L'AFRIQUE FACE A LA PAUVRETE, LA FAMINE, LA MONDIALISATION ET LA REVOLUTION NUMERIQUE

Publié le par Emmanuel Nkunzumwami

L’Afrique face à la pauvreté, la famine, la mondialisation et la révolution numérique : quels sont les enjeux de l'Afrique subsaharienne.

Le continent africain contient des secrets de paradoxe dont seuls les Africains détiennent réellement les clés. En effet comment expliquer que la sécheresse en Afrique sahélienne fréquemment annoncée, et en Afrique orientale aujourd’hui (Soudan sud, Somalie, Kenya,…), devient l'une des causes principales de la famine, amplifiant ainsi la cause humaine et évitable des conflits armés. Même celle qui était considérée en 2015 comme la première puissance économique du continent, le Nigeria, est frappée par la famine ! Vendredi, le 10 mars 2017, le secrétaire général adjoint des Nations-Unies a réclamé 4,4 milliards de dollars à la communauté internationale. « Les Nations-Unies lancent un avertissement : le monde fait face à sa pire crise humanitaire depuis la fin de la seconde guerre mondiale, avec plus de 20 millions de gens confrontés à la faim et à la famine dans quatre pays. » Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence de l’ONU, Stephen O’Brien, a dressé vendredi 10 mars ce bilan alarmant de la situation au Yémen, en Somalie, au Soudan du sud et au Nigeria, quatre pays en proie à des conflits armés. Il y a encore peu, le Nigeria se targuait d’être la première puissance économique du continent ; une place qu’il dispute avec l’Afrique du Sud. Alors que leurs produits intérieurs bruts rivalisent avec celui de l’Iran (416 milliards de dollars en 2016), le PIB du plus riche pays africain est comparable à celui d'un pauvre pays d'Europe de l'est. Tout le continent africain est soutenu par trois pôles : l’Egypte en compétition avec le Maroc au nord, le Nigeria à l’ouest et l’Afrique du sud en Afrique australe. Plus de deux fois plus peuplée que l'Union européenne et trois fois plus grande, l'Afrique reste un continent à construire, à organiser et à développer. C'est la tâche normalement dévolue à l'Union africaine, si tous les pays veulent bien jouer le bon jeu de l'Union.

La révolution numérique :

Mais, dire que ce continent fait face à des défis multiples ne fait aucun doute. La course vers les offres numériques doit-elle faire oublier les fondamentaux de l’économie qui manquent cruellement dans de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne ?

D’abord, quels sont les supports de l’économie numérique ? Ils sont de quatre ordres fondamentaux : 1°-les infrastructures des télécommunications. Sans remonter à l’histoire somme toute récente depuis la fin de 19ème siècle, des télécommunications, contentons-nous de parler de ce qui « branche » le plus, des Africains. Les réseaux sont restés longtemps analogiques, jusqu’à la naissance du GSM en 1993 pour les communications mobiles. C’est le fameux réseau 2G (de deuxième génération). Après quelques progrès sur les communications de paquets (en complément du réseau commuté pour les communications vocales), les infrastructures ont évolué avec les débits exigés pour les données, notamment par le GPRS (on complète les débits lents de la voix et des données de texte de 9,6 kbit/s à 33 kbit/s pour le GPRS pour envoyer des images fixes). Et en 2004, un nouveau saut est franchi dans les réseaux de 3G, dit UMTS (3ème génération). On franchit les débits de 2Mbit/s. Les images s’animent, les vidéos entrent dans le quotidien des utilisateurs. Des variantes suivent également avec les améliorations pour les débits plus élevés en réseau edge, et même jusqu'à 42 Mbit/s pour les plus rapides en H+. Et en 2012, on franchit une nouvelle étape en 4G (4ème génération). Et depuis cinq ans, les équipements ont fait des progrès énormes. Les terminaux mobiles sont devenus de véritables ordinateurs de poche : on peut y stocker jusqu'à 256Go et même 512Go pour les nouvelles tablettes sous windows, alors que les mémoires vives atteignent couramment 4Go. Mais, c'est en même temps de véritables caméras qui sont montés jusqu'à 23 Mégapixels de résolution d'images. On peut émettre et recevoir des vidéos, des selfies, des films, des documents lourds en quelques secondes, selon le niveau de réception (entre 100 et 300 Mbit/s en 4G+), le mobile détenu et les réseaux de l’opérateur. Les liaisons mobiles par des antennes relais, et les interconnexions en fibre optique, sont accompagnées par des équipements de plus en plus puissants. Et c’est le support n°2. Les équipements adaptés. Ils améliorent les sons pour la voix (HD : Haute Définition), les transmissions sont numérisées (ne sont donc plus analogiques), mais les plus gros investissements concernent les transmissions de données. Ce sont elles qui exigent des débits importants (xMbit/s) et des capacités de stockage (x Go, dans les mobiles et les serveurs). La génération suivante est déjà dans les expérimentations des constructeurs d’équipements, de terminaux et des opérateurs des réseaux de la 5e génération (5G) ; ce serait en 2019 pour le grand public. On vous le dit, les technologies de la communication évoluent très vite. Ensuite, pour harmoniser les besoins des utilisateurs de plus en plus exigeants et les offres des opérateurs, les systèmes informatiques se sont développés avec des logiciels de plus en plus complexes pour gérer l’intelligence dans les équipements et dans les réseaux. C’est la couche des services, support n°3. En effet, il faut des développeurs des services et des applications pour que les utilisateurs, les opérateurs et les équipementiers puissent exploiter ensemble les avancées des nouvelles technologies de la communication et de l’information. Parallèlement aux réseaux mobiles, les réseaux fixes ont également connu des bonds spectaculaires. Les réseaux analogiques ont été bouleversés par l'arrivée de "l'internet grand public" et les techniques ADSL (ligne numérique asymétrique d'abonné), à la fin des années 1990. Nous l'avons lancé à Paris en novembre 1999 et votre auteur était dans les opérations techniques. La voix analogique de nos anciens réseaux commutés a laissé la place aux réseaux IP (internet protocol), numériques. Bref, tout est devenu numérique, et le réseaux intelligent n'a plus besoin de savoir ce qu'il traite et transporte (voix, données, textes, images, sons, vidéos, etc.), tout est emballé en données numériques. Et depuis le début des années 2000, tout s'est accéléré dans les offres technologiques de Haut débit (avec le xDSL jusqu'à 100 Mbit/s), et désormais dans le Très haut débit avec la généralisation de la fibre optique (au-delà de 100 Mbit/s et bientôt largement au-delà de 1Gbit/s pour tous). La capacité des réseaux à fibre optique autorise les transmissions symétriques (SDSL) à très haut débit. Il faut donc bien poser des câbles (en terre, dans les mers, en aérien et même louer des ressources sur les satellites) pour assurer des interconnexions. Les applications sont multiples, depuis la transmission de la voix en téléphonie jusqu'à la surveillance des effets du climat ; de la transaction financière et les envois d'argent avec le mobile jusqu'à la téléchirurgie entre des équipes de spécialistes installés dans des lieux éloignés à travers le monde. Mais pour garantir le très haut débit, il faut des infrastructures de liaisons terrestres en fibre optique de bout-en-bout. Enfin, le dernier support important, n°4 : c’est l’humain utilisateur lui-même. Non seulement, il doit savoir lire et écrire, mais il doit comprendre ce qu’il fait et pourquoi il le fait, et donc pouvoir profiter utilement des usages offerts ou facilités par les nouvelles technologies.

Si l’on examine attentivement les situations en Afrique subsaharienne, où en sont les populations dans de nombreux pays ? Nous revenons à la base : des infrastructures et des équipements. Les premières ne sont pas délocalisables, car les antennes et les liaisons doivent se rapprocher le plus possible des utilisateurs. Mais les infrastructures doivent aussi comprendre les sources d’énergie, les réseaux de transport terrestre, sous-marin ou aérien. Cela coûte beaucoup d’argent que de nombreux pays ne pourraient pas mobiliser seuls. Parce que les priorités sont multiples : infrastructures de santé, des routes, des adductions d’eau potable, de scolarisation et d’alphabétisation, et d’irrigation pour améliorer les cultures et lutter contre la famine. Il est impensable que les hautes technologies cohabitent avec la famine, que les grandes fortunes côtoient les affamés, que les véhicules de luxe restent garés devant des villas isolées pour défaut de route, alors que des paysans aux pieds nus et en haillons emportent leurs outils agricoles et leurs récoltes sur la tête. Dirigeants africains, si vous ne voulez pas préparer une nouvelle période de « colonisation » par les détenteurs des technologies dans les pays occidentaux et des pays émergents industriels, le minimum que l’on vous demande, c’est de produire les ressources de base : sécurité alimentaire et médico-sanitaire, sécurité des populations et des territoires, éducation et formation professionnelle de la jeunesse.

Les prérequis du développement économique en Afrique :

https://www.youtube.com/watch?v=hs9huqVp6-E

Nous rappelons que sur les différents piliers de l’économie (à lire dans "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation"), les dirigeants ont le devoir de travailler au moins sur trois. Ce n'est plus un choix de gouvernance, c'est un impératif de survie des nations : 1°-investir dans les infrastructures de base (agriculture, énergie, voies de communication, équipements pour l’éducation, hygiène et santé publiques, etc.) et dans l’outil industriel de production en Afrique, dans chaque pays. 2°-Transformer et produire en Afrique pour créer de la valeur ajoutée, créer des emplois et des compétences industrielles, sélectionner les axes de développement industriels à partir des ressources disponibles. 3°-Développer la consommation de la production africaine sur les offres de base. Il est honteux aujourd’hui que les produits alimentaires de base proviennent des importations hors de l'Afrique, aux côtés des produits de haute technologie. Les Africains doivent apprendre à produire pour consommer et exporter, soit dans les coopérations inter-régionales entre ou à l'intérieur des CER (Communautés économiques régionales), soit vers les marchés internationaux, avec l’objectif de combattre les inégalités et assurer la redistribution des revenus au sein des populations, et d’obtenir les ressources financières pour des investissements en infrastructures et en développement industriel en Afrique. La famine disqualifie les dirigeants, et pose la question de la capacité à diriger les Etats. Non pour un pays en particulier, mais sur l'ensemble des solidarités régionales, et inter-régionales. Il ne manque rien sur le continent africain : chaque pays doit valoriser ses propres ressources, obtenir des moyens financiers pour se procurer des produits de base qui lui manquent auprès des autres pays africains. Le rôle de régulation des CER et de l'Union africaine est fortement interpellé.

Tendre les mains pour mendier l’aide internationale, les fesses posées sur les gisements miniers, les puits de pétrole, les réserves de gaz ou sur l’herbe luxuriante des terres fertiles d’Afrique, c’est une honte inacceptable aujourd’hui, une indignité humaine. L'honneur, la dignité et le respect se conquièrent dans l’effort et le travail productif, et jamais dans la mendicité. Les hautes technologies aideront les Africains, si seulement si, ils savent ce qu’ils veulent et où ils vont, sans se contenter de consommer passivement les intelligences et les produits venus d’ailleurs. De même, les Occidentaux et les pays émergents développeront leurs offres, si et seulement si les clients africains deviennent solvables, éduqués et échangent à partir des ressources financières autonomes créées et distribuées sur le continent africain. Le partenariat économique passe par le respect entre partenaires et le partage des efforts pour construire ensemble. 

Conclusion :

Enfin, un message pour les diasporas : sortez des économies de survie de quelques euros ou quelques dollars qui enrichissent Western Union et MoneyGram pour maintenir en convalescence des populations désœuvrées. Portez des ambitions plus hautes, visez plus loin : créer des activités économiques durables sur le continent. A vous de choisir les secteurs, selon vos compétences et des ressources disponibles ou accessibles dans les pays. Dirigeants, les Africains des diasporas ne sont pas vos concurrents ou vos adversaires, ce sont vos partenaires pour le développement économique et social de vos pays. Amis et partenaires Occidentaux et des autres pays émergents, participez activement au développement économique et industriel en Afrique pour réduire les migrations, les guerres liées à la pauvreté et à la misère, et pour créer des revenus autonomes de vos clients. Vous ne pourrez pas exporter longtemps des produits de haute technologie auprès des clients qui s'appauvrissent de jour en jour. Donnons-nous tous la main pour progresser ensemble.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Analyste économique et politique

Ecrivain - Essayiste

Auteur de "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation", Editions L'Harmattan, 2013.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=result

Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, Editions L'Harmattan
Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, Editions L'Harmattan
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