LES PAYS EMERGENTS EN AFRIQUE : UNE COMMUNICATION POLITIQUE SANS STRATEGIE GLOBALE (Partie II)

Publié le par Nouvelle Dynamique

Dans la suite de notre étude sur les pays émergents de l’Afrique subsaharienne, nous relevons que les situations sont variées au sein de ces pays, quant à leur niveau de développement économique et social. Pour les pays candidats à la communication sur leur position de « pays émergents », nous examinons d’autres indicateurs, en comparaison avec quelques autres pays pris pour référence au sein des puissances émergentes. Nous avions présenté les situations des mêmes pays africains par rapport aux indicateurs 1 à 5 décrivant le niveau des populations en comparaison avec les autres pays émergents (indicateur 1), le déséquilibre de l'aménagement des territoires par l'encombrement des principales grandes agglomérations (indicateur 2), le faible niveau de valorisation des ressources conduisant à de maigres richesses nationales disponibles, traduites par de modestes produits intérieurs bruts (Indicateur 3). Ces handicaps se répercutent dans le faible niveau de lutte contre la mortalité infantile (indicateur 4) et les tentations de compensation de cette mortalité par un très fort taux de fécondité, par ailleurs alimentés par un encadrement insuffisant en vue de la maîtrise du planning familial et de la formation/protection maternelle et infantile (indicateur 5). Les autres indicateurs sont présentés dans la suite de cette étude.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=39345

Le tableau suivant situe les contextes :

Quels sont les pays émergents en Afrique subsaharienne ?

 

Indicat 6

Indicat 7

Indicat 8

Indicat 8

Indicat 9

Taux

Scolaris

Taux

Alphabét

Chemin

de Fer

Ratio 

usagers

Installat

Sanitaires

2008-2012|

2008-2012

|2008-2010

/106 hab

améliorées

Angola

85,7

70,4

2 764

149

58,7

Côte Ivoire

61,5

56,9

660

29

23,9

Cameroun

93,5

71,3

987

48

47,8

Gabon

87,1

89,0

814

509

32,9

Sénégal

78,9

49,7

906

68

51,4

Congo

92,6

 

795

177

17,8

      

Ghana

84,3

71,5

947

38

13,5

Kenya

84,0

72,2

2 778

63

29,4

Tanzanie

98,2

67,8

3 689

76

11,9

Ouganda

93,9

73,2

1 244

36

35,0

Botswana

87,3

85,1

888

417

64,0

Zimbabwe

88,0

83,6

3 077

233

40,2

      

Nigeria

57,6

51,1

3 505

20

30,6

South

Africa

90,3

93,0

20 872

429

74,0

Ethiopie

87,4

39,0

681

7

20,7

Iran

99,9

85,0

8 442

106

99,6

      

Brésil

94,8

90,4

28 538

142

80,8

Mexique

99,5

93,5

17 166

148

84,7

Argentine

99,0

97,9

31 409

737

96,3

Indonésie

99,0

92,8

8 529

34

58,7

      

Maroc

96,2

67,1

2 067

63

69,9

Algérie

97,7

72,6

3 973

104

95,1

Nous avions déjà examiné les situations de ces pays au regard des indicateurs 1 à 5 de notre évaluation. Nous poursuivons l'analyse. Si l’on se réfère à l’indicateur 6 de notre tableau, l’on s’aperçoit que le Brésil atteint un taux de scolarisation primaire de 95% sur la période 2008-2012. Les autres pays émergents du tableau, tels que  l’Argentine, l’Iran et le Mexique ont déjà dépassé le seuil de 99%. Même l’Indonésie, qui approche les performances des pays émergents, a déjà atteint 99%. L’effort minimal que l’on peut requérir pour les pays africains candidats au groupe des pays émergents serait d’atteindre le taux de scolarisation de 95%. Seule la Tanzanie répond à cet appel. Même l’Afrique du sud atteint à peine la limite basse de 90%. Entre ces deux pays, se trouvent le Cameroun (93,5%), le Congo (92,6%, mais avec un très modeste niveau de population de 4,5 millions d’habitants) et l’Ouganda avec 93,9%.  Seuls le Maroc et l’Algérie au Maghreb atteignent  96,2% et 97,7%  et se rapprochent des autres pays qui ont investi dans l’éducation de la jeunesse. Les autres pays tels que  le Sénégal (79%), la Côte d’Ivoire (61,5%), ou le Nigeria (57,6%) n’ont même pas encore atteint 80% de scolarisation de leurs jeunes. Il reste donc une  importante population de plus de 20%  d’enfants de moins de 15 ans qui ne connaît pas encore le chemin de l’école primaire. A fortiori une population encore plus importante qui ne connaitra pas l’éducation secondaire. Bien entendu, lorsque le taux de scolarisation est encore faible, on s’attend à ce que l’effort complémentaire soit déployé dans l’alphabétisation. Il est fourni pour les populations de 15 à 24 ans, même si le niveau reste encore faible. Mais le stock des populations analphabètes reste encore très élevé.

C’est l’indicateur 7 qui nous donne des informations comparatives. Alors que cet effort conduit à 90,4%  de population alphabétisée (sur toute la population à partir de 15 ans) au Brésil, ce taux baisse singulièrement dans les pays africains subsahariens candidat au label de pays émergents. En effet, le taux d’alphabétisation en 2012 s’établissait à 39% en Ethiopie et 49,7% au Sénégal. C’est-à-dire que plus de la moitié des adultes de ces pays sont analphabètes. Comment alors assurer un développement économique et social, incluant l’accès à l’information médico-sanitaire ou alimentaire, ou suivre la scolarité des enfants, ainsi que l’accès à la culture lorsque l’on est soi-même analphabète ? Entre 50% et le minimum de 80%, se rangent un grand nombre de pays Africains candidats à l’émergence : Nigeria (51%), Côte d’Ivoire (57%), Tanzanie (68%), Cameroun (71%), Ghana (72%), Kenya (72%), Ouganda (73%). Même le pays avancés du Maghreb butent sur le relatif niveau faible de population alphabétisée : Maroc (67%) et Algérie (73%). Quelques pays, tels que le Zimbabwe (84%), le Botswana (85%), le Gabon (89%) et bien sûr l’Afrique du Sud ont dépassé  le seuil des 80%. L’on peut retenir que le minimum requis pour les pays africains en course vers le véritable développement économique, social et culturel se situe à 90%.L’Afrique du Sud reste alors encore le seul pays qui y répond parmi les grands pays africains.

L’indicateur 8 est très exigeant dans les équipements d’aménagement des territoires. En effet, comment assurer une déconcentration des principales agglomérations, souvent mais pas uniquement la seule capitale en Afrique, vers les régions en assurant de développement économique régional réparti, lorsque les moyens de communication et de transports font défaut. Aussi, nous ne mesurons pas l’équipement en voix ferroviaires en km de chemin de fer par km², mais par million d’habitants. De nombreux pays africains étant, soit en grande partie couverts de désert, soit de forêts, soit de montagnes,  ces zones ne sont pas habitées et ne seraient donc pas aménagées pour les transports collectifs. Néanmoins, les populations et les produits doivent pouvoir circuler facilement, rapidement et en sécurité dans toutes les régions habitées et mises en valeur à travers le pays. Nos pays émergents de référence donnent les repères : L’Iran compte 106 km par million d’habitants, le Brésil est encore à 142km, le Mexique à 148km. Ce sont des pays étendus, parcourus par le désert (Iran), par la forêt (le Brésil) et par les montagnes (le Mexique). Pour qu’un pays africain affiche une bonne fluidité des transports et communication au même titre que d’autres pays émergents, il devrait présenter un ratio proche de 140km par million d’habitants. Ce ratio est satisfait en Angola (149km), au Gabon (509km), au Congo (177km), au Botswana (417 km), au Zimbabwe (233km) et en Afrique du sud (429km). Il reste un effort de modernisation,  d’entretien et de régularité du trafic. Mais pour d’autres pays, tels que la Côte d’Ivoire (29km), le Cameroun (48km), le Sénégal (68km), le Ghana (38km), le Kenya (63km), la Tanzanie (76km), l’Ouganda (36km), le Nigeria (20km) ou encore l’Ethiopie avec ses modestes 7km par million d’habitants, les efforts en aménagement des territoires et en infrastructures de transports et de communication sont encore nettement insuffisants. Certes le Nigeria et l’Ethiopie sont handicapés par une forte population, respectivement de 175 millions et 99 millions. Mais c’est également leur force qui valide leur capacité à se comparer aux autres grands pays du monde. Enfin, cet indicateur 8, insistant sur les infrastructures fixes et durables pour faciliter l’aménagement économique du pays, se répercute sur l’indicateur 9 qui relève l’effort des pays dans le niveau du bien-être de leurs habitants, par l’accès aux installations sanitaires améliorées, tant dans les zones urbaines que dans des zones rurales.

Dans les pays émergents retenus pour repères, la proportion des habitants accédant à ces installations sanitaires améliorées excède 80% de notre indicateur 9. Le Brésil est à 81%, le Mexique présente 85%, l’Argentine est à 96%. Nous pouvons considérer que le niveau minimum moyen pour un pays émergent se situe à 80%.  L’Afrique du sud s’en approche avec 74%. Pour les autres pays du panel, nous recherchons les pays situés entre 50% et 80%. Seuls le Botswana (64%), l’Angola (59%) et le Sénégal (51%) parviennent à sortir du lot, mais restent très au-dessous du minimum requis de 80%. Avec 12% pour la Tanzanie,  14% pour le Ghana, 18% pour le Congo, 21% pour l’Ethiopie,  24% pour la Côte d’Ivoire, 29% pour le Kenya ou même 31% pour le Nigeria, de nombreux pays restent encore globalement dans des installations sanitaires insuffisantes pour assurer un développement sanitaire et social convenable. Sur cet indicateur, le Maroc rejoint les pays subsahariens les plus avancés avec 70%,  mais loin des pays émergents, alors que l’Algérie se rapproche des pays émergents avec 95% de ses habitants accédant à des installations sanitaires améliorées.

En conclusion, les pays africains, qui voudraient avancer pour s’installer dans le groupe des pays émergents, devraient améliorer leur niveau de développement économique, social, sanitaire et culturel. Ils devraient également atteindre un niveau d’équipements et d’infrastructures propices à la diffusion de ce développement économique et social équilibré à travers les régions de ces pays.

Aussi, l’on peut attirer l’attention sur les minima conseillés :

  • Un taux de scolarisation primaire (enfant de moins de 15 ans) de 95% minimum ;
  • Un taux de population alphabétisée parmi les populations de plus de 15 ans à hauteur de 90% ;
  • Un équipement de lignes de chemin de fer, le moyen de transport le plus sûr, accessible pour tous, durable et de grand capacité de transport de personnes et de biens, à hauteur de 140km par million d’habitants ;
  • Un niveau d’équipements sanitaires de bonne qualité pour participer aux efforts de progrès médico-sanitaires et d’hygiène publique, à hauteur de 80% des populations du pays.

L’on conçoit que les efforts demeurent très importants pour un grand nombre de pays ne disposant pas (ou de peu) de ressources naturelles valorisables pour financer l’ensemble des besoins exprimés. Dès lors, les coopérations au sein des espaces régionaux deviennent indispensables. Quatre espaces sont ouverts : l’Afrique occidentale autour de la CEDEAO, l’Afrique centrale ayant pour noyau la CEEAC, l’Afrique australe qui se développe à partir de la SADC et l’Afrique orientale qui organise son développement et sa puissance à partir de l’EAC. Dirigeants, vous avez des indications sur les ambitions, des projets sectoriels à mettre en oeuvre, des objectifs annuels à atteindre et des actions spécifiques à mener. Nous, les peuples, attendons des résultats. Avant de proclamer que les pays sont "émergents", demandez aux peuples si les besoins vitaux et fondamentaux sont satisfaits.

 

Emmanuel Nkunzumwami

Analyste économique et politique

Auteur de « Le Partenariat Europe-Afrique dans la mondialisation », Editions L'Harmattan, Paris, 013.

 

Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, aux éditions L'Harmattan, Paris.
Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, aux éditions L'Harmattan, Paris.
Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, aux éditions L'Harmattan, Paris.
Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, aux éditions L'Harmattan, Paris.

Quelques publications d'Emmanuel Nkunzumwami, aux éditions L'Harmattan, Paris.

Publié dans emmankunz

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Feïkoumon-koma 24/10/2016 13:22

Bonjour je suis heureux de voire cette publicatiion sur a Afrique. Car, je suis étudiant en géopolitique et cela va m'aider a completé mes recherches.

idriss miskine 10/07/2016 02:07

Je serais très heureux de recevoir vos articles sur l'Afrique. Je suis étudiant en RI je voudrai bien votre aide très intéressant votre article.

diallo idrissa 20/01/2017 12:26

Bonjr je sui très heureux de voir votre publication concernant l'Afrique, je sui étudiants en sciences du langage je vs remerci et je vs en courage a continué com ça pr l'epanouissement de l'Afrique, et qui ns permet ns ls autres de bien mené nos reherches

Emmanuel 14/07/2016 18:40

Bonjour Idriss.
Les articles publiés sur ce blog sont gratuits, précisément parce que je conçois que les étudiants qui en ont besoin pour compléter leurs connaissance ne sont pas tous fortunés. Tu peux donc parcourir tous les articles de ce blog. Si tu as des questions particulières pour compléter ton travail, tu peux m'écrire : emmankunz@gmail.com Bon travail.