LAICITE:UNE REFERENCE CONSTITUTIONNELLE ET UNE EXIGENCE DU MIEUX VIVRE ENSEMBLE POUR TOUS

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

LA  LAICITE : UNE REFERENCE CONSTITUTIONNELLE ET UNE EXIGENCE DU MIEUX VIVRE ENSEMBLE POUR TOUS

 

Il est des valeurs que nous ne devrions même plus discuter, tellement elles font partie de la culture politique et sociale nationale. La laïcité est tout aussi limpide que l’éducation nationale ou la santé publique. Elle appartient à tous et s’impose à tous. Certes, en 1905, la séparation de l’Eglise de l’Etat corrigeait la prédominance de l’Eglise Catholique dans toutes les instances politiques, économiques et sociales dans le pays aux dépens des Eglises Protestantes qui avaient connu des massacres et des périodes sombres de leur histoire, depuis le lancement de la réforme de l’Eglise par Martin Luther en 1517, puis reprise par Jean Calvin, jusqu’à la Révolution Française en 1789, en passant par les "temps du désert" et toutes les cruautés que l'Eglise Catholique dominante infligeait aux "protestants" en France. Mais la Loi de 1905 offrait un cadre juridique pour toutes les religions qui venaient à s’installer en France ou qui y étaient déjà présentes comme le Judaïsme.

 

 La Charte sur la Laïcité n’aurait pas dû avoir lieu puisque l’Article 1er de la Constitution déclare : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. […] ». Doit-on construire des Chartes pour expliquer tous les articles de la Constitution ? Non, bien sûr. Et pourquoi certaines religions continuent de poser des problèmes du vivre ensemble dans la République alors que les lois sont claires et doivent s’imposer naturellement à tous ?

  2°) Une intégration mal expliquée, mal réussie et donc mal vécue.  La confusion entre « Arabe = Musulman » a fait tort aux arabes. De même que « Africain de l’Ouest = Musulman » fait les mêmes ravages. Et comme le « français » de la rue ne les comprend pas, il s’en est écarté. Et les pouvoirs publics les ont laissés de côté pour qu’ils trouvent eux-mêmes leur chemin d’intégration. Et le tunnel a été très long ! Abandonnés à leur sort, les immigrés « musulmans » ont construit leurs « territoires » culturels. Ils se sont « communautarisés », entraînant dans leurs dérives l’imaginaire même de l’immigré. Quand on est refusé à tous les emplois, on se le crée avec les moyens que l’on a. Ainsi les banlieues ont édifié une partie de leur économie dans le souterrain des lois de la République, jusqu’à imposer leurs propres codes. L’indifférence a créé des ghettos et une part importante de la population vit hors des lois, des us et coutumes de la France. Qu’avons-nous fait pendant toutes ces années, depuis la ghettoïsation des années 60 ? Rien ou presque rien. Les parents ne savent toujours pas ce qu’est « la République Française » puisqu’on ne la leur a pas expliquée. Les enfants étudient dans l'espoir de conquérir leur place dans la Société française. Mais, ils ne trouvent pas de travail, puis s’enferment dans l’échec, puis se laissent manipuler par les gourous. Les jeunes « perdent des repères », eux qui ne connaissent pas les pays de leurs parents, mais  ne sont pas accueillis dans le circuit économique français, et développent de la violence contre la société qui les rejette. Quand il n’y a plus d’exemplarité, les ressorts de la motivation et de l’ambition se cassent très vite. Aucun être humain ne peut accepter que comme avenir, jouer dans le bac à sable devant son immeuble dans la Cité HLM complètement abandonnée sur le tracé de la route de l’économie. On ne peut pas indéfiniment vivre dans la négociation pour la dignité humaine ! Rejetés hors de la France économique et sociale, les enfants de parents issus de l'immigration se rappelleront toujours à la Société sous des formes de moins en moins paisibles.

  3°) Tout n’est pas perdu, tant qu’il y a la volonté de vivre ensemble.  La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Il convient de former les « populations immigrées », spécialement issues des pays musulmans, sur les lois, les droits et les devoirs de la République (la pratique religieuse à l’écart des espaces publics, le respect des institutions et de leur fonctionnement, l’abandon de la polygamie, l'éradication des excisions, l’égalité homme-femme, la lutte contre les ségrégations de toutes natures, etc…). Si l‘immigré ne se sent pas la volonté de respecter les lois communes, dont la laïcité, il a le choix d’aller vivre dans un autre pays qui accepte ses vues. Mais en contrepartie, « tout français » issu de l’immigration devient « français à part entière » avec tous les droits et devoirs. Un Étranger qui ne souhaite pas suivre le parcours de la naturalisation, mais qui remplit les conditions pour entrer et vivre en France, est libre d’habiter sur le territoire dès lors qu’il respecte les lois du pays, dont la Laïcité. En croisant une personne dans le métro, dans le bus, à l’hôpital, à l’École, dans un supermarché, etc… je n’ai pas besoin de savoir qu’elle est catholique, musulmane, protestante, juive, etc… pour la respecter. Mais elle n’a pas non plus l’autorité de m’imposer sa culture par un port vestimentaire particulier. La République est indivisible. Alors chers amis musulmans, si vous voulez vivre avec tous les français en France, respectez les lois communes. La laïcité est une référence constitutionnelle, respectez-la. Sinon, vous donnez de « vraies » raisons « juridiques » au Front National et à tous les extrémistes, souvent silencieux, qui justifient leur racisme et leurs discriminations par votre manque d’adaptation aux lois et à la Laïcité en particulier.

  1°) Une confusion s’est longtemps installée dans la société française et de nombreux adeptes intégristes de l’Islam ont frayé leur chemin dans ces incompréhensions. Il y a une différence entre les "religions de conversion" et les "religions de culture". L’Islam comme le Judaïsme font partie de ces dernières. Alors que le Judaïsme s’est remarquablement adapté à la Laïcité, l’Islam éprouve encore du mal à en emprunter le chemin. Nous avons longtemps connu des prêtres avec des soutanes sur les marchés. Mais l’Eglise Catholique s’est adaptée, bien malgré elle du reste. Aujourd’hui, en dehors des quelques nostalgiques de la messe en latin, les ministres des cultes catholiques ne sont plus reconnaissables que pour la Croix qu’ils portent autour du cou ou sur le revers de leurs vestes. Seules les sœurs religieuses restent en « tenue de messe » en ville, mais ne s’opposent guère aux règles de vie dans la société comme dans des établissements publics. Les pasteurs ne sont reconnaissables que par leur collier blanc autour du cou et/ou leur petite croix argentée ou dorée sur le revers de leurs vestons. Les rabbins juifs sont reconnaissables par la discrète Kipa, et encore souvent couverte par un chapeau ! Mais ce sont les ministres des cultes, que nous respectons dans leurs missions. Pourquoi alors, en Islam, en plus des représentants du culte, de nombreux jeunes hommes et femmes devraient porter des accoutrements spécifiques et très distinctifs dans l’espace public ? Certes, il y a des présupposés qui résistent au temps : un arabe ou un noir aux prénom de Rachid, Mohammed, Yasmina, Mariam, Khadija, etc... est supposé "musulman". C'est la première barrière culturelle qui s'installe dès lors que l'on doit ouvrir un contact. L'intégrisme, la violence, l'intolérance, le communautarisme... sont des attributs qui nous précèdent dans la mise en relation avec un arabe ou avec un noir "musulman". Si bien que nous arrivons à créer des confusions quasi-naturelles "arabe = musuman" et " africain de l'Ouest = musulman". Et tant pis pour ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce schéma "mental" de l'européen ! Mais l'effort doit s'exercer également de l'autre côté du mur : les discriminés doivent manifester fortement un effort d'ouverture vers le "vivre ensemble".

 

 

Par Emmanuel Nkunzumwami
Auteur de « La Nouvelle Dynamique Politique en France »,
Editions L’Harmattan, Paris, Décembre 2007.

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