L’EUROPE ET L’AFRIQUE : UN NOUVEAU PARTENARIAT FACE A LA MONDIALISATION

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

Par Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de « La Nouvelle Dynamique Politique en France », Éditions l’Harmattan, Novembre 2007.


Nous sommes de plus en plus nombreux à nous intéresser aux questions économiques et financières liées la crise qui frappe toutes les économies de la planète, à la géopolitique relative aux problématiques de la mondialisation et aux diverses solutions proposées pour sortir de la crise. Un vif intérêt a été remarqué sur les articles publiés sur le site www.emmankunz.com/article-14252254.html concernant les relations entre l’Europe et la Chine, et plus récemment sur les problématiques dans les relations entre la Chine et l’Afrique. Nous poursuivons notre triptyque sur les réflexions intéressant les nouvelles relations entre l’Afrique et l’Europe et, plus généralement entre l'Afrique et le Monde Occidental.

 

Dans l’article publié sur les relations entre l’Europe et la Chine, un accent avait été souligné sur les pressions que l’Europe peut exercer sur ce pays-continent, nouvelle puissance émergente en force, pour le respect des Droits de l’Homme, le respect de la Biodiversité et de l’Environnement écologique de la planète, et le contrôle de l’armement. Un point important a été soulevé sur le contrôle de différents « dumpings » qu’exerce la Chine pour maintenir ses avantages concurrentiels : les dumpings économique, social, environnemental et diplomatique. C'est-à-dire que la Chine subventionne ses entreprises qu’elle envoie s’installer en Afrique ou ailleurs dans le monde, à travers les crédits à taux zéro ou à 2% au moment où le coût de l’argent est devenu prohibitif en Occident (entre 8% et 10% pour les taux à moyen terme appliqués aux banques commerciales et aux entreprises les plus chanceuses actuellement en  Europe pour survivre à la crise). Soutenues financièrement par le Gouvernement chinois qui puise dans ses gigantesques excédents budgétaires et commerciaux, accédant au financement « quasi-gratuit » et bénéficiant des accords d’octroi des marchés négociés entre les Gouvernements chinois et africains (ou des autres pays émergents ou en développement), les entreprises chinoises bénéficient de fait d’un dumping économique et financier qui les rend hautement compétitives. Par ailleurs, les entreprises chinoises appliquent les coûts salariaux horaires défiant toute concurrence en Chine et à l’International. C’est le dumping social par lequel les entreprises exigent des salariés un horaire élastique jusqu’à 15 heures par jour pour un modeste salaire mensuel autour de 100€ ou de quelques centaines d’Euros pour les centaines d'ingénieurs sur les chantiers et les dirigeants salariés. En chine comme en Afrique, non seulement les conditions d’exploitation minière, pétrolière, des usines de transformations industrielles et des étendues d’abattages forestiers ne s’embarrassent pas de normes internationalement définies et reconnues de préservation des équilibres écologiques, sanitaires, de biodiversité et des gaz à effet de serre, mais se passent également des contrôles de respect des droits humains, des pratiques d’usage des corruptions ou des financements de conflits armés. Ce dumping écologique et diplomatique est d’autant plus difficile à combattre que la Chine en fait une condition de son développement économique, d’accès à des marchés émergents, à des ressources des matières premières aux moindres coûts et de la domination des concurrents par les coûts de revient les plus bas pour asseoir des marges confortables sur les marchés occidentaux. Par ces mécanismes, la Chine est l’un des rares nouveaux pays industrialisés à accroître considérablement les excédents de son commerce extérieur : 262 milliards de dollars en 2007 contre le traditionnel champion du monde qu’est l’Allemagne avec 200 milliards de dollars ; quand la France enregistrait au cours de la même année, près de 40 milliards de dollars déficit de son commerce extérieur (plus d’importations que d’exportations). Et ce déficit s’approchera de 50 milliards de dollars en 2008. La Chine concentre son commerce extérieur des produits technologiques vers les États-Unis, le Japon et l’Union Européenne pour encaisser les plus grosses marges commerciales. Elle gagne sur d’importants volumes exportés (effet d’attractivité du consumérisme de l’Occident) et les marges commerciales à la vente (produits banalisés à bas coût de revient, mais vendus aux prix cassés du marché des produits comparables).

 

Mais alors, dans ce jeu de la mondialisation, que devrait être les relations entre l’Europe, ou l’Occident en général, et l’Afrique ? Pendant des décennies de l’après période coloniale, les Africains considéraient comme une « dette coloniale » à l’Europe de s’occuper de ses ressortissants. Et les immigrés Africains en Europe se sont laissé prendre au jeu de dupes. Pendant que les Africains cherchaient à émigrer massivement vers l'Europe et apprenaient à jongler en évitant des épidémies diverses en Afrique pour survivre, la Chine a travaillé… En multipliant les exigences envers les compagnies occidentales de produire sur place et de lier des relations industrielles avec les compagnies locales, l’Occident a effectué, malgré lui et souvent à son insu, le transfert du « know-how » industriel. Aujourd’hui les pays émergents, la Chine en tête, sont les champions mondiaux de la copie de produits manufacturés. Les technologies de bases et les techniques de production industrielle sont parfaitement maitrisées par les Chinois qui disposent d’un réservoir infini de main-d’œuvre et d’une forte capacité d’assimilation rapide (quick-Learning). Les nouvelles relations entre l’Europe et l’Afrique doivent alors intégrer cette nouvelle donnée de la mondialisation et des relations de plus en plus étroites entre la Chine et l’Afrique. L’Europe a raté les premières marches de la formation et de l’apprentissage à des techniques de production industrielle en Afrique, elle a raté une nouvelle marche de l’éthique et de la gouvernance des dirigeants africains. Il lui reste une dernière marche du partenariat économique dans la relation tripartite « Chine-Afrique-Europe ».

 

L’Afrique a eu très longtemps besoin d’infrastructures viables pour son développement : routes, autoroutes, chemins de fer, hôpitaux, écoles, ports, aéroports, centrales électriques, etc. et des équipements d’amélioration des conditions de production : machines agricoles, machines-outils et usines de transformation de leurs ressources et des unités de production pour la consommation intérieure, etc. Elle n’a rien eu. Pire, de rares constructions d’infrastructures ont été détruites par manque d’entretien et de savoir-faire de gestion. Aujourd’hui, l’Afrique doit entrer dans le 21ème siècle de la communication avec le reste du monde, mais sans les infrastructures de base indispensables. Et c’est alors la Chine qui apporte une réponse. Dans le domaine des télécommunications, les opérateurs apportent la technologie et les réseaux structurants. Les industriels apportent les équipements terminaux (ordinateurs, téléphones, serveurs, commutateurs, routeurs, etc.). Mais que fait le client qui n’a accès à aucune source d’énergie pour brancher ses équipements à l’électricité ? Que fait le citoyen qui a acquis durement, et par d’importantes privations, son téléphone mobile pour le recharger ? Que pourrait faire un pays pauvre pour créer des conduites de transport pour poser des câbles électriques et de téléphone, des tuyaux d'eau et de gaz, et des fourreaux divers à travers d’énormes déserts humains pour atteindre les villages reculés et dispersés pour la distribution ? C’est ainsi que les dirigeants africains ont renoncé au développement du réseau filaire hors des grandes villes des pays, car installer des équipements de transmission, de répartition et de commutation demande des sources permanentes et sécurisées d’énergies partout dans le pays. Les pays d’Afrique noire ne peuvent répondre à cette exigence. D’où le choix du développement du téléphone portable. Mais, le client doit pouvoir recharger son téléphone portable ! Alors il ne nous reste plus que le développement de l’énergie solaire pour répondre à la demande des habitants très éloignés des grandes villes alimentées en hydroélectricité. Le problème est alors posé : Que peuvent apporter l’Europe et l’Amérique du Nord à l’Afrique aujourd’hui pour répondre à ces nouveaux besoins ?

 

Trois champs prioritaires, et dans lesquels l’Europe et l’Occident en général ont largement leur place, apparaissent structurants :

1°- le lien culturel historique entre l’Afrique et l’Occident est indéniable. L’Afrique est ouverte au monde via les langues françaises et anglaises. L’Europe pourrait capitaliser sur ce socle culturel pour accélérer ses efforts dans l’éducation, la santé, la bonne gouvernance des États, les partenariats pour le développement des centres culturels pour le désenclavement mental d’une grande majorité des Africains. L’on exige de plus en plus que les jeunes européens maîtrisent au-moins trois langues pour s’épanouir professionnellement. Cette exigence est aussi vraie et plus forte encore en Afrique : la langue nationale du pays, l’anglais, le français, l’espagnol, l’allemand auxquelles viennent s’ajouter le russe et le chinois. Dans les 5 ans à venir, le cadre africain devra en posséder au-moins 3 : la langue nationale de son pays, l’anglais et le chinois. La France a donc le devoir de se projeter dans cet avenir avec les Africains si elle garde l’ambition d’une coopération étroite avec les pays d’Afrique. Les savoirs occidentaux restent des fondements indispensables pour maîtriser les technologies. Ce sont ces transferts de savoir et de savoir-faire occidentaux qui alimentent les économies, l'education, la recherche et le développement des pays émergents, dont l'Inde et la Chine, comme cela fut longtemps appliqué au Japon et à la Corée du Sud. Mais si l’Occident ferme ses portes, ces savoirs arriveront indirectement en Afrique par la Chine et l’Inde. Aujourd’hui, tous les pays européens, asiatiques, l’Océanie et l’Amérique Latine accroissent la compétition de leurs meilleures universités pour attirer les étudiants du monde entier. Les multiples cursus se développent et deviennent même une fierté des Ecoles et des Universités qui parviennent à nouer des accords internationaux croisés sur ces continents. Mais le modèle de référence demeure « Nord-Américain ». Hormis, quelques universités d’Afrique du Sud, aucun étudiant européen ou américain ne mentionne fièrement sur son CV d’avoir effectué une partie de ses études en Afrique noire ! Parce que l’Afrique n’offre pas une qualité d’enseignement attractive et internationalement reconnue sur des standards du marché du savoir et du savoir-faire. Un créneau est donc disponible pour l’Occident (la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Suisse, le Canada et les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux) pour contribuer à créer et aider au développement de véritables "Grandes Universités de Référence en Afrique". Elles attireront les meilleurs étudiants occidentaux pour enrichir leur cursus international utile pour piloter le business dans le contexte de la mondialisation, accueilleront de meilleurs experts, chercheurs et professeurs comme le font leurs homologues dans le monde et formeront solidement les jeunes Africains pour en faire de vrais partenaires du développement de leurs pays.

 

2°- l’expertise technique des ouvrages chinois par des agences extérieures. Aujourd’hui, de nombreux pays africains ont tourné les regards vers la Chine pour développer leurs infrastructures de base que l’Europe leur avait refusées. Les mines, le pétrole et le gaz, les usines des industries de transformation, les routes et autoroutes, les ports et aéroports, les bâtiments publics et les stades de sports, etc. sont de la responsabilité des firmes chinoises partout sur le continent. Néanmoins, la Chine ne peut pas indéfiniment être juge et partie dans la réalisation de ces ouvrages et de ces infrastructures. En effet, les Africains du continent ne disposent pas d’importantes ressources d’experts pour examiner la pertinence des offres au regard de leurs besoins fondamentaux, étudier les cahiers des charges techniques avec les points de vigilance sur les travaux, expertiser la qualité des ouvrages dans la résistance, la fiabilité, la sécurité et la pérennité, évaluer l’intégration des ouvrages dans les plans architecturaux de développement, etc. L’Afrique a donc besoin de l’assistance technique extérieure des experts « africains de la diaspora » et des « experts occidentaux » disposant du savoir-faire éprouvé pour accompagner le développement d’infrastructures apportées par la Chine en Afrique. Plus les ouvrages seront complexes (centrales électriques, urbanisation et extension des villes, autoroutes et chemins de fer, complexes sportifs et ouvrages d’art du génie civil, etc.), plus le contrôle de qualité doit être assuré à toutes les étapes par des agences spécialisées indépendantes s’engageant sur les garanties de sécurité, de résistance et de pérennité. C’est alors le rôle que peuvent jouer les puissances occidentales dans l’accompagnement du développement des relations entre la Chine et l’Afrique. Les Chinois et d’autres challengers des pays émergents puisent le savoir-faire de l’Occident et le vendent aux Africains. Le contrôle des projets et de la qualité des réalisations ne peut donc se faire sans les références de la source de ces savoirs et de leur mise en œuvre. Les coopérations Chine-Afrique-Europe et Amérique du Nord sont donc indispensables pour garantir la bonne marche des affaires en Afrique. La balle est maintenant dans le camp occidental et entre les mains des Africains de la Diaspora dans le monde.

 

3°- les relations internationales d’intégration économique et politique. Par ses relations historiques dans les domaines culturel et de l’éducation, l’Occident pourrait mieux aider les pays africains qui émergent dans l’espace économique et politique mondial. Il pourrait s’agir de l’accès aux sièges de membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies. La responsabilisation des Nations dans la sécurité du monde passe par leur position sur l’échiquier politique international. L’Amérique Latine et l’Afrique sont absentes des grandes décisions de ce monde alors que leur participation à la stabilité est requise dans les choix politiques locaux ou régionaux. Certains pays éprouvent beaucoup de difficultés à assumer les pouvoirs centralisés ; alors d’autres aménagements politiques des territoires devraient se substituer aux incapacités actuelles. Si l’on considère que la République Démocratique du Congo (RDC) est incapable d’assumer un pouvoir centralisé de cet immense pays (2.345.000 km²) valant 5 fois la superficie de la France métropolitaine (543.965 km²), une solution est assurément dans la subdivision de ce territoire en États fédéraux ; chaque État restant autonome dans les choix de développement et dans la conduite des affaires locales. L’expérience de la Tchécoslovaquie est intéressante à cet égard, car ce pays bloqué par des rivalités entre ses deux composantes s’est organisé en deux États Tchèque et  Slovaque indépendants. L’éclatement de l’ex-URSS et de l’ex-Yougoslavie sont d’autres exemples à méditer pour la décision. Pour la RDC, au-moins 8 États fédérés sont possibles (1-Bandundu, 2-Bas-Congo, 3-Equateur, 4-Kasaï comprenant les deux provinces du Kasaï, 5-Katanga, 6-Etat-Oriental, 7-Maniema, 8-Kivu comprenant les deux provinces de Nord et Sud Kivu). Charge ensuite au Peuple Congolais de se déterminer sur le maintien de l’Union Fédérale ou de choisir l’autonomie ou même l'indépendance de certains Etats. Ce même mécanisme est valable pour le Soudan confronté aux guerres incessantes entre les parties dont la culture, l'anthropologie et l'histoire ne destinaient à lier le destin et dont la solution passera par la partition  comme cela s’est produit entre Éthiopie et l’Érythrée. Les réponses à des guerres d’usure passent parfois par des solutions de séparation à l’amiable. Et dans ce domaine, le rôle de l’Occident est central en tant que Conseil, Accompagnateur de développement et Responsable historique des délimitations des frontières artificielles qui alimentent les conflits en Afrique.

 

Dans l’article consacré aux relations entre la Chine et l’Afrique, publié sur ce site www.emmankunz.com/article-25661384.html, les stratégies de la Chine envers l’Afrique ont été présentées. Cette première est intéressée principalement par les ressources des matières premières et les capacités d’expansion de sa population sur des étendues vides du continent africain. L’Occident et les « diasporas africaines » en Occident ont l’avantage d’observer à distance cette nouvelle dynamique de la Chine dans le monde pour agir en conseil éclairé. Il est du devoir de ces observateurs de ne pas rater cette troisième marche pour aider l’Afrique à entrer dans la Mondialisation où les différentes parties opérant sur le continent sortent gagnantes. L’Afrique reste un important marché pour les importations comme pour les exportations. La Chine n’est alors qu’un des accélérateurs de ce marché, l’Europe et l’Afrique en étant les grands bénéficiaires, à condition de prendre le train au bon moment pour ne pas rater le départ. Aujourd’hui, le chef de gare et le conducteur de la locomotive sont incontestablement Chinois ;  les passagers et le petit personnel sont encore bien majoritairement Africains… On attend les contrôleurs avant que l’Afrique ne décide d’aller les recruter ailleurs…


 


EXCELLENTES FETES DE FIN D'ANNEE A TOUTES ET A TOUS !
 

Par Emmanuel Nkunzumwami

Auteur de « La Nouvelle Dynamique Politique en France », Éditions l’Harmattan, Novembre 2007. Distribué dans toutes les librairies et sur internet.

Publié dans emmankunz

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