COMPRENDRE LES ENJEUX DE LA REFORME DES RETRAITES EN FRANCE. EN FINIR AVEC LES GREVES IDEOLOGIQUES QUI DETRUISENT L’ECONOMIE

Publié le par Nouvelle Dynamique

La Situation de la France dans le Monde et son Evolution

retraites.jpgDans la compétition mondiale de l’économie où le rythme et la pression sont imprimés par les pays émergents de plus en plus puissants : Chine, Inde, Brésil, Mexique, etc. et les pays à forte croissance en Asie, en Amérique Latine et en Afrique, la faible croissance économique en France en fait un challenger moyen. Avec 1% de la population mondiale et moins de 3% du PIB mondial, la France est descendue au rang de la 6ème puissance économique mondiale en 2010, loin derrière les Etats-Unis, le Japon, la Chine, l’Allemagne et presque à égalité avec le Royaume-Uni. Déjà en 2008, le Produit Intérieur Brut s’élevait à 2.097 milliards de dollars. Mais en parité de pouvoir d’achat, la France descend au 9ème rang mondial et au 38ème rang en considérant le Produit Intérieur Brut en parité de pouvoir d’achat par habitant, avec 32.700 dollars par habitant. En 1980, la France était l’un des pays les plus riches au monde : le PIB par habitant était au 6ème  rang mondial, derrière les États-Unis, la Suisse, le Luxembourg, l’Islande et le Canada. Elle dépassait certains rivaux économiques comme l'Allemagne, le Japon et le Royaume-Uni, situés aux 16e, 17e et 18e places de ce classement économique mondial. Le niveau de vie dans les pays scandinaves était également en deçà du niveau français. Les années 1980 sonnent les débuts d’un relatif déclin économique. En 1994, le PIB par habitant des Français atteint le 13e rang mondial. En 2004, le PIB par habitant en France se classe au 16e ou 17e rang mondial.

Comme de nombreuses économies industrialisées historiques, la France traverse une crise avec une récession en 2009. La fragilité structurelle de l’économie française vient du déséquilibre entre l’économie industrielle (21% du PIB) et l’économie des services (77% du PIB), malgré le niveau historiquement faible de l’inflation à 0,4% en 2009. La population active productive diminue chaque année en raison du vieillissement de la population conjuguée avec le chômage (9,9% de taux de chômage au 1er trimestre 2010 et estimé à 9,2% à la fin de 2010, à moins que les grèves à répétition -une marque de fabrique française- ne se soldent par une importante contraction de l'activité économique et donc des licenciements dans des entreprises). Une autre fragilité économique tient au déséquilibre permanent dans le commerce extérieur. Ce déficit est progressif depuis 2002. Dans le commerce extérieur des biens produits, le déficit était de 5,1 milliards d’euros en 2004, puis de 21,6 milliards en 2005, puis de  26,6 milliards d'euros en 2006, puis de 38,4 milliards d’euros en 2007, puis de 55,1 milliards en 2008 et enfin de 43 milliards en 2008.

 Une troisième fragilité vient de la gestion publique depuis des dizaines d’années mais dont les déficits ont été aggravés par la crise depuis 2008. La dette publique est ainsi passée de 75,8% du PIB en 2009 à plus de 83% en 2010, -environ 1692 milliards d’euros-, sous les effets conjugués des dépenses d’investissement pour amortir la crise en vue de maintenir l’activité économique et des emplois, du financement des plans de relance pour préparer activement la sortie de crise et de la faible croissance du PIB. Et pour faire face à cette crise, les dépenses publiques ont atteint 1506 milliards de dollars en 2008 alors que les recettes n’ont atteint que 1407 milliards, soit un déficit budgétaire de près de 100 milliards de dollars.  Déjà en juin 2005, le ministre de l’économie Thierry Breton avait alerté l’opinion sur deux indicateurs. Le premier indicateur est l’augmentation forte de la dette publique française qui dépassait 60 % du PIB, et dont la charge financière était équivalente aux recettes de l’impôt sur le revenu. Le second indicateur est le taux d’activité des Français plus faible que celui des pays équivalents, en raison de plusieurs facteurs : l’entrée tardive des jeunes dans la vie active (22 ans et demi en moyenne), la diminution de l’âge effectif de la retraite (57 ans), le faible taux d'emploi de la population en âge de travailler. Depuis 2007, le Président Nicolas Sarkozy et le Gouvernement de François Fillon se sont employés à réformer le pays pour faire face à l’ensemble de ces fragilités de la France. La France, comme nombre de pays, a été affectée par la crise économique mondiale. Toutefois, la France a mieux résisté à cette crise que les autres pays industrialisés : le PIB s’est par exemple contracté en moyenne de 4 % dans la zone euro en 2009, contre seulement 2,2 % pour la France. Les détracteurs de la politique économique et des réformes menées par le Président Nicolas Sarkozy et le Gouvernement de François Fillon devraient ouvrir les yeux et l'esprit pour voir ce qui se passe dans les autres pays indistrialisés comparables, avant d'organiser "des descentes idéologiques sur le fond démagogique".

 

L'Indispensable Réforme pour sauver le Système de Solidarité entre les générations et le Régime de Retraites par Répartition

C’est dans ce contexte de profonde crise et d'importants déficits publics que le Gouvernement propose une réforme des retraites pour adapter la France à l’évolution démographique et à l’évolution des compétitions internationales, tout en s’attaquant aux fragilités structurelles indiquées dans cet article. L’âge de la retraite est fixé à 60 ans depuis 1982, mais il s’échelonne de 50 ans pour certaines catégories de fonctionnaires à 60 ans pour la majorité des salariés du secteur privé. Cependant, les pensions de retraite à taux plein étant liquidées après 41,5 annuités ou à 65 ans, de nombreux salariés dépassent l’âge de 60 ans pour pouvoir prétendre à une retraite suffisante pour vivre. Ainsi, dans la fonction publique, l’âge moyen de départ à la retraite est de 57 ans alors qu’il est déjà de 62 ans dans le secteur privé, sachant que le calcul de la pension porte sur 75% de la moyenne du salaire des 6 derniers mois sans les primes, alors qu’il ne retient que 50% de la moyenne des salaires des 25 meilleures années auxquels s’ajoute la retraite complémentaire pour les salariés du secteur privé. Les pensions de retraite pouvant être faibles et réduisant considérablement le pouvoir d’achat, ceux qui le peuvent et le souhaitent peuvent se maintenir dans l’emploi jusqu’à 70 ans, âge auquel tout salarié en mis à la retraite d’office en France.

Les évolutions démographiques de l’espérance de vie à 60 ans contribuent au déséquilibre financier de la caisse des retraites. Alors qu’elle était de 16 ans pour les hommes et 20 ans pour les femmes en 1960, l’espérance de vie est passée respectivement à 17 ans et 22 ans en 1980, puis de 20 ans et 26 ans en 2000. Elle est estimée à 23 ans et 28 ans en 2020 puis à 26 ans et 30 ans en 2050. La société devrait donc être prête à payer la retraite des hommes pendant 23 ans en moyenne pour les hommes et 28 ans en moyenne pour les femmes. Et si la retraite est très faible, les bénéficiaires doivent s’en contenter pendant cette période. Cependant, déjà en 2010, 18 cotisants payent les pensions de 10 retraités avec un déficit de 30 milliards d’euros ; ils seront 15 en 2020 devant un déficit de 45 milliards et ne seraient plus que 12 en 2050 avec un déficit croissant à environ de 75 à 100 milliards. Les revenus moyens des Français étant faibles, 18 cotisants ne peuvent déjà plus couvrir décemment la pension de 10 retraités en 2010 : donc un retraité sur les 10 est payé par la dette publique et si aucune réforme n’est engagée, ce serait 4 retraités payés par la dette publique en 2020 ! Par ailleurs, la dette publique déjà très élevée à 1592 milliards en 2010, soit 83% du PIB, doit être réduite et ramenée à un objectif de 60% du PIB. La solution n’est donc plus au paiement des retraites par la dette publique. Le relèvement de l'âge de départ à la retraite de 60 ans à 62 ans et de la translation de 65 ans à 67 ans pour recevoir la pension de retraite à taux plein n'apparaît donc qu'un accompagnement naturel de cette évolution de l'espérance de vie. Tous les pays industrialisés de structures économique et démographique comparables ont déjà porté l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Cependant en France, tous les salariés ayant commencé à travailler avant 18 ans et qui auront totalisé 43,5 annuités avant 62 ans continueront à partir à la retraite avec leur pension à taux plein : c'est l'exception accordée aux carrières longues. Le législateur donne ensuite la possibilité à ceux qui ont commencé à travailler tard dans la vie (études longues, chômage, mouvements internationaux, événements de la vie...) ou qui auront connu des accidents de parcours dans la vie professionnelle active, de pouvoir recevoir la pension de retraite à taux plein à partir de 67 ans quelle que soit la durée travaillée. Une mesure de solidarité nationale et de cohésion sociale pour des millions de personnes qui ne pourront jamais totaliser 42 annuités de travail à 65 ans, puisqu'aujourd'hui l'âge moyen d'entrée dans la vie professionnelle est de 23 ans et que nul n'est à l'abri du chômage dans le secteur privé dont les activités sont soumises à la rude concurrence internationale. Il convient de souligner avec insistance que tous les autres grands pays industrialisés et présentant les structures économiques et démographiques comparables à la France ont déjà porté l'âge de la retraite à 65 ans et prépare déjà les réformes pour le porter ultérieurement à 67ans ou 68 ans comme en Allemagne et au Royaume-Uni. Pour une légère augementation du report de l'âge de la retraite à 62 ans, les syndicalistes et les militants d'extrême-gauche parviennent à "manipuler jusqu'à nos jeunes enfants" pour organiser la paralysie économique du pays. Ils précipitent aveuglement le déclin économique de la France. Et quand il n'y aura plus d'activité économique en France, il y aura de moins en moins d'emploi productif, et donc de moins en moins de cotisations -alors qu'il y aura de plus en plus de retraités- et donc de moins en moins d'argent pour payer les retraites par répartition et donc encore un accroissement de pauvreté et de misère. Et ce sera le déclin

Par ailleurs, contrairement aux idées reçues et défendues par la gauche, l'augmentation de l'impôt sur le revenu n'est nullement adaptée aux financement des pensions des retraites puisque la recette de l'impôt sur le revenu, par nature, n'est pas pré-affectée. Le contribuable ne demande pas à l'Etat d'affecter sa part de l'impôt à telle ou telle utilisation publique, contrairement aux cotisations de retraite qui sont perçues et affectées à cet effet exclusif. Une part contributive pour le financement des retraites ne peut donc que provenir de la taxe sur le capital alors que l'essentiel provient des cotisations liées à l'activité, et donc à la croissance économique et à l'emploi, puisque ce sont les actifs d'aujourd'hui qui paient les pensions des retraités d'aujourd'hui. C'est cela le principe de la retraite par répartition.

La France accumule déjà plusieurs déficits à combler comme cela a été indiqué dans cet article : déficits publics liés aux déséquilibres budgétaires, remboursement de la dette publique, remboursement des déficits de la sécurité sociale, prise en charge des personnes âgées dépendantes dont le nombre de bénéficiaires s’accroît au fur et à mesure de l’accroissement de l’espérance de vie quand on sait que 25% des Français auront plus de 65 ans en 2020. Enfin, lorsque l’on sait que, selon le rapport de la commission des comptes de la sécurité sociale en octobre 2009, le montant des cotisations versées par 25,7 millions de cotisants en 2008 s’élève à 175,8 milliards pour le régime de base, et répartis à 22,5 millions de bénéficiaires (dont 15,5 millions de retraités auxquels s’ajoutent les actifs percevant les pensions de réversion), on approche l’équilibre entre les cotisants et les bénéficiaires des pensions de retraite. Ce ne sont pas les quelques 40 milliards d’ARRCO, 20,5 milliards d’AGIRC et 1,7 milliard d’IRCANTEC pour les retraites complémentaires qui modifient aujourd’hui significativement cet équilibre. L’on voit alors clairement que sans réforme en profondeur, le système de retraite par répartition atteindrait déjà rapidement ses limites.  Ainsi donc, organiser une grève pour s’opposer à la réforme et notamment au relèvement de l’âge légal de la retraite à 62 ans, un sorte de régularisation pour la moyenne des salariés du secteur privé qui partent déjà à la retraite à cet âge, relève de l’irresponsabilité, de la manipulation des salariés et de l’idéologie au profit de la gauche qui n’a jamais voulu s’attaquer à ce gros dossier. Pire encore, si en 1982, le pouvoir socialiste avait baissé l’âge de la retraite à 62 ans et non à 60 ans, l’on aurait pu constituer un léger excédent dans la caisse de retraite au cours des années de forte croissance pour relever les pensions des plus faibles retraites aujourd’hui. De même, avant d’aller au défilé, les salariés devraient savoir comment leurs cotisations de l’année 2008 se sont réparties : 54,8%  des bénéficiaires sont des salariés du secteur privé et n’ont perçu que 48,6% des versements  du régime général pendant que 68,1% des cotisants du régime général proviennent du secteur privé. Dans le même temps, il convient de rappeler que 17,2% des cotisants proviennent de la fonction publique (nationale, territoriale et hospitalière). Les bénéficiaires du secteur public représentent 12,1% de l’ensemble et ont perçu 31,2% des versements de retraite en 2008. L’un des objectifs de la réforme est donc également de faire converger, pour des raisons d’équité, de solidarité et de cohésion nationale, les régimes privé et public des retraites par répartition.

 

Eviter la prise d'otage des Services Publics et la manipulation des Jeunes

Enfin, il est scandaleux que les syndicats et les manipulateurs de gauche prennent en otage les investissements publics et le patrimoine des Français pour s’en servir comme monnaie d'échange et le bloquer pour revendiquer le retrait de la réforme des retraites, mise en œuvre par les élus de la Nation, dans un régime démocratique transparent. De quelle légitimité des syndicats de la SNCF, de l’EDF, de la RATP, des Etablissements d'enseignement, des Hôpitaux et de toutes les entreprises publiques, patrimoine de tous les Français, peuvent-ils se prévaloir pour les bloquer sans consulter tous les Français qui en sont propriétaires au nom de la grève contre la réforme des retraites voulue par les représentants élus de la Nation et soutenue par une partie d’autres Français ! Il ne s'agit pas de revendications et de négociations entre les salariés et leur employeur, dans leur entreprise ou dans leur secteur d'activité. Il ne s’agit pas d’une revendication catégorielle ou au sein de l’entreprise pour des questions de gestion interne en rapport avec leur travail, mais d’une question de choix politiques de la Nation par les élus et pour l'avenir du pays. Les Français n’ont pas mandaté les syndicats pour bloquer leurs moyens de transports, d’approvisionnement de gaz, de pétrole et d’électricité, de santé publique, etc.… contre les lois votées leur Parlement en leur nom en vue de prévenir contre l’éventuelle baisse de leurs pensions de retraite ! Un phénomène très français également : quelle est la logique qui pousserait les jeunes lycéens, entre 15 ans et 18 ans, à s'engager dans les manifestations contre la réforme des retraites qui ne les concernera qu'à partir de 2054 ??? Aujourd'hui, un jeune Français de 20 ans qui démarre l'activité et les cotisations de retraite, il pourra travailler jusqu'à 62 pour toucher sa retraite à taux plein ; en Allemagne, il devrait attendre jusqu'à 68 ans pour avoir la même retraite !  La situation économique et sociale en France et l'environnement international auront sûrement changé à cet horizon... Tout notre souhait est que ces jeunes lycéens et étudiants réussissent leurs études pour acquérir de solides savoir et savoir-faire afin d'être compétitifs sur le marché international de l'emploi et de la création de la valeur pour la France. De nombreux manipulateurs, par idéologie ou par intérêts particuliers personnels ou politiques électoralistes en vue des prochaines élections présidentielle et législatives de 2012, et d'autres par ignorance, voudraient appeler à des grèves reconductibles pour paralyser l'économie d'un pays déjà très fragile. Ils se servent des enfants et des Jeunes scolaires pour grossir les foules en vue de défendre leurs intérpêts particuliers ou exprimer leur malaise sur des thématiques n'ayant aucun rapport avec la Réforme des Retraites. Que se passerait-il si la France tombait en faillite, dépassée par de nombreux pays émergents déjà entrés en compétition avec les pays industrialisés historiques, et que le chômage montait à plus de 15% ? Il y'aurait une faillite du systéme de retraite par répartition pour défaut de cotisants et la pauvreté envahiraient la majorité des Français. Attention aux dangereux manipulateurs : toutes les entreprises publiques et privées sont Mortelles !!!!  Et leur mortalité est aujourd'hui accélérée par la compétition internationale. Enfin, faudrait-il rappeler que le pouvoir est toujours issu des urnes au terme d’un processus électoral et non du bruit des bottes dans la rue et de la violence des blocages du patrimoine national par une partie de salariés, s’agissant d’une réforme intéressant tous les Français pour l'intérêt général de la Nation.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de « La Nouvelle Dynamique Politique en France », Editions L’Harmattan.

Publié dans emmankunz

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