L'Afrique se développera sur l'intégration de ses Communautés économiques régionales.

Publié le par Nouvelle Dynamique

Bâtir une Communauté d’Afrique de l’Est solide, viable et prospère dans la Paix et la sécurité durables.

Lorsque l’on observe les indicateurs socio-économiques de base pour le développement économique, social et sanitaire, l’on ne peut que se réjouir que de nombreux pays aient franchi les seuils. Nous examinons quelques indicateurs de développement des principaux pays de l'Afrique de l'Est. Les données concernent les situations comparables disponibles au cours des années 2012 et 2013.

  Pop 2013 x106 Populat. Capitale Taux de Fécond. (15-49) Taux Scolar. 2008-2012 Taux Alphab. 2008-2012
Kenya 44,0 3,2 3,5 84,0 72,2
Tanzanie 48,3 3,5 4,9 98,2 67,8
Ouganda 34,8 1,8 6,0 93,9 73,2
Rwanda 12,0 1,0 4,6 98,7 72,0
Burundi 10,9 0,8 6,1 86,9 67,0
Ethiopie 98,9 4,8 5,2 87,4 39,0

1. Indicateurs démographiques : L’on peut constater qu’aucun pays ne concentre plus de 10% de sa population dans la plus grande ville. C’est un bon indicateur pour développer les « pôles économiques régionaux », et mieux répartir les ressources de développement (infrastructures, industries et services, écoles, hôpitaux, aménagement des infrastructures numériques, équipements sanitaires et d’assainissement…). L’aménagement du territoire passe par la redistribution des populations et des ressources sur l’ensemble du pays. Les pays de l’actuel East African Community (Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie) gèrent les  populations entre 10 millions d’habitants (le Burundi) et 50 millions (la Tanzanie)  actuellement. L’extension vers l’Ethiopie sera utile si l’on définit les critères socio-économiques indispensables. Le cas du Burundi, relativement éloigné de la trajectoire de développement dans cette Communauté économique régionale, devrait être réévalué à intervalle de temps réguliers. A titre de comparaison, le Cameroun concentre plus de 10% de sa population dans sa principale ville (2,5 millions sur une population de 20,5 millions), le Sénégal (2,9 millions à Dakar sur 13,3 millions), le Congo (1,4 millions à Brazzaville pour 4,5 millions d'habitants), le Zimbabwe (1,8 million sur 13,2 millions dans le pays). Les modèles d'équilibre démographique, à partir des observations des pays avancés, ont été développés dans l'ouvrage "Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation" (Emmanuel Nkunzumwami, Editions L'Harmattan, 2013).

2. Evolutions sociodémographiques de développement : le taux de fécondité concernant les femmes de 15 à 49 ans varie de 3,5 enfants par femme pour le pays le plus avancé (le Kenya) à 6,1 enfants par femme pour le pays le moins avancé (le Burundi). Le Rwanda et la Tanzanie se situent sous la barre de 5 enfants par femme. Cet indicateur est très important pour évaluer les efforts d’éducation, d’alimentation et de développement médico-sanitaire. Les ressources économiques et financières de ces pays étant très limitées pour garantir l’accès à ces services pour tous, la réduction du taux de fécondité permet de mieux gérer les évolutions sociodémographiques dans de bonnes conditions. Derrière le nombre d'enfants se trouve la barrière des moyens de l’éducation pour tous, la sécurité sanitaire et alimentaire, l’accès à la formation professionnelle et à l’emploi. Les pays africains sont relativement jeunes, et le problème majeur qui se pose à tous ces pays, concerne l’éducation et l’emploi des Jeunes. Tout se construit en bas âge pour l’avenir. Au Kenya, le taux de fécondité supportable avec 3,5 enfants permettra de mieux développer l’éducation et rattraper le retard sur les pays plus avancés comme la Tanzanie et le Rwanda. En revanche, le Burundi  n’est pas sur la bonne voie sur cet item : de faibles revenus du pays et un fort  taux de fécondité conduiront à l’incapacité d’améliorer davantage le niveau d’éducation de sa jeunesse. Ce problème se rencontre dans quelques pays tels que le Mali (taux de fécondité : 6,2 et taux de scaloarisation de 67,2% et taux d'alphabétisation de 33,4%) ou le Niger (taux de fécondité de 6,9 qui conduit à un taux de scolarisation de 63,7% et un taux d'alphabétisation de 25,3% le plus faible du continent africain). Avec son taux de fécondité de 6,1 enfants, le Burundi détient, avec le Kenya, le taux de scolarisation plus faible que les trois autres pays membres de l'EAC. Par ailleurs, son taux d'alphabétisation est le plus faible. Il faut donc travailler sur la scolarisation des enfants, donc produire des enfants dont le pays dispose des capacités d'élever, et sensibiliser les adultes pour mieux s'informer sur l'importance de l'éducation et de la sécurité alimentaire et sanitaire de leurs enfants.

  PIB 2013 x109$ TMM5/1000 Chemin de Fer Ratio/106 Installations Sanitaires améliorées
Kenya 45,3 73 2 778 63 29,4
Tanzanie 31,9 54 3 689 76 11,9
Ouganda 22,6 69 1 244 36 35,0
Rwanda 7,7 55 0 0 61,3
Burundi 2,7 104 0 0 50,1
Ethiopie 47,3 68 681 7 20,7

3. Evolution de la richesse des pays.  Le Produit intérieur brut (PIB)  reste encore modeste par rapport aux ressources humaines disponibles. L’Ethiopie approche à peine 50 milliards de dollars, mais avec une population de 98,9 millions d’habitants, alors que l’Egypte affiche 262 milliards, soit 5,5 fois plus riche, pour une population encore plus faible de 85,3 millions d’habitants. Cela montre les difficultés à trouver les ressources pour développer l’Afrique de l’Est, et une des raisons pour lesquelles il faudra d’abord intégrer les économies des cinq pays plus modestes avant de s’étendre sur l’Ethiopie. Le pays le plus pauvre reste encore le Burundi, avec un très modeste PIB de 2,7 milliards de dollars, soit près de 3 fois plus pauvre que le Rwanda voisin, dont il partage pourtant une part importante de leur histoire. Le Burundi souffre manifestement d’un problème de mauvaise gouvernance, alourdie par les guerres civiles à répétition depuis 1972. A ce niveau d’analyse, les quatre autres pays de l’East African Community sont bien armés pour se développer ensemble, en coordonnant leurs efforts. Ils en ont les capacités, la volonté, les compétences et les moyens. Ils ont donc le devoir de penser leurs propres stratégies adaptées à leurs situations spécifiques. Leurs moyens de communication se développent. Les autoroutes se construisent et les chemins de fer existent bien au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie. Seuls le Rwanda et le Burundi en sont dépourvus, en grande partie en raison de leur modeste superficie qui sera largement et utilement couverte par les autoroutes de haut niveau de sécurité. Néanmoins, il  ne serait pas inutile de construire un réseau ferroviaire reliant les différentes grandes villes, dans le couloir de Mombasa, Nairobi, Kampala, Kigali, Bujumbura et Kigoma pour assurer la connexion avec l’axe Kigoma-Dar es-Salaam en Tanzanie. Il s’en suit que le taux d’équipement en infrastructures ferroviaire reste encore trop faible car le niveau évolue de 36 km (en Ouganda) à 76 km (en Tanzanie) pour un million d’habitants, contre 104 km en Algérie, 149 km en Angola, 233 km au Zimbabwe ou 429 km en Afrique du Sud. Par comparaison extra-africaine, ce ratio est de 258 km au Royaume-Uni, 449 km en France, 518 km en Allemagne et 705 km aux Etats-Unis. Cet indicateur est utile pour mesurer les capacités de transport par voie ferroviaire en ramenant la longueur de chemin de fer par unité de population qu'il est appelé a servir.  Sur ces infrastructures, l’Ethiopie reste encore en retrait. Son niveau d’équipement, eu égard à son étendue, la disqualifie aujourd’hui pour intégrer l’espace économique de l’East African Community. Néanmoins, sur le plan de son intégration militaire, l'Ethiopie est indispensable pour assurer la sécurité globale de la région ; dans le couloir oriental entre l’Egypte et l’Afrique du Sud.

4. Indicateurs médico-sanitaires : l’Afrique de l’Est est en bonne voie, en comparaison avec de nombreux pays de l’Afrique occidentale et de l’Afrique centrale. Le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans y est parmi les plus faibles du continent, à l’exception du Burundi dont le TMM5 est encore trop important (104 enfants pour 1000 mouraient avant 5 ans en 2012 et ce nombre reste encore proche de 100 aujourd’hui). Cet indicateur est comparable à celui des pays connaissant les mêmes problèmes de fécondité ; le Mali (128 pour 1000), le Niger (114 pour 1000), le Burkina Faso (102 pour 1000). A titre de comparaison et à la même période, ce taux de 3 au Japon, Suède, Norvège, Finlande ; il est de 4 pour la France, les Pays-Bas, la Suisse ; il est de 5 pour le Canada, le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Autriche. Dans les autres pays de l'EAC, il est de 54 en Tanzanie ; 55 au Rwanda ; 69 en Ouganda et 73 au Kenya. Le Burundi doit alors se ressaisir… mais cet indicateur est également corrélé avec le taux de fécondité pour un pays très pauvre. Il faudra baisser le taux de fécondité à moins de 5 enfants par femme en âge de procréer en moyenne pour améliorer le TMM5, puisque les revenus des familles sont trop faibles pour assurer une alimentation et un suivi médico-sanitaire convenables. Néanmoins, l’on peut noter que l’élément positif pour ces indicateurs médico-sanitaires est le taux d’installation sanitaires améliorées, combinées avec l’accès à l’eau potable améliorée, tant en territoires ruraux qu’en milieux urbains. Bénéficiant de la faible étendue de leurs pays respectifs, les Rwandais arrivent en tête dans le taux d’équipements sanitaires améliorés (61,3% de Rwandais y avaient accès en 2013) contre 50,1% des Burundais. La Tanzanie est le pays le plus vaste de l’East African Community et seuls 11,9% des Tanzaniens pouvaient accéder aux équipements sanitaires améliorés dans leur pays.

5. Conclusion : L’Afrique de l’Est dispose de forts potentiels de développement et d’intégration économique. Les cinq pays qui en composent le noyau, l’East African Community, évoluent au même rythme, à l’exception du Burundi. Menacé d’insécurité permanente, ce dernier pays éprouve des difficultés réelles à suivre le rythme. Soit, les autres pays le prendront en charge pour le développer, à l’exemple de la Grèce au sein de l’Union européenne, soit il faudra le fusionner avec les pays voisins pour régler son problème de gouvernance, de sécurité intérieure et de conflits socio-ethnique récurrent. Parmi les objectifs que se sont assignés les pays de l’EAC, celui de l’intégration économique et monétaire est en bonne voie, après celui de l’intégration administrative entre le Rwanda, l’Ouganda et le Kenya. Et si le Burundi, en proie à une crise interne et aux difficultés réelles de développement, ne parvient pas à activer le pas pour rejoindre les autres pays, une solution de sa mise sous tutelle des autres pays serait une solution temporaire, pour rétablir la paix, la sécurité, la bonne gouvernance et la confiance entre le peuple burundais et ses dirigeants.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Essayiste, Analyste économique et politique

Auteur de « Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation »,

Editions L’Harmattan, 2014.

 

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