DIVERSITE OU MINORITES VISIBLES ? PAS DE CONFUSION !

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

Par Emmanuel Nkunzumwami,
auteur du livre : "La Nouvelle Dynamique Politique en France"
Editions L'Harmattan, novembre 2007.

       Depuis le début des années 2000, la France cherche activement à résoudre les problèmes  d’injustice socio-économique et à prévenir les violences dues à ces injustices. Les premières violences des banlieues en France datent de 1982 et la solution du Gouvernement socialiste de l’époque a été de dédier un secrétariat d’Etat à l’Intégration, confié à un ancien intégré, Koffi Yamgnane. Mais, la France n’a pas soigné le mal par sa racine malgré de nombreuses commissions qui se sont formées jusqu’à la création du Haut Conseil à l’Intégration, au ministère délégué à l’Egalité des chances confié à un enfant né de parents immigrés, Azouz Begag, puis de la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité). En réalité, les instruments de l’Etat pour combattre le mal des discriminations et du racisme en France n’ont pas manqué, mais à force de s’intéresser aux symptômes et aux solutions bureaucratiques, on a vite oublié la source du problème pour poser un vrai diagnostic du mal avant d’envisager des remèdes.

Le président Nicolas Sarkozy s’y était attaqué lorsqu’il était ministre de l’Intérieur en descendant les marches du pouvoir pour se rapprocher du peuple par la nomination des préfets issus de l’immigration récente et en diversifiant le recrutement dans la police pour qu’enfin les agents chargés de la sécurité des Français ressemblent de mieux en mieux à la population qu’ils ont la charge et l’honneur de servir. Mais la portée de cette diversification a été faible et aujourd’hui encore le malaise subsiste dans la société française.

L’élection de Barack Obama à la Présidence des Etats-Unis relance le débat en France. Nombreux sont alors les acteurs politiques et sociaux qui s’emparent brutalement du sujet « américains » pour tenter de l’exploiter en France. Néanmoins, il n’y a jamais de présent sans passé. La situation aux Etats-Unis n’est pas transposable en France. Ainsi nous risquons d’administrer une dose de médicaments qui risque d’emporter la maladie et le patient, et de provoquer des troubles encore plus violents. Si l’on fait un détour vers les Etats-Unis, nous constatons des éléments de ralliement spécifiques aux américains :

1° -Les Américains se reconnaissent autour de la bannière : un jeune immigré aux Etats-Unis est fier de servir dans la plus grande armée du monde, de porter le drapeau étoilé et ne peut devenir Américain s’il ne sait pas chanter l’Hymne des Etats-Unis. La seule pièce d’identité valide pour tous les Américains, c’est le passeport. Rappelons-nous que l’hymne américain a d’abord été reconnu pour un usage officiel en 1889 par la Marine Américaine, puis en 1916 par la Maison Blanche, et qu’il fut instauré hymne national par une résolution du Congrès datée du 3 mars 1931. L’attachement des Américains à leur Hymne, à leur bannière étoilée et à leur Armée est un consubstantiel à chaque patriote américain, quelle que soit sa couleur et son origine.

2°- Les Américains se reconnaissent dans le partage de la Foi : nous avons tous remarqué l’intensité de la Foi au cours des campagnes électorales, locales, des Etats et au niveau fédéral. La majorité des Américains sont profondément croyants et affichent ouvertement et publiquement leur foi en Dieu. La société américaine n’est pas laïque, mais multiconfessionnelle. Aussi ai-je été choqué par quelques commentaires déplacés des Français jugeant ringard qu’un Président des Etats-Unis prête serment sur la Bible et manifeste sa foi à travers la prière lors des cérémonies d’investiture. Mais qu'en France, cela est totalement contraire à la laïcité républicaine, c'est notre Histoire. Nous oublions rapidement que si la France n’avait pas été déchirée par l’intolérance de l’Eglise Catholique au 16ème siècle et les guerres de religion entre Catholiques et Protestants, culminant dans les horribles massacres des Catholiques sur les Protestants à partir du 24 août 1572 à Paris pour se répandre dans d'autres nombreuses villes avec des dizaines de milliers de morts ; et malgré l’Edit de pacification, dit "Edit de Nantes", sous Henri IV en avril 1598 pour protéger les Protestants et révoqué ensuite par Louis XIV en octobre 1685 ; puis passée par une sanglante révolution de 1789 et la terreur qui s'en est suivi, il n’y aurait pas eu la Loi du 9 décembre 1905 de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, pour fonder un Etat laïc. Les Américains assument que le pouvoir soit du côté des Protestants, aiment leurs pasteurs et se reconnaissent dans la Foi chrétienne, tout en assumant pleinement l’héritage spirituel juif de la foi chrétienne. La Bible étant un tout constitué de l'Ancien Testament (partagé avec le Judaïsme) et du Nouveau Testament. Seuls quelques dogmatiques ou manipulateurs ignorants imaginent que le monde entier devrait être laïc comme la France. Mais l’Histoire des Etats-Unis n’est pas celle de la France et la Laïcité à la française nous vient de très loin dans notre Histoire collective. Aux Etats-Unis, la religion se manifeste dans l'espace politique public, car c'est leur Histoire. De la ségrégation raciale, aussi dure que l'apartheid en Afrique du Sud contre les mêmes peuples Noirs, cette grande nation démocratique vient de réussir l'élection d'un homme Noir à sa Présidence. En partageant ouvertement la Foi sous différentes formes, les Américains partagent le destin commun.

3°- Les Américains restent attachés au « Rêve Américain » et à « l’Idéal de vie » explicite : c’est ce rêve qui constitue le socle d’attraction des peuples du monde entier vers les Etats-Unis. Les esclaves Noirs des champs de coton, de blé et de maïs du 16ème siècle jusqu’à la douloureuse guerre de sécession menée et gagnée par le général Abraham Lincoln (1860-1863), futur président des Etats-Unis, n’avaient pas de « rêve américain », mais espéraient être un jour « libres ». Ils le sont devenus dans la douleur et la lutte, y compris par la violence. Ils se sont engagés dans les deux déterminants ci-dessus (la bannière et la Foi) pour s’intégrer dans la « société américaine » multiculturelle et y ont fait leur place. Autant les « Blancs » fraichement venus d’Europe satisfaisaient leur rêve en s’enrichissant quelques temps après leur arrivée (agriculture, mines et industrie), autant les Noirs étaient abandonnés à leur triste sort et dans leur inhumaine pauvreté. Dès l’abolition de l’esclave, ils ont eu aussi leur rêve : être aussi reconnus et traités avec équité comme les Blancs. C’est ce rêve, aussi vibrant qu’une prédication d’un pasteur devant son assemblée, que le pasteur Martin Luther King Jr exprime du plus profond  de son être, dans le discours prononcé sur les marches du Lincoln Memorial pendant la Marche vers Washington pour le travail et la liberté à Washington DC le 28 août 1963. Il illustre clairement le désir de voir dans le futur les Noirs et les Blancs coexister harmonieusement et vivre égaux. Enfin, les Blancs, les Noirs et les autres peuples des Etats-Unis peuvent partager le même « Rêve Américains ». Il est alors clair que bien avant 1963, et surtout depuis les années 1960, les Noirs Américains ont consolidé les fondamentaux pour réaliser ce rêve. Barak Obama, un Noir métissé d’Afrique noire et d’Europe blanche, est la synthèse de l’actualité d’une très longue histoire des Etats-Unis et de ces fondamentaux qui autorisent un véritable rêve durable.

Qu’en est-il alors en France ? Une extraordinaire confusion commence à faire surface entre « Diversité » et « minorités visibles ».  Lors de la campagne des élections municipales de mars 2008, un cadre supérieur d'entreprise Noir présente sa candidature à une liste. Quelques semaines avant le premier tour, le baron politique local Blanc, qui se présentait pour un quatrième mandat, lui téléphone pour l'informer : « Nous n'avons pas retenu votre candidature. Vous remplissez toutes les qualités pour figurer sur notre liste, mais dommage que vous ne soyez pas une femme ». Ce à quoi le Noir répond : « Cela aurait été encore mieux si j'étais une femme noire, jeune, mère isolée, pauvre, au chômage, handicapée, etc. Ainsi, j'aurais rempli toutes les diversités tout seul ».  Soyons alors clairs :

La diversité est totalement multiforme et n'est pas seulement liée à l'origine ethnique des Français. Elle peut être :

démographique : la France rurale se sent souvent écartée des décisions de la technocratie parisienne. L’Ile-de-France concentre l’essentiel des revenus de l’économie française, les principales Ecoles de référence du pays, le pouvoir politique et la meilleure qualité des infrastructures. La diversité démographique au profit des provinces, notamment par la décentralisation des pouvoirs de décisions économiques et politiques est une nécessité dans un pays aussi vaste où l’Ile de France ne représente plus que 20% de la population mais 35% de l’économie.

Sociologique : les pouvoirs en France, comme les écoles qui y conduisent, sont concentrés entre les mains d’une minorité d’acteurs, issus de quelques Grandes Ecoles du pays ou de quelques familles de notables. Le problème à résoudre est donc de trouver les moyens d’équité entre les Français issus des familles modestes, des banlieues, rurales, éloignées en province pour accéder aux mêmes niveaux de responsabilités que les acteurs actuels. Ce raisonnement est autant vrai dans la rotation des élus politiques (limitation du nombre de mandats électifs et du cumul des mandats électifs nationaux et locaux avec des fonctions) que dans l’accès à la haute fonction publique et dans la direction générale des entreprises. Cela est donc vrai pour les pauvres, les handicapés, les femmes, les jeunes des banlieues, les enfants issus des milieux socialement fragiles, etc.

Culturelle : la France n’assume pas son présent de société pluriculturelle où  nous sommes tous nés quelque part mais que nous partageons le même destin. Les Américains ont trouvé des déterminants de ralliement à travers la bannière présentée ci-dessus, mais la France n’a pas encore forgé son modèle. La diversité dite « républicaine » a montré ses limites d’autant qu’il s’agit d’un qualificatif totalement vide de sens. En même temps, certaines confessions ou religions se sont « marginalisées » elles-mêmes dans l’espace public ou essaient de manipuler le concept de laïcité à leur profit. L’espace public laïc est neutre : pas de signe ostentatoire d’identification religieuse. Certains musulmans fanatiques tentent de détourner l’utilisation du « tchador » à des fins de soumission de la femme sou le faux prétexte qu’il s’agit d’une recommandation de l’Islam, oubliant que nous connaissons tous l’Histoire et que le « voile » des femmes était un usage au proche et moyen orient bien avant la naissance de Jésus-Christ, soit sept (7) siècles avant l’apparition de l’Islam. Tous ces comportements, à la limite de la fraude philosophique, ne contribuent pas au partage du « rêve français ». L’intégration culturelle bute alors aux incompréhensions sur l’Histoire de la France et à la définition de l’espace public pour que le partage d’un destin commun malgré les origines culturelles différentes.

Ethnique : c’est le facteur de différentiation physique qui constitue la distinction sur les bases ethniques. Cette diversité est actuellement exploitée par une majorité de ceux qui y voient une source d’autopromotion. En effet, pourquoi un Européen de l’Est ou un Méditerranéen se prévaudrait-il de la discrimination ethnique dès lors que « sa couleur » ne le distingue pas d’un Français « historique » ancien de type européen ? Il y a le « nom » parfois difficile à prononcer pour un Français ordinaire mais si son prénom est courant : Pierre, Marc, Albert, Anne, Marie, etc. cette difficulté est noyée dans l’appartenance chrétienne commune et dans la couleur de peau. Et si c’est Rachid, Azouz, Zinedine, Yasmina, Fadela, Mariam... Méditerranéen, qui maîtrise parfaitement le français et qui s’est intégré dans sa commune, il passera inaperçu. A moins de se trahir par son accent. Le problème est totalement différent pour un Noir ou un Indien. Il se distingue nettement par « son apparence physique », quels que soient son nom et son prénom. Il véhicule sur lui sa différence visible. Pour lui, la diversité ethnique en France tarde à l’intégrer dans le paysage économique, politique et social comme un citoyen à part entière. Pour exister et être reconnu, il doit fournir plus d’efforts  que les autres et doit constituer un socle très solide d’attractivité, sur le modèle des Noirs des Etats-Unis.

 

L’intégration des minorités visibles s’interroge donc d’abord sur la définition même de ces « minorités visibles » dont l’appellation est régulièrement détournée et usurpée. Ne sont considérées comme Minorités Visibles que « les personnes visées par la Diversité Ethnique intégrant les différences d’apparence physique ».  Ces personnes sont écartées de tous les couloirs : l’Education, l’Emploi, le Logement, l’Espace économique et les responsabilités politiques. Plutôt que de se battre sur le sommet de la pyramide des pouvoirs, ils ont besoin de consolider d’abord la base. Des symboles dans les couloirs du pouvoir ou des positions dans quelques entreprises qui ont bien voulu les intégrer ne doivent pas cacher le malaise et les situations dramatiques d’une grande partie des Noirs de France. De même, les chemins biaisés par le militantisme associatif et contestataire pour se faire remarquer ou par des emplois « politiques » aidés pour réclamer sa part du gâteau selon la promesse du parrain comme un dû est une voie sans lendemain. Il faut s’enraciner réellement sur le territoire et y constituer ses références sociales et économiques. Consolider les bases, à la manière des Noirs des Etats-Unis, consiste à promouvoir d’abord l’Education. Il n’est nullement question de rabaisser le niveau d’enseignement pour eux (comme on ne baisse pas la barrière du saut en hauteur aux jeux olympiques pour les plus faibles puissent sauter !). On n’a pas baissé le niveau de la prestigieuse Harvard University pour que Barack Obama puisse y entrer, il a travaillé dur pour y arriver et intégrer cette prestigieuse université comme tout Américain à très haut potentiel. De même que l'on ne supprime pas l'orthographe sous prétexte que de nombreux Français ne la maîtrisent plus, en France, on ne baissera pas le niveau des exigences pour intégrer HEC, ESSEC, Polytechnique, Mines, Ponts et Chaussées, ou d’autres grandes Ecoles de référence pour que les Noirs puissent y entrer, mais il leur appartient de démontrer leur capacité à y entrer avec leur très haut niveau. Le savoir et une bonne éducation, cela se mérite par le travail. Ensuite, il faut que les Noirs de France puissent disposer des Emplois à tous les niveaux, correspondant à leurs capacités physiques et intellectuelles. A ce niveau, le décret du 17 décembre 2008 qui institue le « Label Diversité » mérite un véritable contrôle de suivi d’application dans les Services publics et dans les entreprises pour « traiter équitablement les Noirs et d’autres minorités visibles ». A formation et compétences comparables entre les Français Noirs et les autres Français,  travail, responsabilités et rémunérations comparables. La reconnaissance des compétences et le revenu par le travail sont la clé de la réussite sociale et la porte d’intégration économique. Plus nombreux seront les Noirs éduqués dans les meilleures Ecoles et Universités françaises, européennes et américaines, plus nombreuses seront les familles sortant de la misère et l’exclusion sociale, et plus nombreux seront les candidats aux élections politiques et à la gestion des entreprises. Comme aux Etats-Unis, le citoyen doit faire corps avec la Nation, se sentir dans le destin des ses concitoyens, contribuer à la vie économique et sociale de son territoire de vie, sortir du ghetto et partager la vie cultuelle avec les autres Français. Ce processus aidera inévitablement à la maîtrise de la langue française, à la connaissance de l’Histoire du peuple français et à la compréhension du fonctionnement des institutions, depuis les collectivités locales jusqu’aux mécanismes de régulation de l’Etat. Il apparaît ainsi illusoire d’imaginer qu’un Etranger vivant sur le territoire depuis moins de 10 ans puisse se sentir dans ce rôle de citoyen ; d’où la démagogie électoraliste de ceux qui préconise à gauche le vote des Etrangers aux élections locales et qui ignorent que seuls 21% des Etrangers immigrant en France sont lettrés contre 79% d’analphabètes. Donc il faut d’abord éduquer, éduquer et éduquer ! On entre pas dans les responsabilités politiques pour recevoir et profiter des avantages que l’on aurait pas eus dans l’exercice de son métier habituel, mais pour servir, défendre ses convictions et apporter sa contribution au meilleur fonctionnement des institutions du pays. Le cercle vertueux se construira durablement de cette manière pour enfin réussir l’intégration de « réelles minorités visibles » en France. Il n’y aura pas de diversité dans l’espace économique et politique en France  sans une intégration réelle et active des «  véritables minorités visibles » de ce pays.

Publié dans emmankunz

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