sont nombreux -plus de 15% de la population française-, combien accéderont à une vice-présidence d'un Conseil Régional au lendemain du 21 mars 2010? Mais comme dirait Lapalisse, encore faudrait-il qu'ils figurent sur les listes à des positions éligibles ! Et à ce niveau, même si la Gauche marque les points sur la Droite où les Noirs n'ont pas encore trouvé leur place, la France est à plusieurs siècles derrière les Etats-Unis d'Amérique, le Canada et le Royaume-Uni. Cependant, en Politique comme dans la vie économique et sociale,  les Français de la Diversité ne réclament jamais les quotas : jamais une fonction ou une compétence n'est assurée par le respect des quotas. La responsabilité en France du 21ème siècle se conquiert par le travail, le mérite et la performance. Il ne doit donc pas y avoir d'emplois, de postes ou de places réservés à la minorité pour faire bonne figure.  Les plus compétents et méritants doivent être reconnus pour leur valeur  contributive à la Collectivité Nationale comme tout autre Français. Mais où sont donc passés ces talents sur nos listes électorales? Ne nous étonnons donc plus que les talents issus de l'immigration préfèrent rejoindre ces pays où leur valeur est reconnue et récompensée, car de vrais talents qualifiés  et détenteurs de compétences de haut niveau, la Diversité en dispose.  Les désespérés  de la société française fermée quittent le territoire pour mieux s'exprimer outre-atlantique  et outre-manche. Cela nous convainc alors que la "Diversité Républicaine" chantée en France par ceux qui s'en servent pour se maintenir à leurs postes n'a strictement aucun sens, puisque la Diversité réussit mieux au Canada, aux Etats-Unis d'Amérique et dans les monarchies européennes.  Néanmoins, les autres Français de la Diversité attachés à la France y restent avec l'espoir d'être un jour reconnus mais en vain. Ils deviennent victimes des dérapages verbaux quotidiens dégradants sur leurs noms,  leur couleur de peau, leur pratique religieuse présumée, leurs performances sportives... Ils ont donc raison d'exprimer leur colère, une fois de plus après l'éclatante victoire de Barack Obama à l'élection présidentielle aux Etats-Unis, dans une France qui ne les comprend plus. Après des années de lutte, la minorité est devenue Visible malgré une France qui continue de détourner le regard quand elle la rencontre... Il lui reste encore d'autres décennies de lutte pour que cette minorité devenue la composante de la Diversité soit reconnue pour faire partie intégrante du paysage politique et économique de la France. Ce élections régionales des 14 et 21 mars 2010 sont déjà un rendez-vous historique manqué de la rencontre de la France avec sa Diversité.

Publié dans emmankunz

Commenter cet article

Sceptique 20/12/2010 14:04



C'est une bonne idée d'avoir remis au premier rang ce texte écrit au premier trimestre de cette année, à l'occasion des élections régionales. À mon avis, ce ne sont pas les instances dirigeantes
des partis qui sont responsables des blocages que vous dénoncez, mais les élus locaux qui ne sont pas prêts à s'effacer. Il semble aussi que les électeurs de la diversité ne sont pas tous prêts à
accorder leur préférence à un candidat issu de leurs rangs. J'ai pu l'observer à Amiens, avec le score, très honorable, mais insuffisant, de notre amie Hédia Nasraoui, très compétente et très
dévouée à notre cause. Son sexe n'a peut-être pas été étranger à son échec. Il me semble que les élus de la diversité bénéficient parfois du scrutin proportionnel, mais plus difficilement du
scrutin uninominal. Or le scrutin proportionnel a d'autres inconvénients, qui font qu'il est combattu par notre parti gaulliste, à bon droit.


Actuellement, je vois de nombreux membres de la diversité réussir dans la médecine, le journalisme, l'informatique, les affaires. Il finira bien par s'en dégager des personnalités
"incontournables", qui prendront pied dans la vie politique. Bien que son exemple ne soit pas "parfait", la réussite de Barack Obama, malgré l'ingratitude des électeurs, est encore très
conséquente.