LES MIGRANTS S'INVITENT DANS LA CAMPAGNE A L'ELECTION PRESIDENTIELLE

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

      La question des migrants, -et je dis bien des migrants et non des réfugiés- sera au cœur de la campagne électorale, dans tous les pays occidentaux. En Allemagne, le parti d'extrême droite vient de progresser vertigineusement dans le länder de Berlin. Mais, il progresse également partout en Allemagne. En Autriche, vous avez observé que l'élection présidentielle, entachée d'irrégularités avec l'objectif affiché de battre l'extrême droite, a dû être annulée. Aux Etats-Unis, Donald Trump agite le chiffon rouge de l'immigration et de la lutte contre les flux migratoires venant du monde arabo-musulman, en se servant des attentats en forte croissance dans cet immense pays. Pendant ce temps, Hillary Clinton a du mal à convaincre, car elle veut inscrire sa campagne dans le déni du terrorisme des islamistes radicaux pour se concentrer sur la pauvreté dans laquelle vivent des millions de Noirs, de Latinos, et des suburbs... Mais, ceux-ci oublient ou omettent de lui rappeler que son mari, Bill Clinton, a exercé ses deux mandants de président des Etats-Unis pendant huit ans, de 1992 à 2000, et la pauvreté est restée en l'état... Ah, les pauvres ! Il suffit de leur dire que l'on va désormais s'occuper de leur misère pour qu'ils viennent voter en masse... comme la lumière attire les papillons ! Et après ? Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent. Hillary Clinton s'inscrit dans le club des "habitués" du pouvoir, qui ne veulent pas le quitter, quand on y a goûté ! Ce n'est pas parce qu'elle est "une femme", mais parce qu'elle est une "personnalité politique" qu'il faut se poser la question sur ce qu'elle peut apporter aux Etats-Unis et au monde ! Sans évoquer ses problèmes de santé qui seraient incompatibles avec un agenda très chargé et des efforts constants qu'exigent les situations complexes dans le monde d'aujour'hui, dont les "Migrants" ne sont qu'un symptôme apparent. Et si les Américains étaient plus séduits par Donald Trump ? Lui, il a réussi par lui-même, partant du million de dollars offert par son père, il l'a fait fructifier pour atteindre aujourd'hui une fortune de 8 milliards de dollars. Le rêve américain, c'est aussi cela, dans l'esprit des électeurs. Et la parabole des talents dans la Bible, (le livre de référence de Donald Trump et des fondamentalistes chrétiens évangéliques !) ne dit pas autre chose. Mais vous remarquerez que, en Occident comme en Afrique, ce sont les habitués qui se partagent le pouvoir, tentent de s'y maintenir ou d'y revenir. Donc, la question centrale se déplace du climat, de l'économie, de la croissance, de la santé publique, de l'équité dans l'éducation, de la réindustrialisation des Etats-Unis, de la sécurité globale dans le monde... pour se concentrer sur les "Migrants" et les "Terroristes". Le populisme consiste alors à en faire le lien : "Les terroristes sont inclus dans les migrants" ; ou encore, "les terroristes constituent un sous-ensemble des migrants". C'est beaucoup plus compliqué, mais le populisme consiste à caricaturer dans le sens des attentes des électeurs... Faire simple pour tous et manipuler les plus faibles !

     Et chez nous, en France, le populisme garde la même approche des problèmes complexes pour les réduire à de simples dualités : Français/Immigrés, Intégration/Assimilation... Et même "les ancêtres gaulois" sont à nouveau convoqués au tribunal de l'identité des Français. Au coeur de la campagne des primaires de tous les horizons : primaire pour la droite (7 candidats déclarés, après l'éviction d'Hervé Mariton pour parrainages incomplets) ; primaire pour la gauche de gouvernement (François Hollande contre d'autres socialistes et des radicaux de gauche) ; primaire des écologistes entre François de Rugy, Cécile Duflot et les autres encore qui attendent dans la cabine d'essayage ou dans les coulisses du théâtre des élections ; primaire des frondeurs où se déclarent Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, avec les autres  intermittents en préparation... Alors, hors de cet embouteillage des prétendants au trône de François Hollande, d'autres candidats arrivent directement sur scène, sans passer par la case "sélection". Il foncent directement dans l'arêne : Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Rama Yade, Henri Guaino (l'ancienne plume de Nicolas Sarkozy n'a pas souhaité affronter son ancien patron  en campagne pour le même poste de président pour 2017 !)... Et d'autres se préparent. D'autres y pensent encore, sans se déclarer... Ils se lancent dans la chasse des parrainages des 500 signatures d'élus pour pouvoir présenter leurs dossier directement au Conseil constitutionnel, le moment venu. C'est la règle du jeu pour présenter valablement sa candidature à l'élection du président de la République. Ainsi, vont les élections présidentielles de la Ve République en France, depuis la dernière élection du général de Gaulle en 1965. Quel est leur programme ? Quels constats font-ils sur l'état de la France ? Quel diagnostic font-ils sur les causes du "Mal français", déjà abordé par feu Alain Peyrefitte, dans l'ouvrage du même nom ? Un seul candidat vient de sortir une bible de référence de 1000 pages pour redresser la France : le Contrat présidentiel de Bruno Le Maire. Le candidat du Renouveau à la primaire, le plus sérieux pour la droite et le centre !

      C'est alors dans ce foisonnement de candidats que naissent des idées originales : écouter la demande insistante du peuple et lui servir la réponse qu'il souhaite entendre ! Le populisme n'est ni de droite, ni de gauche. Il est partout... C'est une marque de fabrique de tous les candidats ambitieux qui jouent les coudes pour arriver au pouvoir. Et comme les sujets d'inquiétude ne manquent pas, ils ne vont  pas se répartir les rôles ou les taches. Ils agissent sur un sujet porteur pour tous, parce que le peuple en demande la réponse. C'est le "terrorisme des islamistes radicaux" et les "migrants". Alors au hasard, on pose un sujet : LA JUNGLE DE CALAIS. Tous les candidats veulent aller voir ce que c'est, et immédiatement prescrire ou même administrer une thérapie de choc qui pourrait faire plaisir aux électeurs. Bien entendu, sans approfondir le sujet et sans en comprendre l'ampleur ! C'est cela aussi le populisme. Mais, la Jungle de Calais, qu'est-ce que c'est ? C'est un territoire situé entre l'autoroute A16, l'accès au tunnel sous la Manche, la commune de Calais et le port de Calais. Le 4 février 2004, des accords dits "du Touquet" ont organisé le traitement des dossiers de ces migrants sur les "zones de contrôle", entre la France et le Royaume-Uni, dans les zones portuaires de Calais et de Douvres. Parmi les signataires : Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur du président Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin était Premier ministre. Aujourd'hui, de quelques centaines de migrants concernés par ces accords à l'époque, ils sont devenus plus 10.000 migrants entre Calais et la Grande-Synthe. Mais, 9.000 migrants sont dans la fameuse "Jungle de Calais". Pourquoi la découvre-t-on pour chaque élection et on l'oublie pour le reste du mandat ? Parce que personne n'a de solution, en réalité. Ou encore personne ne veut en assumer la responsabilité. Lorsque la France est allée bombarder la Libye en 2011 et éliminer Mouammar Kadhafi, l'on savait que l'on détruisait la soupape de régulation des migrations depuis la Libye vers l'Europe. Lorsque les Américains sont allés casser et désorganiser l'Irak en 2003, ils préparaient les combattants pour daesh, qui sont d'anciens soldats, officiers et généraux de Saddam Hussein. Mis au banc de touche, excommuniés par les Américains, ils se sont trouvé un autre recruteur pour l'Etat islamique de l'Irak et du Levant. Un militaire est fait pour combattre ; et Napoléon I ou Napoléon III pourrait revenir nous en faire des leçons. Ce sont donc d'anciens membres de l'armée irakienne, formés par les Etats-Unis et la France, partis avec les armements fournis par les Etats-Unis et la France, maîtrisant parfaitement leur maniement, avec le personnel de la logistique, qui sont partis former les combattants de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant. Mais, il fallait s'y attendre... Et le premier bénéficiaire du pétrole contre argent et contre nouvelles armes fut immédiatement la Turquie... Qui de nos prétendants au trône ignore ces faits réels ? Nous pouvons l'aider ? 

      S’agissant des « migrants de Calais », tous les politiques prétendent qu’ils se bousculent pour aller au Royaume-Uni, car ils voudraient rejoindre leurs familles installées dans ce pays. Donc plus de 10.000 migrants à Calais et la Grande-Synthe veulent rejoindre chacun sa famille en Grande-Bretagne… Nos politiques ont-ils parlé avec « ces migrants », parmi lesquels il y a très peu de « réfugiés » ? Ont-ils compris que la France n’offre pas assez d’attractivité, contrairement à ceux qui nous expliquent à longueur de journaux et de bavardages à la radio que ces migrants sont attirés par « nos allocations sociales généreuses ». Et pourquoi ils ne veulent donc pas en profiter pour rester en France, et risquent tous les jours leur vie pour aller au Royaume-Uni ? Parce qu’ils recherchent un emploi et une rémunération contre leur force de travail, et qu’ils savent que le revenu du travail est la garantie sûre pour avoir un logement viable ! Dans un pays social-libéral comme le Royaume-Uni, ce qui attire les migrants, c’est le Travail et non les allocations sociales. Ensuite, d’où viennent-ils ? Des pays d’Asie : le Pakistan, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan et la Syrie pour la majorité. Y’a-t-il une guerre au Pakistan, au Koweït, en Afghanistan ? Non. Il reste l’Irak qui ne se remet pas encore de sa décomposition par les Américains, et la Syrie sous le siège de daesh. Comment peut-on devenir « réfugié » du Koweït ou du Pakistan aujourd’hui ?… Il faut être un « populiste » en campagne électorale pour l’affirmer, ou alors ignorer le sens de ce que l’on avance. Ensuite, il y a des Africains : l’Ethiopie, l’Erythrée, le Soudan, la Somalie, etc. Les deux premiers pays ne sont pas en guerre non plus ; ils se sont combattus pour se séparer en deux Etats indépendants. Que la dictature qui sévit en Erythrée soit la cause profonde de la misère dans le pays et du départ pour de nouvelles aventures ailleurs, cela peut se comprendre. Mais, ce ne sont pas quelques centaines d’Erythréens qui constituent la forte population de plus de 10.000 migrants à Calais. C'est facile de parler d'un problème parce qu'il s'invite dans l'actualité, pour attirer les électeurs en jouant sur leurs peurs. Mais, en France comme dans les autres grandes démocraties, les citoyens s'informent et analysent.

      Enfin, la solution des migrations massives n’est pas seulement en Europe ; elle est aussi et surtout dans les pays d’origine. Tant que les pays africains n’auront pas accompli de progrès pour sortir de la misère et des dictatures violentes, il y aura toujours les migrants. Et tant que les ressortissants du Moyen-Orient pourront « se faire passer pour des Syriens » pour attirer notre compassion et accéder à l’asile en Europe, ils viendront. Mettre fin à la guerre en Syrie, stabiliser l’Irak et l’Afghanistan, et obliger les dirigeants et les peuples Africains à se réveiller pour sanctionner leurs confrères ou les prétendus dirigeants politiques « criminels contre leurs peuples » et « criminels économiques contre le développement de leurs pays », deviennent des impératifs très urgents. A défaut, de réponse immédiate, il y a des solutions intermédiaires. Dans chaque département, il a des agglomérations qui ont les moyens de céder un terrain ou un immeuble inoccupé pour héberger quelques dizaines, voire quelques centaines de migrants. Sans les concentrer au même endroit. Que l’on ferme les oreilles à certains « populistes » qui crient au loup migrant et dangereux pour attaquer les « autochtones gaulois », en oubliant, pour certains, qu’ils y sont pour beaucoup, autant dans le maintien des migrants à Calais que pour provoquer ces flux massifs de migrants en Europe. Et que l'on arrête de chanter à tue-tête qu'en dispersant les 10.000 migrants sur le territoire, on crée « plusieurs jungles de Calais » dans toute la France. Non seulement c'est un raisonnement manipulateur, irresponsable et de bas étage, mais aussi, c'est se moquer de la douleur que vivent nos concitoyens de la commune de Calais depuis plus d'une décennie ! Mais, on sait que ceux qui crient le plus contre cette solution, ne savent même pas où se trouve exactement Calais en France ! Et que chacun de nos candidats sorte enfin de l’hypocrisie ambiante pour la campagne électorale, et comprenne que la réponse à la crise des migrants n’est pas dans les slogans stériles et dangereux qui alimentent les populismes et font monter les peurs et la haine dans le pays ; en oubliant que, derrière les noms « migrants », il y a des « vies humaines » qui aspirent à la paix, à la vie, à la sécurité et au bonheur comme nous.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Analyste politique et économique

Ecrivain-Essayiste

twitter : @Nkunzumwami

facebook : www.facebook.com/emmanuel.nkunzumwami

La Junge de Calais, en décembre 2015. Sur la couverture du livre "Le Nord face au danger populiste", la photo de la "Junge de Calais".
La Junge de Calais, en décembre 2015. Sur la couverture du livre "Le Nord face au danger populiste", la photo de la "Junge de Calais".
La Junge de Calais, en décembre 2015. Sur la couverture du livre "Le Nord face au danger populiste", la photo de la "Junge de Calais".

La Junge de Calais, en décembre 2015. Sur la couverture du livre "Le Nord face au danger populiste", la photo de la "Junge de Calais".

Publié dans Politique

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Claudine Clarebout 20/09/2016 16:24

Oui , tout est vrai et bien écrit, E.N.Tant que nos politiques ne feront que des promesses pour avoir la place, et rien que pour cela, chaque problème restera à résoudre...Ce n'est que leur compte en banque qui les fait parler rien d'autre.Mais ce n'est pas nouveau dans le monde politique.Triste France!

Emmanuel 20/09/2016 17:59

Merci chère Claudine. En effet, il revient aux citoyens d'interpeller nos élus et nos dirigeants. La question des Migrants étaient revenue dans l'espace public lors des élections régionales, c'est-à-dire aux grandes élections. Elle revient pour la présidentielle, et tous nos dirigeants semblent découvrir un problème que les Calaisiens vivent depuis plus de 20 ans !!! Elle était revenue en décembre car, dans les médias, nous l'avons soulevé ! Non, les politiques ne font pas leur job ! Ils s'intéressent à notre argent qui tombe dans leurs poches par le tour de passe-passe des indemnités d'élus !